Godzilla vs Megaguirus (Masaaki Tezuka, 2000)

de le 30/05/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Godzilla, Episode 25. Après le succès de Godzilla 2000, la Toho reprend son rythme d’un nouveau film par an, dont chacun sera un reboot en soi doté de sa propre continuité. Mais loin de renouer avec le classicisme de son prédécesseur, Godzilla vs Megaguirus va se faire un malin plaisir à renouer avec certains des pires travers de la saga. Mauvaise pioche.

Godzilla X Megaguirus 1Godzilla vs Megaguirus est l’histoire d’un gâchis. Gâchis de moyens, gâchis d’idées, gâchis de l’occasion de faire un grand volet de la saga.

Plutôt que de persévérer dans la voie tracée par Godzilla 2000, en adoptant une approche sensiblement plus mature et portée sur l’iconisation de son monstre vedette, Godzilla vs Megaguirus va opérer un grand écart entre le tout premier film de Honda et les films les plus bâclés des années 70, le charme désuet en moins.

Tout démarre par un stock-footage du Godzilla de 1954, à la différence près que le Godzilla qui y apparaît est la version de 2000, incorporée numériquement aux images de manière plus ou moins adroite. Ces images nous replongent dans la nostalgie du film séminal d’Honda, on se dit qu’on est sur la bonne voie et qu’on a affaire à un épisode sérieux et soucieux de respecter ses racines.

Godzilla X Megaguirus 2

Puis, le drame. Un kaiju issu de Rodan (aussi réalisé par Honda, au passage) débarque au temps présent par une histoire incompréhensible de trous noirs, trous de vers et trous de scénarios, le tout accompagné des pires personnages humains de la saga depuis trente ans et de dialogues à la limite du surréalisme tant ils frisent la parodie de science-fiction la plus bisseuse qui soit. Ce kaiju est donc Megaguirus, qui sera précédé par son armée de libellules géantes. Si l’idée est plutôt originale sur le papier, à l’image, ça ne fonctionne pas. Godzilla se contente de rayer de la carte les centaines de libellules qui l’attaquent au souffle atomique comme si c’était un vulgaire anti-moustiques. Après quoi, de l’ADN de Godzilla est incorporé au méchant (refrain connu et usé jusqu’à la corde), ce qui nous donne, la reine des libellules, la fameuse Megaguirus.

Godzilla X Megaguirus 3Là encore, c’est une idée très intéressante sur le papier : on a affaire à un insecte volant géant qui ressemble à une version maléfique de Mothra, et on aurait pu avoir un ton dark fantasy ou au moins atmosphérique avec son combat contre Godzilla, à la manière de Battra dans le Godzilla Vs Mothra de 1992. Et là encore, c’est un échec fulgurant : le combat est filmé en plein jour, sans aucun parti-pris dans la direction de la photo, avec des incrustations sur fond vert hideuses. Le design de Megaguirus est tout juste digne d’un sentaï, puant le plastique à des kilomètres, sans aucun travail de caractérisation du monstre. Pire que tout, Godzilla fait pâle figure. Ressemblant plus à sa version kitsch-gonzo des années 70 qu’au véritable Roi des Monstres auquel on avait affaire durant l’ère Heisei, il n’a presque jamais paru aussi faux. La réalisation fait l’erreur de multiplier des gros plans sur ses yeux inexpressifs, la photo accentue sa couleur verte claire adoptée l’année précédente, réduisant à néant tout air menaçant. On parvient même à ne plus se rendre compte du poids du monstre, de sa masse, avec, sorti de nulle part, une prise de catch où Godzilla saute dans les airs, léger comme une fleur, et écrase de tout son corps une Megaguirus clouée au sol. Ridicule.

Godzilla X Megaguirus 4

Tout n’est pas noir dans ce film. Le prologue vaut le coup d’œil, les références au film d’Honda sont les bienvenues au long du récit, notamment lorsque Godzilla devient une silhouette à contre-jour, renforçant sa noirceur et sa présence. Les maquettes sont fabuleuses et deux-trois bonnes idées de pure SF old school fonctionnent. Mais tout cela est peu, trop peu, et le film ennuie à force de lourdeurs, de longueurs et de manque total d’emphase ou d’enjeux. Ceci explique probablement son statut anonyme au sein de la saga, d’autant plus qu’il sera suivi d’un film dont la réputation sera rien de moins que « l’apogée du kaiju-eiga moderne ». Godzilla vs Megaguirus est donc le point noir de l’ère Millenium, à réserver aux complétistes les plus acharnés. Au suivant !

FICHE FILM
 
Synopsis

Une libellule préhistorique sort d'une dimension parallèle et largue un oeuf sur Terre, d'où éclôt sa descendance, composées de milliers d'insectes volants géants. Godzilla, toujours là pour rendre service, s'occupe d'éliminer les nuisibles quand surgit leur reine : Megaguirus.