Gatsby le magnifique (Baz Luhrmann, 2013)

de le 15/05/2013
 
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Le roman de F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, a alimenté Hollywood depuis les années 20. Le faste de la haute bourgeoisie, sa décadence, le pouvoir de l’illusion en parallèle de celui du cinéma, le matériau de base est idéal. 40 ans après l’adaptation ratée mais plutôt jolie de Jack Clayton, avec Robert Redford en Gatsby, c’est l’hystérique Baz Luhrmann qui s’y colle, pour le pire et pour le pire.

Baz Luhrmann a ceci de fascinant qu’il possède un univers propre, une mise en scène extrêmement démonstrative qui embrasse allègrement le mauvais goût, et aucune limite. C’est sa force mais également sa plus grande faiblesse. Car ce qui fonctionnait sur Romeo + Juliette ou Moulin Rouge!, puisant dans leur traitement outrancier une véritable énergie, ce retourne contre le film dans Gatsby le magnifique. Le récit, tout le monde ou presque le connait. Son traitement, s’il est plutôt fidèle aux écrits de F. Scott Fitzgerald, prend des voies détournées et enchaîne les mauvaises idées pour aboutir sur un spectacle clinquant à la limite du supportable. Ça et là pourtant, Gatsby est magnifique, avec un sens du romanesque exacerbé, une volonté de pousser tous les curseurs à fond, voire plus loin, et un sens du spectacle qui rapproche Baz Luhrmann bien plus d’un metteur en scène de Broadway que d’un réalisateur de cinéma. Son incompréhension chronique du concept de montage, sa réalisation tonitruante souvent hors sujet, ses fausses bonnes idées, tout ce qui pouvait provoquer un délire des sens finit par fatiguer la rétine et le cerveau, avec un mauvais goût certes assumé mais qui n’apporte rien. On se consolera avec la présence magnétique d’un Leonardo DiCaprio flamboyant, incarnation magnifique de Gatsby, et quelques éléments épars du plus bel effet mais globalement, le film est un gâchis.

Gatsby le magnifique 1

Il y a un parti pris, qui voudrait se faire passer pour de l’audace, qui ne fonctionne pas. Plutôt que d’adopter un ton jazzy qui sied à l’époque, est ouvertement revendiqué, et ancrerait le film dans une sorte d’académisme, Baz Luhrmann choisit l’anachronisme comme concept. Une idée déjà has been qui fait s’inviter Jay Z et Lana Del Rey jusqu’à l’écœurement dans une bande son tonitruante, provoquant un brouhaha auditif qui trouve un écho assez génial dans la bouillie visuelle du film. En un sens, Gatsby le magnifique est un film très cohérent dans ses choix douteux. Le réalisateur choisit de transformer la première heure de son film en une fête incessante, faisant preuve d’un vrai sens du spectacle, avec la profusion de paillettes, d’alcool, de lumières et de couleurs criardes, créant une atmosphère rococo qui sonne comme une invitation au voyage dans les confins du kitsch. Sauf que si le spectacle son et lumière est au rendez-vous, il est d’une laideur stupéfiante. Des fonds verts bien visibles dans tous les sens, un découpage tout bonnement insupportable tant il s’avère incapable de construire des plans qui tiennent la route plus d’une seconde et crée une véritable confusion visuelle, Gatsby le magnifique est un film moche. Chercher à créer une ambiance festive, voire de décadence, est tout à fait honorable, sauf que Baz Luhrmann n’en fait rien et accumule les séquences qui mises bout à bout font ressembler le film à 2h20 passées à regarder des clips qui s’enchainent sur MTV. En résulte quelque chose d’épuisant, sensation renforcée par l’utilisation d’une 3D qui n’est ici qu’un simple gadget pour faire tomber des flocons de neige au premier plan ou illustrer cette idée, empruntée à d’autres (Tony Scott le faisait très bien), de faire apparaitre à l’écran les mots prononcés par un personnage. En l’occurrence il s’agit du narrateur, Nick Carraway, qui se retrouve pivot de toute la narration, personnage central tandis que Gatsby est relayé très souvent au second plan. Là encore, l’idée n’est pas mauvaise sur le papier mais le personnage est incarné par un Tobey Maguire fade comme jamais, ruinant toute tentative d’élévation de son personnage. Transformer une bonne idée en un résultat médiocre, c’est un peu le problème de tout ce que fait Baz Luhrmann avec Gatsby le magnifique. Le rêve, l’illusion, LA femme, tout reste à l’étant embryonnaire ou se voit traité par dessus la jambe.

THE GREAT GATSBY

D’autant plus que le film est terriblement long alors que rien ne justifie cette durée, plombant un peu plus un rythme qui peine déjà à s’installer. Un rythme par ailleurs peu aidé par un montage médiocre qui anéantit nombre de scènes à priori spectaculaires, comme toutes les fêtes organisées chez Gatsby. Baz Luhrmann cherche à faire dans le démonstratif à tout prix, oubliant qu’un mouvement de caméra grandiloquent doit avoir du sens, oubliant qu’un montage cut peut ruiner une narration s’il n’est pas justifié, ou que des plans iconiques doivent être utilisés avec parcimonie pour garder un impact sur le spectateur. Ainsi, certains éléments sont traités merveilleusement la première fois pour ensuite tomber dans un systématisme qui amoindrit l’effet. Pourtant, parfois, Gatsby le magnifique réussit des petits miracles. La découverte du mystère du visage de Gatsby fonctionne formidablement alors que tout le monde sait qu’il s’agit de Leonardo DiCaprio, les retrouvailles maladroites avec Carey Mulligan sont très touchantes, et quelques séquences par ci par là provoquent quelque chose qui pourrait être puissant. Malheureusement, tout est sacrifié sur l’autel du mauvais goût. Le mystère s’évapore, le romantisme parait suranné, l’émotion s’évade pour ne laisser que la démonstration de force. Une démonstration qui tourne légèrement au ridicule tant Baz Luhrmann fait preuve d’une sorte de dyslexie cinématographique, anéantissant minutieusement tout ce qu’il se donne du mal à construire. On pense à ces décors magnifiques parcourus vulgairement, ces poursuites en voiture incohérentes comme cela n’est pas permis, ces scènes au ralenti qui voleraient presque la palme du mauvais goût à Sin City, et d’innombrables éléments qui ne sont pas à leur place. Parfois la grâce s’invite à la fête, démontrant alors ce que le résultat aurait pu donner avec plus d’application. Mais globalement, Gatsby le magnifique échoue à illustrer une époque charnière de l’histoire des USA, à capter l’essence de la fascination mutuelle entre les personnages masculins, à donner du corps au romantisme du propos, et à conter une histoire qui tienne la route sur la longueur. Baz Luhrmann semble d’ailleurs tout à fait conscient de son inconsistance tant il s’évertue à répéter, surligner et matraquer chaque élément du récit, fusillant immédiatement toute dramaturgie. Reste que Leonardo DiCaprio, même s’il est dans une composition assez proche de son incarnation de Howard Hughes dans Aviator, est une nouvelle fois impérial, avalant chaque second rôle dès son entrée dans le cadre, y compris Joel Edgerton qui ne manque pourtant pas de prestance.

FICHE FILM
 
Synopsis

Printemps 1922. L'époque est propice au relâchement des mœurs, à l'essor du jazz et à l'enrichissement des contrebandiers d'alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C'est ainsi que Nick se retrouve au coeur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d'absolu et des tragédies ravageuses et, chemin faisant, nous tend un miroir où se reflètent notre époque moderne et ses combats.