Godzilla (Roland Emmerich, 1998)

de le 29/05/2014
 
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C’est en 1998 que débarque sur les écrans le « remake » du chef d’œuvre d’Ishiro Honda. Porté le duo de Independence Day, ce nouveau long-métrage aura déçu de nombreux fans. Un résultat d’autant plus décevant qu’il conclue un « Développement Hell » de 16 ans.

godzilla 1En 1983, Steve Miner, réalisateur des deux premières suites de la saga Vendredi 13, obtient l’autorisation de la Toho pour développer sa propre version du dinosaure atomique, en stéréoscopie. Godzilla King of the Monsters 3D devait mélanger le Kaiju Eiga au film d’espionnage, pour se conclure par un affrontement entre le roi des monstres et l’armée américaine à Alcatraz. S’entourant du scénariste Fred Dekker (The Monster Squad) et du designer William Stout (Le retour des morts vivants), le cinéaste parvient également à attirer l’attention des animateurs Jim Danforth et Dave Allen, du maquilleur Rick Baker, et des sociétés ILM et Dream Quest Images. Jon Peters et Keith Barish sont intéressés pour produire l’ensemble. Cependant les studios refusent d’allouer 30 millions de dollars, somme importante pour l’époque, dans ce qu’il considère comme un « film pour enfants », et le projet finit par être abandonné.

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Au début des années 90, Sony/TriStar Pictures rachètent les droits du personnage, et commande un scénario au duo Ted Elliott et Terry Rossio (Aladdin). Ces derniers articulent leur histoire autour de l’origine extraterrestre des créatures, ainsi que sur l’affrontement entre Godzilla et un monstre inédit, le Gryphon. Le climax montrait la célèbre créature venir à bout de son adversaire, en lui fracassant le crâne contre la statue de la liberté. James Cameron, Paul Verhoeven, Tim Burton, Joe Johnston et Sam Raimi sont sérieusement envisagés, mais c’est Jan de Bont auréolé du succès de Speed qui décroche le poste de réalisateur. Stan Winston (Jurassic Park) conçoit de superbes sculptures respectueuses du design d’origine. Mais le refus de TriStar Pictures d’investir 130 millions de dollars dans la résurrection du célèbre monstre provoque le départ du cinéaste. Le studio se tourne vers Roland Emmerich et son associé Dean Devlin, alors en pleine production d’Idependence Day. Le réalisateur allemand, avouera plus tard ne pas aimer les Kaiju Eiga, et avoir accepté le projet sous condition d’une liberté artistique totale. En 1996, le succès planétaire d’ID4, (près de 818 millions de dollars de recettes mondiales, pour un budget de 75) incite Sony à octroyer les 130 millions de dollars, autrefois refusé à de Bont, au cinéaste. Emmerich en profite pour valider le nouveau design de la créature, conçu par Patrick Tatopoulos, auprès de Tomoyuki Tanaka, et réécrit intégralement le scénario.

godzilla 3Plus de 24 compagnies, dont Sony Pictures Imageworks, sont chargées des SFX. Matthew Broderick, auquel un clin d’œil est rendu à Ferris Bueller, obtient le rôle principal, aux coté du Français Jean Reno. Maria Pitillo, Kevin Dunn et Vicky Lewis complètent la distribution, auprès de trois doubleurs officiels des Simpson : Hank Azaria, Harry Shearer et Nancy Cartwright. Passé le générique, à base de fausses archives autour d’essais nucléaires en Polynésie française, sur une impressionnante musique de David Arnold et Michael Lloyd. Le film reprend, dans sa première demi-heure, la progression scénique du long-métrage de 1954 (attaque maritime, découverte d’empreintes, 1ère apparition intégrale au cœur d’une ville). À l’instar de ses précédentes réalisations américaines, on peut reconnaître au cinéaste de savoir poser une certaine atmosphère visuelle dans son 1er acte, à défaut de soigner la caractérisation de ses personnages. Sur ce point, le film joue ouvertement la caricature et le second degré. Les différents protagonistes, n’arrivent jamais à prononcer « Niko Tatopoulos » (Matthew Broedrick), Victor Palloti (Hank Azaria) préfère risquer sa vie pour un scoop…

