Godzilla 2000 (Takao Okawara, 1999)

de le 29/05/2014
 
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Godzilla, Episode 24. Grâce au bide de la version américaine de Roland Emmerich, la Toho a pu récupérer sa star et initier une nouvelle ère dans l’histoire de la franchise, qui sera connue sous le nom de l’ère « Millenium ». Premier opus de ce mouvement, Godzilla 2000, qui se présente comme une remise à niveau des compteurs et une leçon à Hollywood.

Godzilla 2000 1Rien ne se déroule jamais comme prévu. Tristar devait produire une trilogie de blockbusters basé sur Godzilla, mais malgré des recettes internationales plutôt honnêtes, le film rentra a peine dans ses frais sur le sol américain et reçu surtout une avalanche de mauvaises critiques, venant du public, comme de la critique et surtout des fans. Aux yeux de tous, ce Godzilla là n’était pas LE Godzilla, et les plans du studio ont été stoppés net.

Mais la Toho est très rusée. Le studio japonais avait anticipé une clause dans le contrat cédant les droits du personnage stipulant, que si l’envie leur prenait, ils pouvaient sortir des nouveaux films Godzilla de leur côté pendant que les américains faisaient leur version. Malgré leur promesse de ne pas produire de nouveau film avant 2004 pour fêter le 50ème anniversaire du Roi des monstres, le fiasco d’Emmerich donna tout l’espace libre à un nouveau Godzilla japonais. Seulement, voilà : Godzilla, « le vrai », est mort à la fin du monumental Godzilla vs Destoroyah, mettant un point magistral à la fabuleuse ère Heisei.

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Godzilla 2000 est donc un semi-reboot et pose les bases de l’âge de bronze de Godzilla, l’ère Millenium. En effet, à une exception près, tous les films de l’ère Millenium auront chacun leur propre continuité, leur propre Godzilla, et arrangeront chacun comme ils l’entendent la mythologie du personnage. Sortant au rythme d’un film par an, ces épisodes auront l’ambition de sortir à leur manière une version définitive du personnage.

Ainsi, ce Godzilla 2000 (titre ô combien ridicule, d’autant plus qu’il est sorti en 1999), ne fera état d’aucune justification du personnage, de son passé, ou même de quelle version de Godzilla il s’agit. Ce Godzilla, tout simplement, est Godzilla et on ne se posera aucune question sur ses motivations. Redevenant la terreur destructrice de ses débuts, et optant pour un design carnassier et plus féroce, on retrouve la dimension de monstruosité et de terreur dû au personnage. Les maquettes ont fait un bond prodigieux en quelques années, et les effets spéciaux renouent avec le meilleur du kaiju-eiga, si on excepte des incrustations sur fond vert et des CGI misérables.

Godzilla 2000 3Il faut savoir que le film a coûté a peine 8 millions de dollars, en tout et pour tout. Pour donner un ordre d’idées, le Godzilla américain d’Emmerich en a coûté plus de 120, et même les Godzilla de l’ère Heisei dépassaient souvent la dizaine de millions. C’est donc avec des moyens très amoindris, à une époque où tout coûtait plus cher qu’avant, que ce Godzilla sort. Et à l’écran, il n’y a pas photo : c’est le véritable Godzilla, qui respecte tous les codes du genre et qui est plus efficace, respectable et mieux filmé que le blockbuster hollywoodien sorti un an plus tôt. Et cela, toujours avec un mec dans un costume en caoutchouc au milieu de maquettes.

L’intrigue rappelle vaguement celle Godzilla vs Biollante : un OVNI cherche à récupérer l’ADN de Godzilla pour repeupler une race d’aliens, mais fini par créer un monstre gigantesque à la place, nommé Orga. Comme kaiju, Orga est modérément original, il change de forme constamment (un peu comme Biollante), cherche à bouffer Godzilla (comme Biollante) et développe des attributs génétiques de son adversaire (oui, comme Biollante, on a compris). Plus innovante est sa forme, d’abord une pieuvre géante blanche, puis un monstre géant protéiforme a la gueule énorme. Sa bataille finale avec Godzilla est magnifique et fait partie des meilleures du genre, se déroulant intégralement de nuit au milieu de Tokyo. Sur le papier, on se dit qu’on à affaire à un Godzilla idéal. Et pourtant, non.

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Godzilla 2000 est terriblement pénible à suivre pendant un trop long second acte, très pauvre en rebondissements et en action, où les personnages humains (encore plus insupportables qu’avant, faut le faire) nous perdent en tunnels d’explications et de justifications inutiles. La réalisation est très moyenne et le film ne prend vraiment vie que lorsqu’il montre ses monstres, et malheureusement, il les montre peu.

Mais, un peu comme le Godzilla de Gareth Edwards, le film rattrape son cruel manque de générosité par sa sincérité et son amour du genre. Voilà un véritable kaiju-eiga classique, où les monstres sont pris au sérieux, où leur destructions provoque la panique, la peur et la mort et où leurs combats prennent une dimension mythologique quand ils s’entretuent au milieu des villes. Godzilla est ré-installé comme le digne Roi des Monstres, invincible, méchant, et dangereux et le final du film fait parti des plus beaux de toute la saga : Godzilla, au milieu des ruines et des flammes, en diable triomphant, continuant de ravager une ville totalement détruite en balayant l’horizon de son souffle atomique. D’accord, lui, c’est le vrai Godzilla.

Godzilla 2000 5A noter que le film existe dans une version américaine remontée dans la lignée des versions nauséabondes des films de 1954 et 1984 : scènes coupées, doublage volontairement parodique souvent à la limite du racisme et humour souligné au gros feutre qui réduit considérablement la portée du film.

Dans sa version d’origine, il est loin d’être le meilleur de la saga, mais ses mérites historiques dépassent sa qualité propre. L’ère Millenium était bien lancée.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un OVNI cherche à capturer l'ADN de Godzilla, tandis que celui-ci sème la terreur au Japon sans qu'aucune armée ne puisse l'arrêter. Mais les aliens créent un monstre encore plus terrible pour le détruire : Orga.