Godzilla vs Mechagodzilla 2 (Takao Okawara, 1993)

de le 28/05/2014
 
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Godzilla, Episode 20. Après King Ghidorah et Mothra, c’est au tour de l’alter-égo cybernétique du Roi des monstres de faire son grand come-back : Mechagodzilla. Une occasion rare de voir le kaiju-eiga converger vers un autre genre aussi riche : le mecha.

Godzilla vs Mechagodzilla 2 1Guillermo Del Toro n’a pas pu disposer de centaines de références possibles pour créer l’univers de Pacific Rim. De toute l’histoire du 7ème art, il est en effet relativement rare de voir dans un film live des kaijus affronter des adversaires robotiques d’une taille équivalente. On peut donc raisonnablement penser, que des 30 Godzilla jusqu’ici, il ait au moins vu ou revu les 5 mettant en scène Mechagodzilla.

Celui-ci a son importance et pas des moindres : le nombre de plans semblant avoir servi de référence à Del Toro ou d’autres œuvres est proprement hallucinant. Sans aller jusqu’à parler de film séminal, on a quand même ici un film qui passe souvent inaperçu au sein même de la franchise Godzilla alors qu’il a apporté une brique de taille à son édifice. Mechagodzilla avait disparu des écrans depuis les années 70, et c’est la ré-invention de son personnage qui fait de Godzilla vs Mechagodzilla 2 un opus à voir.

Godzilla vs. MechaGodzilla 2 2

Ne vous méprenez pas sur le « 2 » du titre, puisque c’est la 3ème fois qu’on voit Mechagodzilla dans la franchise, mais la première dans cette continuité, effaçant donc son incarnation précédente. La mention du 2 est seulement à mettre sur l’ordre de la volonté de la Toho de ne pas avoir de titres doubles à la lettre près afin de différencier ses films.

La carcasse cybernétique de Mecha-King Ghidorah échouée en mer à la fin de Godzilla vs King Ghidorah va donc servir de base à la construction d’un robot géant par l’armée japonaise comme ultime recours pour stopper Godzilla. Ce dernier ne fait pourtant pas grand chose de menaçant dans le film. Isolé sur son île, il tente de protéger un œuf géant (refrain connu) de Rodan, qui fait ici son retour après une longue absence. Lorsque l’œuf éclot, c’est la stupeur : c’est un Godzillasaurus qui en sort. Ce nouveau fils n’est pas à confondre avec Minilla, et sera baptisé sobrement baby Godzilla. Inoffensif, végétarien et au look cartoony, la progéniture n’est là que pour étirer inutilement la durée du film avec des gags infantiles pour les plus jeunes, sans jamais avoir une quelconque utilité dans l’intrigue.

Godzilla vs Mechagodzilla 2 4Tout le reste du film raconte l’affrontement entre Mechagodzilla dirigé par des militaires interchangeables et Godzilla, qui se contente de se défendre. Le combat semble a peu près équitable mais Mechagodzilla a en plus un allié de taille, Garuda, sorte de nouvelle version du Super-X, vaisseau de combat sur-armé. Le vaisseau se transforme en armure se fixant au dos du mecha, devenant alors…. Super Mechagodzilla. Le combat est alors pour une fois déséquilibré en défaveur de Godzilla, qui se fait sèchement tuer en plein milieu du film, rien de moins. Rodan tente de le secourir, comme si un lien fraternel indicible les unissait, mais Mechagodzilla en profite pour descendre le ptérodactyle géant, dont le cadavre s’écrase sur celui de Godzilla. Dans un dernier geste, Rodan transfère son énergie vitale à Godzilla qui ressuscite sur le champ, plus puissant que jamais. Il assène alors un coup au robot, un nouveau souffle atomique boosté, ultime cadeau du dinosaure ailé. Godzilla finit par triompher de son alter-égo mécanique et avant de repartir, en profite pour récupérer son gamin à la crèche humaine sous le regard halluciné des humains, concluant avec philosophie que la Nature est plus forte que la vie artificielle. Perspicace.

Godzilla vs Mechagodzilla 2 ne brille jamais par son scénario, son ton, sa réalisation ou ses personnages humains, pénibles et caricaturaux. Tout l’intérêt du film sont les scènes de kaijus, qui sont une fois de plus magnifiques. Le retour de Rodan est un ajout bienvenu, le nouveau fils de Godzilla évoque la période Showa, Godzilla lui-même a un design parfait et Mechagodzilla fonctionne à merveille. Son design a été totalement repensé, plus design, plus lisse, plus authentique, et bien plus féroce en version « super » quand il fusionne avec Garuda. Son affrontement avec Godzilla est d’une brutalité à mettre dans le haut du panier de la saga et le final recèle du pur kaiju-eiga comme du pur mecha, en mélangeant harmonieusement les styles. Ces scènes sont rythmées, bien filmées et assez épiques, faute d’un bon scénario pour les transcender.

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Très ancré dans le style 90’s dans son esthétique et la manière d’aborder la robotique, le film fait très daté dans son propos et son humour vaseux en fatiguera plus d’un. Mais on retiendra ce 20ème volet pour les séquences justifiant son titre, qui, elles, valent la peine d’être vues, et d’autant plus d’un point de vue culturel par rapport à l’Histoire du cinéma de genre.

A noter qu’au départ, la mort de Godzilla dans le film n’était pas un ressort narratif, mais la fin prévue. Le personnage faisait de moins en moins d’entrées et la Toho avait peur du film de trop. Dans cette perspective, elle céda les droits du personnage à Tristar, dans l’idée de redémarrer la franchise sur le sol américain avec des moyens bien plus élevés. Mais le studio américain était loin de pouvoir produire un tel blockbuster à cette époque et en attendant, la Toho changea son fusil d’épaule, en décidant de garder son Roi des monstres pour deux films supplémentaires. Godzilla survécu donc miraculeusement au film. La même année sortira Jurassic Park et un nouveau fossé technologique s’installera entre le Japon et l’Amérique, ce même fossé qui sera responsable plus tard du premier Godzilla américain. L’Histoire était en marche.

FICHE FILM
 
Synopsis

L'armée japonaise se sert de la carcasse d'un ancien ennemi de Godzilla pour créer un double cybernétique du monstre : Mechagodzilla. Pendant ce temps, Godzilla cherche a protéger son fils de Rodan, un ptérodactyle géant.