God Help the Girl (Stuart Murdoch, 2014)

de le 15/01/2015
 
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Un Teen Movie musical avec l’héroïne de Sucker Punch et Pompéi, réalisé par un musicien qui n’avait jamais mise en scène auparavant, God Help the Girl avait de fortes chances pour décevoir. Pourtant, s’il n’est point un chef d’œuvre, le premier long-métrage du cofondateur de « Belle and Sebastian » constitue l’une des plus belles surprises de l’année dernière.

god help the girl 1En 2003, Stuart Murdoch réfléchit à un album concept, indépendant du groupe qui l’a rendu célèbre, narrant la dépression d’une fille prénommée Eve, qui puise son origine dans le propre passif du musicien, victime d’un syndrome de fatigue chronique l’ayant obligé à trouver dans la musique un moyen de s’en sortir. Chaque chanson doit être interprétée par une voix différente. Murdoch se rend compte que le personnage principal de son histoire est également chanteuse. Au bout de quatre chansons, il y voit matière à un long-métrage. Après avoir terminé le scénario, le musicien trouve du soutien envers le producteur Barry Mendel (Incassable, Munich), qui produit l’ensemble avec l’aide d’une campagne Kickstarter. Doté d’un budget d’environ 1 850 000 dollars, le tournage prend place à Glasgow, ville natale du cinéaste, durant l’été 2012.

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Après avoir auditionné de nombreuses actrices pour le rôle d’Eve, le cinéaste jette son dévolu sur Emily Browning, après l’avoir auditionnée par Skype, ce qui entraîna une réécriture du personnage. Hannah Murray (Skins, Game of Thrones) remplace Elle Fanning initialement prévue, tandis qu’Olly Alexander (Penny Dreadful) complète la distribution. Les premières minutes du long-métrage narrent l’évasion musicale d’Eve de l’institut psychiatrique dans lequel elle vit pour se rendre à un concert ou elle croisera James (Olly Alexander), nettoyeur dans une piscine municipale, et musicien à ses heures perdues. Une introduction qui pose succinctement l’univers musical du film, et la caractérisation de ses personnages. L’une des forces de God Help the Girl réside dans son écriture. Ouvertement influencé par le cinéma de John Hughes, le réalisateur fait de ses trois protagonistes principaux des « losers » en quête d’identité, qui à travers la musique apprendront à s’affirmer en tant qu’individus et à sortir de la pression sociale dans lequel ils évoluent : Institution psychiatrique, milieu du travail, appartenance à une caste aisée … .

god help the girl 3Le tout baignant dans une atmosphère douce amère, qui évite le misérabilisme social vis-à-vis de sa protagoniste principale. Juste là cantonnée à des rôles peu glorieux, Emily Browning montre un jeu très sobre en accord avec l’esprit du film. Murdoch insiste sur la prise de confiance progressive de ses personnages, sans pour autant occulter la difficulté et les risques de rechute que cela peut entraîner. Comme en témoigne un flash-back muet précédant un événement dramatique. L’autre grande force de God Help the Girl, réside dans la sobriété dont fait preuve le musicien pour son premier long-métrage. Conscient de ses lacunes en réalisation, Murdoch signe une mise en scène illustrative, mais qui n’oublie pas de mettre en avant les nombreux extérieurs de Glasgow.

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Une véritable déclaration d’amour envers la ville, comme en témoigne l’importance donnée aux habitants que rencontrent nos protagonistes pour former leur groupe, et issus de toutes les couches sociales. Bien que le long-métrage soit très différent, cette idée renvoie subtilement à deux autres comédies musicales autour des « losers » : Blues Brothers et Les Commiments. Si la mise en images des numéros musicaux reste souvent classique, les différentes transitions narratives fonctionnant sur des chansons s’avèrent particulièrement efficaces. La supervision musicale fait la part belle à des reprises de l’album concept sorti en 2009, mais chantées par les différents interprètes, qui s’en sortent avec les honneurs. Loin de se reposer sur cet aspect le cinéaste crée une véritable osmose en dehors de ses numéros, grâce à un timing équilibré entre déroulement narratif, extrapolation musicale des faits et sentiments des protagonistes. Murdoch profite également de son film pour rendre hommages aux différentes époques musicales qui l’ont forgé. Les costumes et les sonorités des 60’s, le walkman des années 80’s … . Inspiré par les travaux de François Truffaut, et les limites de leur budget, Murdoch et son chef opérateur Gilles Nuttgens (Perfect Sense) contournent astucieusement les problèmes de lumière naturelle, en créant un éclairage «pop » avec des prédominances bleues, vertes et jaunes, aidé par le choix du 16mm.

god help the girl 5Tous ses éléments étant mis au service d’une vision humble, porté par des personnages qui rendent le long-métrage particulièrement attachant. Notamment dans son dernier acte ou après une transition visuelle subtile, nos deux protagonistes acceptent l’idée d’un nouveau départ, tout en acceptant de faire face à leurs passés, révélant l’importance de l’art comme soutien à la vie et non l’inverse.

God Help the Girl constitue une vraie bonne surprise à la fois vis-à-vis de son sujet, de ses interprètes, et de son cinéaste. Une œuvre humble, portée par un amour sincère envers la pop culture, et les genres investis. Une belle réussite.

FICHE FILM
 
Synopsis

La jeune Eve écrit des chansons en rêvant de les entendre un jour à la radio.
À l'issue d'un concert, elle rencontre James, musicien timide et romantique qui donne des cours de guitare à Cassie, une fille des quartiers chics.
Dans un Glasgow pop et étudiant, ils entreprennent bientôt de monter leur propre groupe.
Un film musical de Stuart Murdoch, leader du groupe Belle & Sebastian.