Godzilla vs King Ghidorah (Kazuki Ohmori, 1991)

de le 12/05/2014
 
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Godzilla, Episode 18. Forte du succès de l’admirable Godzilla Vs Biollante, la Toho commence à revisiter les grands kaijus classiques de son univers, a commencer par son pire ennemi, l’impitoyable dragon à trois têtes, King Ghidorah.

Godzilla vs King Ghidorah 1Loin d’un simple remake du 5ème volet, Godzilla Vs King Ghidorah entend établir une nouvelle continuité qui ne souffrira d’aucune comparaison. Malheureusement, le scénario employé, à base de voyages dans le temps, sera si incohérent qu’on ne retiendra du film que l’affrontement entre ses deux monstres vedettes.

Réalisé par la même équipe que l’épisode précédent, ce volet tente de se rapprocher des super-productions américaines en puisant dans diverses œuvres son inspiration, voulant ainsi faire évoluer la saga vers plus d’ambitions et de moyens alors que de l’autre côté du Pacifique, un certain James Cameron est sur le point de sortir sur les écrans la révolution de l’image de synthèse. Et c’est bien ironique car l’histoire qui nous occupe ici est traversé par tous les paradoxes temporels possibles et imaginables que la saga des Terminator avait su éviter à la même époque.

L’histoire, parlons-en : Tout démarre en 2204, où un sous-marin découvre le cadavre de King Ghidorah, connu pour avoir combattu Godzilla à la fin du XXème siècle. En 1991, une expédition de voyageurs temporels rend visite au Japon pour les prévenir du danger que Godzilla constitue pour le pays et qu’il faut l’arrêter a tout prix s’ils ne veulent pas voir le pays du soleil levant entièrement détruit. Les « Futuriens » nous apprennent que Godzilla est à l’origine un dinosaure de la famille des… Godzillasaurus, et que l’animal a survécu jusqu’au XXème siècle, où il fut touché par les radiations d’une bombe nucléaire américaine après la seconde guerre mondiale.

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Une équipe est donc formée pour empêcher la naissance de Godzilla sous sa forme actuelle et ainsi l’effacer de l’Histoire, lui et ses ravages. Ils débarquent en 1944 comme prévu, en plein milieu d’une bataille entre japonais et américains. Un Godzillasaurus s’interpose alors pour défendre les soldats japonais et tue tout ce qui est américain a portée de vue. Ah, le patriotisme. Les Futuriens kidnappent l’animal et le téléportent en 1991, où il ne sera pas touché par une bombe atomique, et retournent dans leur futur. A ce stade, leur futur n’existe plus, pas plus que le présent puisque le cours de l’histoire a changé. Dans cette nouvelle continuité, le Godzilla d’origine n’existe pas et son successeur de 1984-89 non plus : personne n’est sensé même savoir ce qu’est un Godzilla, ou même un kaiju. Or, rien n’a changé dans le présent. Premier paradoxe temporel.

Les Futuriens ont laissé derrière eux en 1944 trois Dorats, de gentilles petites créatures ailées proches du Pokémon au stade inoffensif. Les bestioles se prennent les radiations sensées atteindre Godzilla, et se transforment en… King Ghidorah, c’est vraiment pas de bol, et il attend pile l’année 1991 pour attaquer le Japon. On apprend alors que les Futuriens ont menti et avaient un plan machiavélique (évidemment), puisque dans le futur, le Japon est devenu une super-puissance corporatiste corrompue et King Ghidorah y est contrôlé par les Futuriens pour détruire le pays afin de ramener l’équilibre dans le monde. Le même King Ghidorah qu’ils ont crée donc par accident en 44 et qui n’existait pas avant qu’ils voyagent dans le temps. Deuxième paradoxe temporel.

