Free Fire (Ben Wheatley, 2016)

de le 13/06/2017
 
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Le cinéaste britannique Ben Wheatley continue de monter en gamme après High-Rise. Son dernier Free Fire est jeu de massacre féroce et jubilatoire qui garde pourtant le caractère profondément nihiliste de son auteur. Feu à volonté !

Il tente enfin sa traversée de l’Atlantique. Réalisateur, scénariste, monteur, ce bosseur infatigable qu’est Ben Wheatley a toujours su représenter le cinéma Anglais avec une véritable impertinence et façon de penser les choses, contrairement à un Edgar Wright qui trouve plus facilement d’écho auprès d’un large public. Farouchement indépendant tout en tournant des épisodes de séries et de films à la chaîne, Wheatley est également un grand expérimentateur, essayant son cinéma sombre à des genres très divers. Après le trip cosmique de moyenâgeux et la lutte des classes qui dérape, le cinéaste s’attaque à un type de film dont les États-Unis sont particulièrement friands et pourrait faire office de genre à lui seul : le film de fusillade.

Un genre qui permet au Deuxième amendement de la Constitution américaine de s’exprimer pleinement, dans la fascination mythologique du western et du cowboy qui impose sa loi à coup de revolver. Mais que se passe-t-il lorsque plusieurs d’entre eux se retrouvent coincés dans un entrepôt ? La simplicité du pitch de Free Fire est confondante. Acheteurs et vendeurs se rencontrent une nuit pour un achat/vente d’armes. Tous sont sur les dents, prêts à dégainer au moindre dérapage. La transaction tourne mal. C’est aussi simple que ça ! Il n’est cependant pas donné à tout le monde de pouvoir tenir un huis-clos sur 1h30 et de parvenir à faire exister (puis à faire disparaître) tout un ensemble de personnages atypiques et identifiables. Avec sa scénariste et épouse Amy Jump, Ben Wheatley nous replonge à la fin des années 1970 et ses militants de l’IRA enfermés avec d’autres excités de la gâchette, lorsqu’un différent passé entre deux des protagonistes secondaires vient perturber et inévitablement briser l’entente cordiale entre les deux parties en présence.

Les personnalités hautes en couleurs se révèlent peu à peu alors que tout le monde tire sur tout le monde, les alliances se faisant et défaisant d’une séquence à l’autre. Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer, Michael Smiley, Sam Riley, tous sont très bons chacun dans leur genre, tirant avantage tour à tour de la situation ubuesque. Il est curieux d’imaginer Luke Evans qui était prévu avant que Sharlto Copley et son accent d’Afrique du Sud ne le remplacent, car la classe naturelle d’Evans qui avait tourné pour le cinéaste dans High-Rise n’a plus grand chose en commun avec le caractère bigarré du personnage que tient Copley à l’écran. Si beaucoup s’arrêteront sur ses similitudes évidentes avec le Reservoir Dogs de Quentin Tarantino ou bien la présence de Martin Scorsese en producteur exécutif, Ben Wheatley a sa propre voix avec Free Fire. Depuis Down Terrace, chacune de ses réalisations est une spirale vers le néant et la mort. Sa vision nihiliste du monde n’a rien perdue de sa férocité, même si l’on n’avait pas autant ri devant des choses aussi sombres que depuis Touristes !

Il serait difficile d’en révéler plus au risque de vous cacher quelques uns des rebondissements d’une histoire qui n’en manque pas. Mais lorsque l’orgue Hammond B3 de Ben Salisbury et Geoff Barrow s’emballe à la bande originale, la tension monte d’un cran pour ne jamais retomber ensuite. Une musique parfois plus subtile qui arrive à s’imposer entre les morceaux de John Denver ou des Creedance Cleerwater Revival. Malheureusement, le seul point noir du film reste son gros loupé au box office américain qu’il cherchait à percer. En même temps, Ben Wheatley est un cinéaste profondément européen. Avec ses personnages uniquement faits de zones d’ombres, le public Outre-Atlantique y a pas du tout été sensible, préférant son confort dans le traditionnel manichéisme hollywoodien. Mais Free Fire est une belle réussite et certainement l’un des meilleurs long-métrages de son cinéaste, et un tournage qui requiert de vrais coups de feu (à blanc), contre la tendance actuelle cheap et fainéante de se reposer sur des effets visuels, mérite d’être célébré comme il se doit.

FICHE FILM
 
Synopsis

Une vente d’armes clandestine doit avoir lieu dans un entrepôt désert. Tous ceux qui y sont associés se retrouvent face à face : deux Irlandais, Justine, l’intermédiaire, et le gang dirigé par Vernon et Ord. Mais rien ne se passe comme prévu et la transaction vire à l’affrontement. C’est désormais chacun pour soi… pour s’en sortir, il va falloir être malin et résistant.