Godzilla vs Biollante (Kazuki Ohmori, 1989)

de le 10/05/2014
 
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Godzilla, Episode 17. La Toho a pris son temps pour donner une suite au renouveau de la saga apporté par le film de 1984. La volonté du studio sera de produire une nouvelle série de films reprenant le meilleur de la franchise tout en la modernisant pour une nouvelle génération de spectateurs. Le premier volet de cette ère sera l’un des meilleurs Godzilla jamais produits.

Godzilla vs Biollante 1Le 7 janvier 1989 à 7h55, heure locale, le 124ème Empereur du Japon, Hirohito, décède d’une hémorragie interne des suites d’un cancer. Sa mort achève l’ère Shôwa du Japon. Son fils Akihito lui succède le 8 janvier, démarrant ainsi l’ère Heisei. C’est pourquoi nous délimitons les deux premiers cycles artistiques de Godzilla d’après les noms des Empereurs sous lesquels ils ont été produits. C’est aussi très pratique puisque chaque cycle se délimite par sa propre continuité, sa propre esthétique et son propre univers.

Ainsi, Godzilla Vs Biollante inaugure cette ère Heisei, parfois appelé « l’ère Versus » en raison des titres des films, chacun opposant Godzilla à un adversaire particulier. Le premier à se frotter au Roi des monstres est un kaiju original crée pour l’occasion, ce qui est très rare pour la franchise, et encore plus rare, il n’a jamais été ré-utilisé depuis. Il s’agit donc de Biollante, qui comme son nom ne l’indique pas, est un croisement entre des cellules de Godzilla, l’esprit d’une jeune femme et une… rose. Cela peut faire sourire, mais c’est très sérieux.

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Avec une histoire nous prévenant des dangers de la génétique et des problèmes éthiques qu’elles pose (coucou la génération Dolly), le film ajoute une bonne dose de lyrisme qui le place à part dans la franchise. Dans un conflit opposant plusieurs nations faisant une course à l’armement biologique en voulant s’accaparer de cellules de Godzilla qu’il a laissées sur son passage lors de sa dernière visite de Tokyo, un scientifique tente de redonner vie à sa fille décédée quelques années plus tôt en mélangeant ses gênes à ceux des roses qu’il cultive. On s’occupe comme on peut. En exploitant un lien psychique entre les plantes et l’âme humaine (arrêtez de rire), il espère pouvoir ainsi faire revivre l’esprit de sa fille en incorporant aux roses des gênes de Godzilla, lui apportant au passage ses propriétés régénératrices. Le résultat donne naissance à une plante géante surmontée d’une énorme rose en guise de tête et pourvue de tentacules glauques attaquant ceux qui s’approchent de trop près, et on a tous vu trop de hentaï pour savoir où tout cela mène.

godzilla vs biollante 3La plante grossit, jusqu’à dépasser les 100 mètres de haut. En entendant le cri de Godzilla, qui se réveille enfin du volcan au bout de 40 minutes de métrage, Biollante ouvre sa fleur et évolue en adoptant une gueule de plante carnivore proche de l’alligator. Biollante tente de communiquer avec Godzilla, les deux créatures étant liées de manière intime au niveau génétique, mais l’incompréhension règne et un grand combat s’ensuit. Parallèlement à cela, le Super-X du film précédent est rénové en Super-X II (ils se sont pas foulés pour le nom) et peut désormais attaquer Godzilla aussi bien dans les airs que dans les mers, ce qui est plutôt pratique vu que Godzilla reste quasiment tout le film au large des côtes japonaises. Mais le vaisseau ne fait pas le poids face à Godzilla, qui retourne vite à son affrontement avec la rose de la petite boutique des horreurs. Biollante développe une bactérie anti-nucléaire, ce qui tombe plutôt bien, tandis que le dinosaure nucléaire envoie son souffle atomique directement dans la gueule à la rose. Biollante s’évapore en spores et expulse de son existence l’âme de la fille du scientifique, subtilement représentée ici par sa tête volante et souriante encerclée d’un halo bleu du plus bel effet montant directement dans l’espace tandis que Godzilla, abreuvé de la bactérie, s’effondre tête la première dans la mer comme si il venait de se vider une usine de bière. Mesdames et messieurs, nous tenons enfin un match nul dans la franchise.

