Ghidrah, le monstre à trois têtes (Ishiro Honda, 1964)

de le 26/04/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Godzilla, Episode 5. Après un somptueux volet avec Mothra, la franchise entre dans une période faste et peu reluisante où les films vont souvent osciller entre l’anonyme inoffensif et la purge absolue. Heureusement, Ghidrah, le monstre à trois têtes parvient encore à sauver les meubles, notamment en introduisant le kaiju qui deviendra le pire ennemi de Godzilla.

Ghidrah le monstre à trois tetes 1Superman a Lex Luthor. Batman a le Joker. Harry Potter a Voldemort. Spider-man a Avi Arad. Et Godzilla a King Ghidorah. Oui, « King Ghidorah » et pas « Ghidrah« , même si c’était son nom français à l’origine dans ce volet lui servant d’introduction.

Ce cinquième film vaut principalement et presque exclusivement pour le caractère culte de son méchant. Car pour la première fois, la Toho n’a pas pris un adversaire gentil ou faiblard, mais la pourriture ultime. King Ghidorah, c’est un monstre grandiose. Pourquoi ? Parce que c’est un dragon doré à 3 têtes de 150 mètres de haut. C’est le premier kaiju a pouvoir être en mesure de battre Godzilla et d’être crédible en le faisant. C’est un monstre tellement grand, fort, terrible, qu’il représente une menace encore pire que celle de Godzilla. Et comme tout est relatif, cela a fait de Godzilla pour la première fois un héros.

Ghidrah, le monstre à trois têtes est donc un tournant. Produit et sorti la même année que Mothra contre Godzilla et gardant à peu près la même équipe, il continue l’évolution de la franchise, faisant avancer au gré des films Godzilla du rôle de monstre ultime du cauchemar nucléaire à un symbole de la puissance japonaise. On craint Godzilla comme on craint une arme qu’on maîtrise mal, mais ici les personnages humains donnent l’impression que Godzilla est presque dans leur camp.

Ghidrah le monstre à trois tetes 2

D’ailleurs les personnages humains s’orientent cette fois vers une intrigue très opportuniste dans l’air du temps, entre SF et espionnage à la James Bond. Ainsi on suit les aventures d’une princesse possédée par l’esprit d’un alien de Vénus (ou Mars, si vous voyez le film dans son montage américain), devant prévenir l’humanité du terrible danger que renferme une météorite se crashant sur Terre : King Ghidorah, la terreur du cosmos annihilant tout sur son passage. Avec des personnages humains à peine esquissés, le scénario est loin de tenir la comparaison des scènes de kaiju, le véritable intérêt du film.

On sent aussi une volonté d’aller dans la surenchère avec quatre monstres au lieu du classique un contre un. Outre Godzilla et son ennemi juré, on retrouve donc Mothra (toujours accompagné des deux lilliputiennes) et Rodan, autre monstre ayant eu précédemment son propre film, d’ailleurs somptueux, réalisé encore une fois par Honda. Mais c’est bien ce film, provoquant la rencontre entre plus de deux monstres, qui commence à montrer un début d’amitié entre deux d’entre eux, qui se battront autant au fil des films qu’ils feront alliance contre des ennemis communs. Godzilla et Rodan sont un duo par accident, qui ne peuvent pas se supporter mais se respectent, ce qui renforce l’anthropomorphisme des monstres, ce qui deviendra un des plus gros défauts de la franchise par la suite. On a même une sorte de dialogue par rugissements où Mothra (à son stade larvaire) « persuade » Godzilla et Rodan de s’allier pour battre King Ghidorah. Surréaliste, et pourtant, dans la logique du film, ça fonctionne.

Ghidrah le monstre à trois tetes 3Contrairement à l’extraordinaire Mothra contre Godzilla, la réalisation de Honda n’est pas à la hauteur et c’est le début d’un relâchement dans une franchise qui va se reposer sur ses acquis sans chercher à vraiment se renouveler. Godzilla devenant un héros, le ton est infantilisé pour plaire aux enfants et très peu d’éléments sortent du format bien lisse qu’a imposé le cahier des charges de la Toho. On retiendra néanmoins les scènes avec King Ghidorah, bluffantes à l’unique condition d’apprécier l’art délicat du kaiju-eiga classique.

En dehors de ces scènes, on a un épisode relativement faiblard avec peu de choses à retenir. Et malheureusement, ce n’est que le début d’une longue descente qualitative dans l’ère Showa. A se demander avec le recul si la plus grosse erreur de cette époque n’aura pas été d’avoir fait du monstre le plus terrible et inhumain qui soit un super-héros pour toute la famille.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une princesse de Vénus prophétise la destruction du monde par l'arrivée de trois grands fléaux : Godzilla, Rodan et un nouveau monstre, Ghidrah, un dragon alien géant doré à trois têtes. Très vite les destructions commencent et Mothra est appelé à la rescousse pour former une alliance inédite avec Godzilla et Rodan pour sauver le monde.