Expendables 3 (Patrick Hughes, 2014)

de le 08/08/2014
 
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Déjà à bout de souffle, la saga Expendables tente de se trouver une nouvelle jeunesse avec ce troisième épisode qui élargit le casting en pleine crise de jeunisme et fait appel à un réalisateur très prometteur. Mais à trop vouloir tirer sur la corde du « passage de relai », Sylvester Stallone et ses potes vont jusqu’à oublier ce qui faisait tout le charme du projet initial. La déception est à la hauteur de la liste de noms qui habillent l’affiche, c’est à dire énorme.

Expendables 3Les Expendables, c’est quoi au juste ? Un concept tout bête : rassembler dans le même film des légendes du cinéma d’action, essentiellement des années 80 et 90, dans un spectacle bancal mais toujours généreux. C’est très simple et ça fonctionnait pas trop mal sur Expendables, un peu mieux sur Expendables 2, de quoi attendre un nouveau bond en avant pour Expendables 3. D’où l’intensité de la douche froide que représente ce triste spectacle qui a oublié son public pour draguer les adolescents, à grands coups de PG-13 et d’acteurs venus de Twilight. Finie la nostalgie des années actioner, place à un film d’action sans aucune personnalité qui ne survit que par la présence de ses têtes d’affiche. Fini le fun, place à un trop plein de sérieux et d’enjeux dramatiques mal gérés. Finis l’ultraviolence, les corps explosés à la grenade et les gerbes de sang, place à un produit tout lisse et bien propre sur lui.

Expendables 3

Le gros problèmes d’Expendables 3 réside ici : il s’agit d’un film qui se prend très au sérieux, là où ses prédécesseurs jouaient sur une touchante auto-dérision. Ce n’est pas pour rien que Patrick Hughes a été choisi pour tenir la place de pantin de Stallone derrière la caméra, son premier film était tout sauf amusant. Sauf qu’avec entre les mains un script qui navigue dans les vastes eaux du grotesque, le paradoxe avec la tonalité presque solennelle est saisissant. La bande à Sly essaye de jouer sur la corde émotionnelle sans que cela ne fonctionne jamais (comment croire un seul instant au démantèlement de l’équipe ?), de se frotter au terrain glissant du techno-thriller (la comparaison avec les scènes d’infiltration du dernier Mission : impossible fait très mal à Expendables 3) et même de proposer une réflexion sur la notion de responsabilité au sein d’une équipe jouant face à la mort. Las, rien ne fonctionne. Pourtant, le film débute sur un enchainement de deux séquences d’action plutôt efficaces même si expédiées assez rapidement. Cascades à l’ancienne sur un train, hélicoptère, mitrailleuse lourde et Wesley Snipes sont au programme des réjouissances, entre deux répliques qui transpirent presque trop la testostérone pour être honnêtes.

Expendables 3Concrètement, le seul intérêt d’Expendables 3 est également ce qui provoque son échec. A savoir son casting. En effet, c’est bien beau d’aligner presque une vingtaine de noms plus ou moins prestigieux sur une affiche, mais transformer chaque acteur en un personnage existant dans un récit est une toute autre histoire. Et ici, le plaisir de retrouver tous ces acteurs est à peu près anéanti par l’incapacité de Patrick Hughes à les exploiter correctement. C’est assez terrible pour certains, comme Jet Li, Arnold Schwarzenegger, Terry Crews ou Harrison Ford, dont le temps à l’écran se compte en secondes (légèrement plus pour Ford). Jet Li n’est la que pour deux vannes sur sa petite taille, Schwarzy sort une fois une mitraillette avec un cigare à la bouche mais passe le reste du temps à piloter des engins ou à discuter… mais d’autres sont encore moins bien lotis car carrément ridicules. C’est le pauvre Antonio Banderas qui en souffre le plus, incarnant un latino insupportable avec un jeu qui dépasse allègrement le niveau du cabotinage, tandis que Wesley Snipes a vraisemblablement perdu toute son énergie et bouge comme un retraité sous Lexomil.

