Godzilla vs Hedora (Yoshimitsu Banno, 1971)

de le 05/05/2014
 
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Godzilla, Episode 11. Grand virage le temps d’un film pour la franchise, qui pour une fois, au lieu de viser les enfants, va tenter de s’adresser à un public plus adulte en s’adaptant au style de son temps. Au menu : surréalisme wharolien, expérimentations auteuristes, propos écolo et déconstruction moderne du mythe.

godzilla vs hedora 1Assistant-réalisateur de Kurosawa (comme Ishiro Honda), Yoshimitsu Banno avait tout d’un futur réalisateur prometteur et on comprend sans mal pourquoi la Toho a fait appel à ses services après le calamiteux précédent volet, La Revanche de Godzilla.

Pour une des très rares fois dans l’histoire de la franchise, le studio a tenu ainsi a sortir de sa zone de confort et du tandem Honda-Fukuda dans l’espoir de redonner un gain de vitalité à une franchise déjà a bout de forces après dix films. Le résultat sera un film qui dépasse l’entendement.

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Godzilla vs Hedora (ou Hedorah dans sa version d’origine) mélange plusieurs styles, plusieurs tons, plusieurs genres, en autant de tentatives de se démarquer et de livrer un film original, un but qu’il atteint sans mal tant il frise l’expérimental pur et dur. L’histoire démarre sur la naissance de Hedora, monstre informe né de la pollution et de déchets toxiques, se nourrissant de pétrole et répandant la mort en aspergeant les populations de vapeurs toxiques ne laissant que des os de ses victimes. Au fil de ses destructions, le film est traversé de séquences psychédéliques, parfois sur-montés, parfois en animation. On se croirait dans une installation d’Andy Wharol qui aurait tourné au cauchemar.

Tandis que les scientifiques se perdent en explications et en messages écologistes fortement appuyés et quelques fois accompagnés d’une chanson subtilement titrée « Save the Earth », Godzilla débarque de nulle part pour sauver tout le monde. Enfin débarrassé de sa progéniture, il reprend un rôle d’anti-héros, devenant par la force des choses un moindre mal que les monstres qu’il combat. Ce qui est très illogique et paradoxal, c’est de vouloir porter un message écologiste fort en prenant comme porte-étendard un symbole du nucléaire et de ses dérives. Le sens de l’ironie japonais est assez terrifiant.

godzilla vs hedora 3Le ton varie du sombre au parodique, cherchant à plaire à un public plus adulte tout en gardant des soupapes d’humour propre au genre à cette époque. Ainsi de pures séquences d’horreur sont collés à des gags aberrants, dont un Godzilla submergé par des matières fécales envoyées par Hedora. Le pire arrive lorsque, pour la seule fois de toute l’histoire de la saga, Godzilla se met a voler, en utilisant son souffle atomique comme réacteur en flottant dans les airs recroquevillé et en marche-arrière.

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Dans l’ensemble, malgré une très mauvaise réputation, on a envie de défendre Godzilla vs Hedora. C’est un film qui tente de rafraîchir le genre, d’y apporter de nouvelles formes, de nouveaux sens, que ça soit par le cinéma d’auteur européen, le psychédélisme américain ou l’animation. C’est un des seuls opus de son ère à avoir un propos, des personnages humains un peu consistants et des enjeux un peu plus crédibles. La créature Hedora est une superbe création, en évolution constante, et qui sert très bien de métaphore à la pollution comme Godzilla servait autrefois de métaphore aux dangers du nucléaire. On regrette donc que Banno n’ai pas pu aller plus loin, dans ce film ou une éventuelle suite directe envisagée avant la sortie, en gommant cran par cran l’humour bas du front et en ramenant la franchise et sa star vers sa signification première. Le film est victime de ses expérimentations mais il sort grandi d’avoir des touches plus adultes, dans la forme ou le fond.

Hélas, Godzilla vs Hedora sera au final un bide hué par à peu près tout le monde, en particulier les pontes de la Toho, qui bannirent Banno du monde des tournages en arrêtant net sa carrière. Mais il y a un twist à cette affaire : Yoshimitsu Banno prendra sa revanche sur la Toho en devenant producteur exécutif sur le Godzilla américain de 2014. L’Histoire a de ces raccourcis…

FICHE FILM
 
Synopsis

Produit de déchets toxiques radioactifs, le monstre Hedora s'attaque aux populations japonaises. L'armée tente de trouver un moyen d'arrêter le monstre tandis que ce dernier tombe sur Godzilla, toujours là pour défendre malgré lui la veuve et l'orphelin.