Good Kill (Andrew Niccol, 2014)

de le 22/04/2015
 
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Good Kill 1Depuis maintenant près de dix ans, on se demande ce qu’il est advenu de l’auteur de Bienvenue à Gattaca ou encore S1mOne. La carrière d’Andrew Niccol avait pris un virage dangereux vers des blockbusters insipides et formatés pour un jeune public, annihilant totalement la subtilité et la sobriété du réalisateur jadis tant appréciées. Good Kill, c’est quelque part le projet idéal pour remonter la pente et s’affirmer de nouveau : sujet d’actualité en or massif, peu abordé encore au cinéma et porté par un Ethan Hawke qui a plutôt retrouvé la côte depuis Boyhood. Et si ce film sur les drones marque tout de même un pas en avant dans la filmographie de son réalisateur, on ne peut s’empêcher de penser qu’il en expose également les limites, d’autant plus à l’heure où la comparaison avec le brillantissime American Sniper va forcément être de mise.

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Problème simple mais pourtant conséquent : Andrew Niccol ne développe ni l’audace ni le talent qu’Eastwood insufflait dans son film de guerre. Good Kill est un film manichéen qui n’a aucune ambiguïté, aucune zone d’ombre et ne laisse quelque part pas de place à une réelle introspection alors que son sujet devrait s’y prêter. Le potentiel offert par le personnage d’Ethan Hawke, aviateur déchu devenu pilote de drones, est évidemment intrigant : l’histoire de cet américain qui va au travail comme tout le monde, passe sa journée à mener une guerre à l’autre bout du monde, et revient le soir auprès de sa famille. En plaçant, de manière novatrice ou presque, le théâtre de guerre dans une modeste cabine de pilotage à quelques kilomètres de Las Vegas, Andrew Niccol tente de reconfigurer l’image du film de guerre, la notion du soldat et de son quotidien.

Good Kill 3Cependant, justement à contrario du traitement du SEALS Chris Kyle, Niccol souhaite absolument évacuer toute l’ambigüité malsaine que pourrait dégager le pilote, répétant presque tout le long du film qu’il n’apprécie pas ce qu’il fait et semblant hostile à la politique des drones. Le fond psychologique du personnage a beau être esquissé avec plus ou moins d’adresse (sa relation difficile –mais peu subtile– avec sa famille, ou encore son manque de réellement voler, permettant d’ailleurs une très belle séquence de rêverie aérienne), on en revient systématiquement à l’application d’une idée manichéenne et simpliste, opposant la vision humaine d’un soldat progressiste à celle de rednecks débiles satisfaits de faire exploser des Afghans. Plus tard, lorsque la CIA se fait une place dans les opérations militaires, on va jusqu’à se demander s’il était nécessaire pour Andrew Niccol, bien que sûrement très documenté, de rendre les situations qui suivent aussi caricaturales.

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Malgré tout, à travers son film quelque part bassement dénonciateur, Niccol arrive à cultiver un certain intérêt pour le thème qu’il aborde, qui, comme dit plus haut, n’aura guère été vu pour l’instant au cinéma, tout au mieux surtout exploité dans la série Homeland. Combien de fois a-t-on lu, et s’est-on inquiété, au sujet des drones, qu’il s’agissait de la « guerre de demain » ? D’emblée, l’un des protagonistes du film rappelle qu’en réalité, c’est bel et bien la guerre d’aujourd’hui. En une affirmation, Niccol parvient à imposer un postulat sec et autrement plus inquiétant, qu’il vient malheureusement alourdir avec des comparaisons peu subtiles vis-à-vis des jeux-vidéo. Et c’est peut-être sur tout ce schéma, comme pour le personnage d’Ethan Hawke, qu’est calqué Good Kill : des idées qui jaillissent çà et là dans les séquences, mais leur qualité est systématiquement relativisée par autre chose de bien moins intelligent. On repensera à cette séquence de gardiennage de GI’s au sol qui se reposent, conférant aux drones un étonnant air bienfaisant qui vient équilibrer le tableau. Une séquence brillante, mais trop rare.

Good Kill 5Alors que l’on fait le bilan, on se questionne sérieusement sur l’impression qu’aura laissée Good Kill. Sans doute pas négative, pour sûr, ce qui à nouveau est déjà un progrès pour le réalisateur de Time Out. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser à un certain potentiel gâché, ou tout du moins non exploité, que bien des cinéastes contemporains auraient pu sublimer en délivrant un film-choc autrement plus mémorable, de Kathryn Bigelow à Paul Greengrass. Good Kill se suit tranquillement, voire passivement, sans que le spectateur ne soit bousculé par son auteur, ni par le fond ni par la très plate réalisation, tout en gardant un minimum d’attention envers ce qu’il se passe à l’écran. On accordera à Niccol le mérite de ne jamais ennuyer son spectateur grâce à un rythme fluide, jusqu’à un final prévisible sur fond de rédemption plutôt consensuel et malvenu. Et bien qu’étant quelque part dans l’ombre du film d‘Eastwood, Good Kill mérite éventuellement d’être vu pour son aspect complémentaire, son autre regard sur un conflit contemporain.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le Commandant Tommy Egan, pilote de chasse reconverti en pilote de drone, combat douze heures par jour les Talibans derrière sa télécommande, depuis sa base, à Las Vegas. De retour chez lui, il passe l’autre moitié de la journée à se quereller avec sa femme, Molly et ses enfants. Tommy remet cependant sa mission en question. Ne serait-il pas en train de générer davantage de terroristes qu’il n’en extermine ? L’histoire d’un soldat, une épopée lourde de conséquences.