Godzilla contre Mecanik Monster (Jun Fukuda, 1974)

de le 08/05/2014
 
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1974, est une année importante pour le roi des monstres, qui célèbre ses vingt ans d’existence, au travers de ce 14ème film. Un opus qui témoigne d’un petit sursaut artistique dans la saga. Jun Fukuda y signe son meilleur film, sans pour autant égaler les merveilles de son illustre prédécesseur, Ishiro Honda.

Godzilla contre Mecanik Monster 1Sorti dans les salles françaises sous le titre Godzilla contre Mecanik Monster, la dernière contribution de Jun Fukuda envers le dinosaure atomique, démarre par une série d’évènements étranges. Sur l’île d’Okinawa, des archéologues découvre une statuette représentant la divinité locale King Shîsâ (King Ceasar dans les versions occidentales). Tandis que Nami Kunito (Beru-Bera Lin), descendante de la famille royale Azumi, reçoit des visions apocalyptiques concernant des monstres géants. Ces éléments vont finir par se regrouper au moment où Godzilla surgit des fonds des mers pour tout détruire sur son passage. Début d’une longue enquête pour nos principaux protagonistes. La principale qualité du long-métrage est de renouer durant sa première demi-heure avec une vraie beauté plastique qui faisait cruellement défauts aux derniers épisodes.

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L’arrivée de Godzilla par la mer, sous un ciel rouge sang crépusculaire, tandis que l’océan se déchaîne sur les rochers environnants, renvoie à la peinture romantique du 19ème siècle, et au lyrisme qui le caractérise. Fukuda, aidé du responsable des effets spéciaux Teruyoshi Nakano, soigne sa mise en images, jusqu’à l’apparition de Mechagodzilla. Robot gigantesque, au design particulièrement évocateur, croisement réussi entre l’esthétique mécanique des 60’s et la créature dont il est l’adversaire. Sa première apparition joliment iconique doit beaucoup au montage qui permet d’admirer chacune de ses spécificités visuelles, tout en renvoyant au western, lorsque qu’il dégaine ses armes. Sans jamais sombrer dans le ridicule, ce monstre mécanique né de la volonté des producteurs de rapprocher la saga des séries télés de SF à la mode, devient un personnage à part entière. La suite du long-métrage s’avérera bien moins inspirée, malgré l’apparition de Anguirus, tant sur le plan narratif que visuel. Le professeur Hideto Miyajima (Akihiko Hirata, de retour dans la saga), sa fille Ikuko, Saeko Kanagusuku ainsi que Keisuke et Masahiko Shimizu se retrouve confrontés à une invasion extraterrestre. Sous l’impulsion de leur leader Kuronuma (Goro Mutsumi), ces envahisseurs contrôlent Mechagodzilla via leur base souterraine. À contrario d’Ishiro Honda, qui mélangeait Kaiju Eiga et invasion extraterrestre avec brio dans Invasion planète X, conférant à ces envahisseurs une vraie richesse artistique et thématique, Fukuda se montre beaucoup moins inspiré. Si les traits simiesques que dissimule l’apparence humaine des extraterrestres permettent une certaine parenté bienvenue, avec un évolutionnisme hérité de La planète des singes, la pauvreté visuelle de leur base et la banalité des péripéties les entourant, déçoit grandement. À l’exception de quelques expérimentations visuelles typiques des 70’s (Split Screen, notamment), Fukuda cadre l’ensemble des actions correctement, mais sans réel génie et implication en dépit du cinémascope. Passé la jolie première demi-heure d’intro, l’enchaînement des péripéties et leur cruel manque d’ampleur dramatique, associé à une mise en scène sans réel génie, finit par conférer à Godzilla versus Mechagodzilla des allures de téléfilm, d’autant plus que les monstres sont mis à l’écart durant une bonne partie de l’intrigue.

Godzilla contre Mecanik Monster 2Le dernier acte qui voit apparaître King Shîsâ replonge la saga dans un certain ridicule que le film avait jusqu’à présent évité. Inspiré par les statues protectrices chinoises importées au Japon au XIVème siècle, le design de ce nouveau monstre, à mi-chemin entre le lion et le chien, s’avère particulièrement calamiteux, à cause d’une physionomie trop humaine et d’un faciès mal travaillé. Le tout précédé par une scène à l’absurdité involontaire qui voit Nami entonner un chant aux sonorités J Pop afin d’extirper la créature de son sommeil. Le combat final entre Godzilla, Mechagodzilla et King Shîsâ, remonte in extremis le niveau. D’autant plus qu’il se permet quelques excès sanglants peu communs pour la saga à cette époque. Les nombreux défauts, énumérés plus haut constituent paradoxalement des qualités. L’aspect convenu du long-métrage, et la retenue dont fait preuve Fukuda, par rapport à ces précédentes contributions à l’univers de Godzilla, rendent son long-métrage tout à fait correct. La sobriété de l’ensemble, à l’exception du dernier acte, prouve que son cinéaste s’est pour une fois appliqué à faire sérieusement son travail, bien que très pauvre en apport « cinégénique ». Fukuda ayant à contrario de Honda une pure mentalité de « Yes Man » à la solde de la Toho, il n’a jamais saisi le formidable potentiel qu’offrait Godzilla et son univers, préférant plonger la saga dans l’infantilisme et la ringardise. Son dernier apport à la saga apparaît donc comme un petit acte de « rédemption » à l’encontre du mythe.

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Godzilla contre Mecanik Monster n’est ni le meilleur, ni le pire film de la saga. Dernier long-métrage d’un cinéaste qui sauve in extremis sa participation artistique à la légende du roi des monstres, bien que relativement galvaudé et sans réelle surprise il demeure aujourd’hui la seule production estampillée 70’s correcte de la saga. Principalement due à sa première demi-heure inspirée et au charisme de son monstre mécanique qui fera d’autres apparitions plus ou moins glorieuses. Une œuvre pas réellement indispensable, mais sympathique et regardable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une ancienne légende dit que le soleil deviendra rouge et qu'un monstre du ciel viendra détruire la Terre avant d'être arrêté par deux monstres terrestres. Peu de temps après la découverte d'une grotte dédiée à une divinité ancienne, un robot ressemblant à Godzilla est envoyé par des extraterrestres apparaît et commence à tout détruire...