Ex Machina (Alex Garland, 2015)

de le 02/06/2015
 
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Scénariste de quelques uns des films les plus intéressants de Danny Boyle (La Plage, 28 jours plus tard et Sunshine), Alex Garland passe à la réalisation avec un projet de science-fiction relativement prometteur sur le papier. Malheureusement, avec Ex Machina, il passe royalement à côté de son sujet et livre un film dont la froide beauté n’apporte rien à un propos rétrograde et surtout très maladroit.

Ex Machina 1Il y avait un sujet en or à traiter dans Ex Machina. Le dilemme moral d’une relation amoureuse entre l’homme et la machine. Rien de bien original ceci dit, Her de Spike Jonze étant passé par là récemment, mais un terrain à explorer tout de même. Sauf qu’Alex Garland, dont les scripts ont souvent tendance à opérer des sorties de route incompréhensibles, ne sait pas vraiment quoi en faire. Et c’est tout de même très problématique lorsqu’un film finit par refuser de traiter son sujet, à savoir ici l’intelligence artificielle, grand classique de la science-fiction, qui est reléguée au rang de simple élément de dialogue et de décor. Alors qu’il pouvait essayer de se mesurer au 2001 de Kubrick (une seconde fois après Sunshine) ou au Blade Runner de Scott, Alex Garland préfère la jouer petits bras. Un renoncement toutefois progressif tant la première partie du film s’inscrivait dans cette voie, de façon laborieuse certes, mais en apparence idéale. D’autant plus qu’Ex Machina, malgré son rythme anémié, bénéficie d’une entrée en matière assez géniale en terme d’économie d’exposition.

Ex Machina 2

La joie de voir un film qui va droit au but, de façon intelligente et concise, n’est toutefois que de courte durée. Sans le moindre repère temporel fort dans le script, Alex Garland a recours à une structure programmatique articulée autour de cartons noirs type « journal de bord », certes cohérents avec l’idée d’une expérience scientifique, mais redondants et arythmiques au niveau de la narration cinématographique. La lassitude est donc rapidement au rendez-vous, d’autant plus que rien de bien excitant ne se passe non plus à l’intérieur du cadre. En effet, Ex Machina est essentiellement un film de conversations – rarement passionnantes même si Garland sait écrire de beaux dialogues – à peu près aussi rigides que les décors sont glacés. Il ne s’en dégage jamais la moindre émotion, ce qui s’avère particulièrement problématique lorsque l’émotion est censée être au cœur du propos. Une preuve de plus que le film passe à côté de ce qu’il aurait dû traiter, préférant relayer assez bêtement de bons vieux clichés misogynes plutôt que d’aborder avec un peu de clairvoyance les principes de l’intelligence artificielle. Car finalement, après une entrée en matière qui ferait presque illusion, Ex Machina ne sera que ça : un vulgaire trio amoureux auquel il est impossible de croire, et constitué de personnages tous plus idiots les uns que les autres. Dès lors, impossible d’y croire, et il faudra attendre une ou deux scènes assez particulières pour apercevoir un brin d’âme dans tout cela.

Ex Machina 3Dans Ex Machina, un génie incarné par Oscar Isaac (le seul qui vaille le déplacement, même si on l’a connu plus inspiré) invente l’intelligence artificielle et le robot les plus évolués au monde dans un seul but : devenir son sextoy parfait. Voilà qui est intelligent. Dans Ex Machina, l’ensemble des personnages féminins, pour lesquels Alex Garland ne perd pas une occasion de les filmer nues, n’ont donc qu’une seule fonction : le sexe, et parfois de servir l’homme. Des esclaves donc, sexuelles mais pas seulement. Même le personnage d’Ava tombe dans le cliché éculé selon lequel la femme, qu’elle soit bionique ou non, n’a comme solution pour se libérer que la manipulation de l’homme par la séduction et le sexe. Voilà à quoi est résumée l’intelligence artificielle dans Ex Machina. Et c’est évidemment une tare extrêmement handicapante. Et le personnage de l’idiot du village – pourtant un « brillant programmateur » – ne s’en sort pas mieux. Incarné mollement par Domhnall Gleeson, il sera le vecteur d’une succession de twists ressemblant fortement à des issues de secours narratives plus qu’à des options d’écriture cohérentes. D’autant plus que le message s’avère assez flou au final, résultat logique d’un film qui ne sait pas trop où il va.

Ex Machina 4

Pourtant, de façon inconsciente sans doute, Ex Machina esquisse quelque chose d’étonnant. Il n’est pas impossible d’y voir, par intermittences, l’équivalent futuriste d’une sorte de rape & revenge. Le créateur collectionnant les objet sexuels à visage humain y serait un prédateur sexuel. Ava, incarnée par la transparente Alicia Vikander, y serait la victime trouvant le moyen de se venger et de s’échapper (avec cette scène finalement très poétique où elle « s’habille » de la peau d’autres victimes). Et Caleb y serait le témoin impromptu à éliminer après l’avoir utilisé. Le film peut trouver un intérêt à être vu sous cet angle, mais le traitement s’avère bien trop maladroit pour que ce discours tienne solidement. Et il ne reste au final qu’un tout petit film de SF qui n’a pas grand chose à raconter, filmé de façon propre mais totalement impersonnelle, au rythme lancinant, et qui n’a pour lui qu’une direction artistique très réussie et deux séquences géniales. La première, une scène de danse, pour son côté fou, et la seconde, qui place le personnage de Kyoko face à des miroirs qui s’ouvrent successivement pour dévoiler des créations surréalistes. C’est assez maigre, bien trop inconsistant face aux différents enjeux que le film aurait pu exploiter et explorer, mais qui restent malheureusement à l’état embryonnaire.

FICHE FILM
 
Synopsis

À 24 ans, Caleb est un des plus brillants codeurs que compte BlueBook, plus important moteur de recherche Internet au monde. À ce titre, il remporte un séjour d’une semaine dans la résidence du grand patron à la montagne. Mais quand Caleb arrive dans la demeure isolée, il découvre qu’il va devoir participer à une expérience troublante : interagir avec le représentant d’une nouvelle intelligence artificielle apparaissant sous les traits d’une très jolie femme robot prénommée Ava.