Expendables 3

Ce n’est pas mieux du côté des petits nouveaux qui n’ont de toute façon pas leur place dans un trip nostalgique comme était censé l’être Expendables 3. Kellan Lutz confirme qu’il est un très mauvais acteur, Victor Ortiz et Ronda Rousey, les deux sportifs de l’équipe, auront au moins montré par la médiocrité de leur jeu qu’ils ne sont pas du genre à faire la comédie sur le ring. C’est déjà ça. Ils n’apportent rien à la franchise, pire, la font basculer dans un produit calibré pour une toute autre génération (pour pas, encore faudrait-il y adjoindre une certaine qualité). Mais au moins, ils forment un petit groupe capable de chanter au karaoké, et ça c’est important au niveau des Expendables. C’est assez pathétique du côté des acteurs, même si le duo formé par Sylvester Stallone et Jason Statham continue de fonctionner à plein régime, comme s’ils étaient les seuls à se sentir un brin concerné par tout ça. Et ce même s’ils sont éclipsés à chaque apparition de Mel Gibson tant ce dernier, tellement heureux de pouvoir tourner, s’en donne à cœur joie et prouve à chaque seconde qu’il est un acteur d’un tout autre calibre que ses petits camarades. Autant dire que l’aventure Expendables sent la fin, la machine s’essouffle. Il va falloir passer à autre chose et enfin passer ce relai si cher à Sly.

Expendables 3Mais le plus ennuyeux dans tout ça est qu’Expendables 3 est un film plutôt ennuyeux. Les répliques artificielles ne font plus vraiment illusion pour masquer la pauvreté du script. Ainsi, sur les deux heures du film, il va falloir attendre la dernière demi-heure pour avoir enfin droit à la dose d’action ininterrompue promise. Pendant 1h30, il ne se passe pas grand chose, mis à part quelques petites séquences d’action éparses et beaucoup de blabla. Ces dernières 30 minutes sont l’occasion de sortir tout l’arsenal, avec hélicoptères, tanks et motocross (si, si), et de faire une démonstration de CGI un peu foireux. Ça pète dans tous les sens, l’ensemble du cast fait des bonds à répétition pour éviter des explosions ou pour accompagner leur souffle, ça flingue pas mal, et sans une seule goutte de sang bien sur. Même le duel attendu est expédié sans qu’on sache vraiment ce qui a bien pu se passer. Tout cela serait plutôt sympathique si la contrainte du nombre de personnages à suivre ne venait pas imposer un montage alterné tout simplement catastrophique. Afin d’essayer de conserver une certaine logique temporelle, chaque scène d’action se retrouve brutalement coupée pour passer à une autre, avant d’y revenir, parfois en plein milieu d’un mouvement. Il est ainsi impossible de se sentir impliqué par une seule de ces séquences, alors que leur nature même préparait le spectateur à tout accepter en terme de spectacle défiant les lois de la physique. C’est d’autant plus rageant qu’en terme de mise en scène, même si tout ceci s’avère très fonctionnel et pas particulièrement inspiré, Patrick Hughes a haussé le niveau par rapport aux films précédents. Mais à trop se prendre au sérieux et en confondant spectacle et quantité d’explosions, en ne sachant plus trop vers quel public se tourner, Expendables 3 passe à côté de toutes ses belles promesses. Dommage.

FICHE FILM
 
Synopsis

Barney, Christmas et le reste de l’équipe affrontent Conrad Stonebanks, qui fut autrefois le fondateur des Expendables avec Barney. Stonebanks devint par la suite un redoutable trafiquant d’armes, que Barney fut obligé d’abattre… Du moins, c’est ce qu’il croyait.
Ayant échappé à la mort, Stonebanks a maintenant pour seul objectif d’éliminer l’équipe des Expendables. Mais Barney a d’autres plans... Il décide d’apporter du sang neuf à son unité spéciale et d’engager de nouveaux équipiers plus jeunes, plus vifs et plus calés en nouvelles technologies. Cette mission se révèle rapidement un choc des cultures et des générations, entre adeptes de la vieille école et experts high-tech.
Les Expendables vont livrer leur bataille la plus explosive et la plus personnelle…