Get Out (Jordan Peele, 2016)

de le 03/05/2017
 
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Amorcé comme un très bon thriller angoissant et oppressant, le super efficace Get Out dérape sans prévenir dans son dernier acte en une revanche ultra violente simpliste et grotesque. On regrettera que cette conclusion facile se résumant au gentil contre les méchants plombe dans ses dernières minutes le premier long-métrage du très prometteur Jordan Peele.

Les blagues les plus courtes sont-elles toujours les meilleures ? La question revient très souvent lorsque des auteurs qui ont bâti leur jeune carrière dans des sketchs télévisés ou sur les internets tentent l’aventure cinématographique. Il va sans dire que l’écriture d’un long-métrage n’a rien du rythme comique que doit tenir une création de moins de cinq minutes. Le choix qui s’impose est de s’émanciper suffisamment de vos racines sans trop compromettre votre style. Après, c’est la loterie ! L’an dernier, vous pouviez très bien avoir le Palmashow qui rassemblait plus du million de spectateurs de cinéma pour La Folle histoire de Max & Léon, parodie de film de guerre franchouillard sur les traces de La Septième compagnie, ou bien c’est l’échec commercial intersidéral que fut Popstar : Never Stop Never Stopping des Lonely Island, trio qui fit les beaux jours de l’institution américaine du Saturday Night Live qui s’essaya dans une sorte de Fatal, mais plus abouti. Dans ce cas, comment Get Out et son budget microscopique de 4,5 millions de dollars a-t-il décroché la martingale au box office en allant flirter avec les 200 millions de recettes ?

Vous pourrez trouver une partie de la réponse dans sa société de production Blumhouse qui s’est spécialisée dans les projets de films à bas coût mais à rentabilité maximale. Paranormal Activiy, Sinister, American Nightmare, c’est eux ! Même les deux derniers films de M. Night Shyamalan, qui avait tant fait frissonner le public des années 2000 avec Le Sixième sens ou Le Village, lui ont permis de recouvrer un peu de sa notoriété d’antan. Le producteur Jason Blum donna ainsi sa chance à Jordan Peele qui a officié en duo avec Keegan-Michael Key sur la chaîne Comedy Central pendant cinq ans. Mais voici que le joyeux drille change de cap et fonce droit dans le genre du thriller, et pas n’importe lequel, celui avec un fond politique brûlant d’actualité. Conscient des tensions graves tenant encore les unes des JT des chaînes d’infos en continu sur le problème du racisme aux États-Unis envers les minorités, le duo d’afro-américains proposait déjà dans certains de leurs sketchs un regard critique de cette situation aberrante après les luttes pour les droits civiques et l’égalité de tous devant la Loi. Même seul, Jordan Peele persiste dans cette dénonciation, tout en cherchant à tourner la réflexion très sérieuse et alarmante vers une satire grand-guignol auprès d’un plus large public… qui a répondu présent.

À la manière de cette vague de cinéastes qui ont émergé avec la publicité, Jordan Peele sait placer sa caméra. Rapide, efficace, il a su garder les bons réflexes de ses tournages de pastilles humoristiques à la télévision, où chaque image compte et le montage est une étape cruciale. La première scène de Get Out est d’ailleurs tournée en un plan séquence d’une efficience redoutable. Malheureusement avec les bandes-annonces, nous “savons” déjà ce qu’il va se passer. Enfin, nous nous doutons fortement que ce petit weekend chez ses beaux parents ne va pas être une partie de plaisir pour Chris. Or, si Jordan Peele sait qu’il ne peut jouer avec nous sur cette surprise, il sait entretenir le malaise et le suspense sur la durée jusqu’à l’arrivée de l’instant fatidique où tout va nous être révélé et enfin déraper. Jump-scare, double sens et quiproquos, le réalisateur prend un malin plaisir à garder un certain détachement sur l’action et le sort de ses protagonistes. Lentement le piège se referme sur nous et Chris avant que tout ne finisse irrémédiablement par exploser à l’écran et nous éclabousse.

On ne peut que reconnaître le talent de metteur en scène de Jordan Peele. Ce dernier semble à l’aise aussi bien en filmant caméra à l’épaule que dans des séquences aux allures plus cosmiques. Toutefois, on peut regretter que ce dernier ait poussé trop loin son concept. Get Out aurait eu tout à gagner en se préservant dans le thriller glacial qu’il annonçait, dans la droite lignée des Chasses du comte Zaroff. Quel dommage pour Peele d’avoir braqué au dernier virage dans l’absurde et l’outrance. Bien que tout était préparé en coulisse depuis le début, cet ultime changement de cap dans la série B ridicule fait perdre son sel de la critique sociale que dessinait intelligemment le film. Notamment que les pires clichés et lieux communs discriminants sont souvent véhiculés sans le vouloir par ceux qui prétendent ne pas les coller. Cette famille de blancs donc, clairement issus de la communauté WASP, qui étaient assez savoureusement craint par le meilleur ami de Chris, les voyant comme le croque-mitaine, deviennent véritablement des monstres inhumains et calculateurs d’une logique à dormir debout. Jordan Peele avait-il peur que l’on prenne le propos de son film trop au sérieux ?

Pourtant, au fait des drames qui ont marqué ces derniers temps l’Amérique où plusieurs policiers ont assassiné impunément de jeunes citoyens afro-américains sans défense, le réalisateur avait réécrit sa conclusion de peur d’en rajouter une couche supplémentaire (et inutile) d’une guerre entre communauté qui pourrait se répandre à tout moment. D’accord, ne rajoutons pas de l’huile sur le feu. Dans ce cas, pourquoi donc s’adonner à une aussi sanglante rétribution ? Celle-ci sera certainement accueillie comme une libération salvatrice par certains spectateurs qui étaient au bord de l’asphyxie face à Get Out. Mais le jeune Daniel Kaluuya n’est pas le Django déchaîné de Tarantino, qui répondait à la violence morale par la violence graphique. Jordan Peele rate-t-il sa sortie sur un flou entre premier et second degré dans la caricature, transmettant un message contreproductif dans son espoir que les vives tensions qui règnent entre communautés chez lui puissent s’apaiser un jour, et cela même dans les États-Unis de Donald Trump.

FICHE FILM
 
Synopsis

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.