Godzilla vs King Ghidorah 3Les Futuriens décident alors d’envoyer King Ghidorah sur le Japon actuel histoire de gagner du temps et les gentils n’ont d’autre choix pour sauver le pays que de créer un nouveau Godzilla. Oui, c’est connu, rien de mieux pour sauver les gens qu’un monstre incontrôlable et increvable qui n’a d’autre ambition que de tuer tout le monde. Le Godzillasaurus (qui devait se transformer pour devenir le Godzilla de 1954 si vous suivez encore), se prend des radiations nucléaires dans la tronche et se transforme pour devenir un tout nouveau premier Godzilla, encore plus grand qu’auparavant. Pour faire court, les deux monstres s’affrontent enfin et Godzilla décapite la tête du milieu à Ghidorah tranquillement avant de reprendre sa route vers Tokyo pour tout détruire. A ce stade de l’histoire on a juste hâte que Godzilla tue tout le monde pour nous avoir infligé une telle migraine.

On en revient donc exactement au point de départ de toute l’intrigue, à une différence près : Godzilla est encore plus fort et en colère qu’avant. Bien joué les gars, merci les voyages dans le temps et autres paradoxes temporels inutiles. Pendant ce temps, dans le futur, King Ghidorah est reconstruit avec des composantes cybernétiques et est renvoyé illico presto en 1991 où réside encore son cadavre, créant au passage un troisième paradoxe temporel. Il devient alors Mecha-King Ghidorah et attaque Godzilla en plein milieu de Tokyo.

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Vous l’aurez compris, ce scénario est une publicité flagrante pour l’industrie pharmaceutique et en particulier les aspirines. Incohérent, illogique à l’absurde (créer un Godzilla pour sauver le Japon, mon dieu) long et compliqué pour rien, l’histoire s’embourbe dans ses aller-retours dans le temps sans faire avancer le moindre thème pour autant. Le seul véritable intérêt du film, c’est le duel qui oppose Godzilla à son pire ennemi historique tricéphale. Le film a deux grandes scènes de kaijus, pas une de plus, mais elles suffisent à valoir au film une très belle réputation chez les fans. Les deux combats sont en effet superbes, ils mettent très bien en valeur les deux kaijus et King Ghidorah n’a sans doute jamais été aussi bien utilisé de toute la franchise. On sent un soin particulier apporté aux maquettes, aux explosions et aux effets spéciaux en général qui aide à s’impliquer dans ces deux séquences qui valent à elles seules la vision du film.

Mais hélas, tout ce qui est prétexte à revenir sur les origines du dinosaure radioactif est si prise de tête et empreinte de naïveté proche des sentaï de l’époque qu’on attend juste péniblement que l’action démarre. L’intention du film, à savoir livrer un opus ultime autour de Ghidorah tout en donnant des origines définitives à Godzilla, est louable mais réduite à néant par la réalisation, terriblement plate, et l’humour qui vole bas. Son gag le plus connu : en 44, un marin américain voit passer une soucoupe volante dans le ciel. Son supérieur lui conjure de garder le secret et de ne le révéler qu’à son fils, le marin en question s’appelant… Spielberg.

Godzilla vs King Ghidorah 5Pourtant assuré par l’équipe de Godzilla Vs Biollante, qui au passage est rayé de la continuité par ce volet, Godzilla Vs King Ghidorah fait vivre à la franchise un retour à une certaine dose d’infantilisme dommageable, accompagné en plus d’un anti-américanisme primaire qui frôle plus d’une fois la ligne rouge du racisme. On flatte ici le public adolescent qui est visé et la lourdeur du récit n’est là que pour appuyer le crescendo vers la bataille finale avec des adversaires plus puissants que jamais. Une baisse de qualité rageante vu le gâchis du potentiel de la franchise à cette époque, qui aurait du profiter de cette entrée dans les années 90 pour oser revenir au sérieux et aux thèmes creusés par le film d’origine.

Reste un beau combat, un de plus, mais qui ne suffit pas à placer cet opus au-dessus de la mêlée. A réserver donc aux amateurs de dragons à trois têtes, et on sait qu’ils sont nombreux.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une équipe de voyageurs temporels retourne dans le passé pour empêcher la création de Godzilla mais créent par accident un monstre encore plus terrible, le dragon géant a trois têtes, King Ghidorah. Ils n'ont alors d'autre choix que de re-créer un nouveau Godzilla en espérant que les deux monstres s'entre-tueront avant de ravager tout le Japon.