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Le tout culminant au travers de trois personnages clés. Philippe Roaché (Jean Reno), dont les associés ont tous un prénom composé avec Jean, et qui cherche désespérément un café torréfié en France. Le maire Ebert (Michael Lerner) et son assistant caricaturent les critiques Roger Ebert et Gene Siskel, ayant descendu les précédents films du réalisateur. Tous ses éléments finissent par desservir le long-métrage, rendant comiques des personnages et situations initialement dramatiques. Le cinéaste préfère régler ses comptes avec la profession et rire de l’univers dépeint. En dépit d’une ambiance pluvieuse omniprésente, permettant de jouer astucieusement sur l’apparition du monstre et la crédibilité des effets spéciaux, Emmerich n’a jamais été un metteur en scène talentueux, s’appropriant le travail de cinéastes dont il se dit l’héritier, recopiant de nombreux plans à l’identique sans pour autant leur rendre hommage ou en faire une interprétation personnelle. Même son film le plus respecté, Anonymous, n’échappe pas à la règle. Godzilla reprend cyniquement et sans le sens du cadre, quantité d’idées visuelles au Steven Spielberg de Jurassic Park, au James Cameron d’Aliens, et au John Guillermin de King Kong. On pourrait plus rapprocher le long métrage d’Emmerich du 1er remake autour de la 8ème merveille du monde que du chef d’œuvre Japonais avec lequel il entretient peu de similitudes. Tout comme le cinéaste de La tour infernale livrait un film catastrophe caricatural et cynique, dépourvu d’un réel sens du fantastique, Emmerich rend son monstre, « inconsistant » à l’écran, ses personnages caricaturaux et livre un long-métrage cynique, dépourvu d’émotions et du « merveilleux apocalyptique » qui caractérisait la saga.
godzilla 5Bénéficiant d’un marketing conséquent et d’une présentation en clôture du Festival de Cannes en 1998, le film parvint difficilement à rembourser son budget. La trilogie initialement prévue, fut annulée. Kenpachiro Satsuma (interprète du monstre dans les 90’s) sortit de la projection en insultant le film. Les Japonais détestèrent le long-métrage au point de rebaptiser la créature Zilla, et de la faire exécuter sans état d’âme, dans Godzilla Final Wars. Cependant tout n’est pas à jeter. Le film à permis, la mise en chantier d’une série animée, supervisé Richard Raynis, un ancien producteur des Simpson, auquel on devait Extreme Ghostbusters. Godzilla the animated series renoue avec l’univers du Kaiju Eiga et une partie du bestiaire imaginé par les équipes japonaises. La déception engendrée par ce remake incita Toho à relancer sa saga à travers Godzilla 2000. Cette version américaine a acquis une popularité à double tranchant. Certains poussèrent leur curiosité jusqu’à découvrir les classiques des origines, d’autres firent de cet opus un « porte-étendard ». Tout comme Independence Day, ce Godzilla a empêché des productions ultérieures pourtant incroyables d’être considérées comme autre chose que du « sous Emmerich » aux yeux de certains.

En dépit d’une exposition intéressante, Godzilla souffre du cynisme de ses instigateurs et a tendance à ridiculiser son mythe plutôt qu’à le ressusciter. Un pur produit de son époque. Cependant, l’avenir nous prouvera qu’Hollywood traitera avec le même dédain ses propres mythologies populaires, devenus de simples produits marketing, dupliquables à l’infini, et désormais érigés en modèles.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une tempête effroyable se dechaîne sur le Pacifique, engloutissant un pétrolier tandis qu'un immense éclair illumine le ciel au-dessus de la Polynésie française. Des empreintes géantes creusent un inquiétant sillon à travers des milliers de kilomètres de forêts et de plages au Panama. Les navires chavirent au large des côtes américaines et ces horribles phénomènes s'approchent de plus en plus près de New York. Le chercheur Nick Tatopoulos est arraché à ses recherches afin d'aider les États-Unis à traquer le monstre qui est à l'origine de ces désastres mystérieux.