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Aussi farfelue et perchée que peut paraître l’intrigue, ça marche. Le film fonctionne et les scènes de kaijus font parti des meilleures de la franchise entière. La direction de la photo est somptueuse, le design de Biollante est magnifique et même Godzilla a droit a un lifting qui le rend plus imposant qu’il ne l’a jamais été depuis le premier film, rien de moins. Les kaijus sont superbement mis en valeur par la réalisation, le cadre, le montage, la lumière, la musique et pour une fois depuis une éternité, les personnages humains bénéficient d’un vrai travail d’écriture. L’histoire est traitée avec sérieux du début à la fin et aucune distance ne se fait par rapport à son sujet malgré les perches énormes lancées au cynisme ou l’humour parodique qui pourrait s’abattre sur le film à tout moment.

Godzilla vs Biollante est avant tout un beau film. Le lyrisme apporté à l’esthétique touche au-delà de toute considération de crédibilité, parce qu’elle convoque l’émotion viscérale qui ressort des kaijus à un point indicible. C’est un film qui ne touche pas par son scénario ou ses personnages, mais par l’attachement crée par la plastique organique de ses monstres, par la beauté poétique de ses compositions. On défie l’analyse critique pour rejoindre une forme pure. On ne se préoccupe plus des thèmes développés mais seulement du lien inexplicable qui lie Godzilla à Biollante. Ils se sentent frères mais sont irréconciliables par leur nature, sont attirés l’un par l’autre, ont besoin de se rapprocher et paradoxalement, de s’entre-tuer. « On aimerait se toucher mais on n’arrive qu’à se donner des coups », comme disait Jean-Luc Godard. Il y a même une notion presque d’amour avec un baiser entre Biollante et Godzilla, qui se mélange à une tentative de dévorer la tête de l’adversaire. Et c’est bien ce romantisme viscéral émanant du genre, qui emporte l’empathie.

godzilla vs biollante 5Au-delà de ces considérations, le film n’est pas exempt de défauts. Le premier acte est plombé par ses intrigues de bio-terroristes peu passionnante, certains effets paraissent fatalement datés et on a du mal à comprendre l’utilité dans le scénario du Super-X II, a part assurer une continuité avec le précédent volet. Il faudra aussi avoir une bonne souplesse d’esprit quand à la suspension d’incrédulité pour accepter tout ce que le film propose, mais encore une fois, le premier degré adopté y aide grandement.

On notera également l’introduction du personnage humain le plus récurrent de toute la saga, la télépathe Miki Saegusa, qui deviendra l’héroïne des six films de l’ère Heisei de Godzilla. Grâce à ses pouvoirs mentaux, elle peut interpréter les intentions de Godzilla et des autres kaijus, leurs émotions, voire leurs tentatives de communication. Sa création permet ainsi un lien entre humains et kaijus qui, faute d’écriture consistante en général, permet au moins d’assurer un minimum d’intérêts aux enjeux humains des films.

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De manière générale, Godzilla Vs Biollante fut le meilleur film de la saga produit depuis 25 ans, ré-hausse le niveau de l’univers du Roi des monstres et permets à l’ère Heisei de briller dès son premier opus. C’est un indispensable de la franchise, à conseiller avant tout aux amateurs de kaiju-eiga comme aux esprits ouverts à la poésie et la peinture japonaise, dans ce qu’elles ont de plus folles, surréalistes et au-delà de toute logique, de plus merveilleuses.

Si un kaiju traversait le paradis en songe, qu’il reçût une fleur comme preuve de son passage et qu’à son réveil il trouvât cette fleur dans ses mains, que dire alors ? Godzilla était ce kaiju, et Biollante était cette fleur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après avoir détruit Tokyo et sombré dans un volcan en éruption, Godzilla reste une menace pour le Japon. Des scientifiques tentent de mettre au point une arme biologique en se servant des cellules de Godzilla mélangées à celles de plantes pour créer une bactérie annulant la charge radioactive du monstre. Mais l'expérience dérape et une nouvelle créature en résulte, Biollante. L'affrontement entre les deux créatures est inéluctable.