Evil Dead 2 (Sam Raimi, 1987)

de le 17/02/2016
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Alors que la série Ash vs Evil Dead se prépare à une deuxième saison, retour sur le volet central de la trilogie culte, ayant permis à son cinéaste de confirmer l’étendue de son immense talent, en livrant l’un des films les plus fous de l’histoire du cinéma. Un chef d’œuvre dont l’inventivité continue d’inspirer les meilleurs cinéastes actuels.

Evil Dead 2 1En 1985 l’échec de Mort sur le grill, dont le final cut lui fut retiré, pousse le réalisateur Sam Raimi à mettre en chantier une suite à Evil Dead. Dans un premier temps le cinéaste s’associe à Sheldon Lettich (Bloodsport) pour rédiger un script voyant Ash propulsé au moyen âge. Une histoire jugée beaucoup trop chère à mettre en images. Raimi se tourne vers l’un de ses amis d’enfance, Scott Spiegel, pour réécrire l’ensemble. Afin de rédiger le scénario, ce dernier s’installe dans l’appartement que partage le cinéaste avec les frères Coen ainsi que les comédiennes Frances McDormand, Kathy Bates et Holly Hunter. En plein tournage de Maximum Overdrive, l’écrivain Stephen King, grand fan du 1er Evil Dead, contacte son producteur Dino De Laurentiis pour financer cette suite. Après un rendez vous n’ayant pas excédé 20 minutes, un budget de 3,6 millions est alloué au réalisateur. Ce dernier confie à Mark Shostrom (Les griffes de la nuit) et son équipe les différents effets spéciaux.

Evil Dead 2 2

Tandis que Bruce Campbell redevient Ash, Raimi confie aux inconnus Sarah Berry et Dan Hicks les rôles respectifs de Annie Knowby et Jake, tandis que Ted Raimi, le frère du cinéaste, incarne sous plusieurs couches de maquillages la version monstrueuse de la grand mère Henrietta qui doit beaucoup aux EC Comics. Pour le personnage de Bobby Joe, inspiré de Holly Hunter, c’est Kassie Wesley DePaiva (We Are What We Are) qui décroche le rôle. Le tournage prend place durant l’été 1986 à Wadesboro en Caroline du Nord où Steven Spielberg tourna La Couleur pourpre un an plus tôt. L’équipe investit un lycée à l’abandon et transforme son gymnase en intérieur de cabane. Malgré la chaleur étouffante le tournage se déroule dans une bonne ambiance propice à l’improvisation malgré la complexité des effets requis. C’est dans cette atmosphère bon enfant que va naitre l’aspect atypique du long métrage. N’ayant point les droits du premier film, Raimi utilise le prétexte de retour de Ash et Linda (Denise Bixler) pour résumer le précédent volet en quelques minutes. Plutôt que de refaire des plans à l’identique, le réalisateur va les réinventer en amplifiant leur impact à l’écran : irruption dans le champ, contre plongée en débullé. La tête de Linda et son collier servent de transitions « simples » (fondu au noir et surimpression) mais ingénieuses car doté d’une portée dramatique qui va influencer la suite des évènements.

Evil Dead 2 3Lorsque le véritable Evil Dead 2 démarre après qu’Ash soit propulsé dans les arbres tel un personnage de cartoon grâce à la « Sam-O-Cam » inventée pour l’occasion, le film délaisse l’ambiance poisseuse du 1er volet pour une approche hybride mêlant l’horreur et l’humour. Si ce mélange était présent dans de nombreuses productions, Raimi pousse cette idée dans ces ultimes retranchements grâce à son propre référentiel cinématographique et l’inventivité qui en découle. Evil Dead 2 épure au maximum sa ligne narrative pour se concentrer sur Ash seul contre une cabane. Ce concept génial permet au cinéaste de multiplier les gags grands guignolesques comme la main possédée ou le mobilier vivant qui renvoient aux cartoons de Chuck Jones et Tex Avery, en faisant preuve du même génie absurde qui animait ces dessinateurs pour donner vie à l’inanimé. Un côté cartoon qui va jusqu’au design des « Deadites » et aux différentes couleurs du sang.

Evil Dead 2 4

En dehors des gags en deux temps caractéristiques des génies précités, Raimi va faire sienne l’épure psychologique souvent négligée chez les cartoonists contemporains. Un désir simple, mais extrêmement précis qui motive la vitalité du personnage. ((Pour en savoir plus https://www.youtube.com/watch?v=kHpXle4NqWI)) Si la survie motive Ash dans ses actions et les gags qui en découlent, elle permet également d’amplifier la dimension tragique du récit. L’humour grand guignolesque d’Evil Dead 2 ne doit pas faire oublier la tragédie de certaines scènes souvent liée à l’esprit de Linda. Une approche théâtrale de la tragédie que le cinéaste perfectionnera dans les finals de Darkman, Mort ou vif, Un plan simple et la trilogie Spider-Man. Autant d’éléments qui trouvent leur source dans le cinéma muet qu’affectionne le réalisateur. La dimension tragi-comique d’Ash doit beaucoup aux anti héros du cinéma burlesque. Evil Dead 2 peut se voir comme une relecture gore du One Week de Buster Keaton dans sa description d’un affrontement entre un homme et une maison instable sans négliger le romantisme qui en découle. Un romantisme qui chez Sam Raimi prend l’aspect de scènes ouvertement mélodramatiques (jusque dans la musique de Joseph LoDuca) encore une fois liées à Linda, et qui renvoient à un autre pionnier: F.W. Murnau. Du cinéaste de City Girl, Raimi partage le gout des transitions atmosphériques (le soleil se couchant à l’arrière plan du cadre en accéléré) que l’on retrouvera tout au long de sa filmographie notamment lors de l’enterrement de Liam Neeson dans Darkman, durant le « duel montage » de Mort ou Vif, et l’arrivée de James Franco dans Le monde fantastique d’Oz.

Evil Dead 2 5Cette affection pour l’expérimentation narrative et visuelle tributaire du cinéma des origines rapproche d’avantage Raimi de cinéastes Hong Kongais comme Tsui Hark et John Woo que de ses confrères américains. Aidé du chef opérateur Peter Deming (futur collaborateur de David Lynch) dont c’est le premier long métrage, Raimi multiplie travellings violents, courte focale, déformation d’objectifs, zoom, débullé, vue subjective sur un rythme trépidant dont le montage, en droite lignée des expérimentations russes des années 20, ne laisse aucun répit au spectateur jusqu’à le rendre KO lors du générique de fin. La caméra sans cesse en mouvement révèle tout le génie chorégraphique de son auteur y compris lorsqu’il s’agit de refaire un gag des Trois Stooges. Le tout ne serait rien sans la performance de Bruce Campbell. Le futur interprète d’Elvis Presley dans Bubba Ho-Tep trouve ici le rôle qui va asseoir son aura culte, dans un registre slapstick qui le voit passer de victime à héros lors d’une scène d’anthologie. Tout comme Peyton Westlake dans Darkman, Ellen dans Mort ou Vif, Annabelle Wilson dans Intuitions et bien sur Peter Parker dans Spider-Man, Ash traduit l’affection du cinéaste pour les anti héros au background dramatique souvent lié à la perte d’un proche ou au rêve brisé d’une vie meilleure. Tous ces éléments finissent par donner au film son aspect iconoclaste convoquant tout un pan du cinéma d’autrefois pour mieux en souligner la modernité.

Evil Dead 2 6Le cinéaste conclut son film sur une double apothéose. Celle d’un combat jouissif entre Ash et Henrietta suivi d’un saut temporel. Evil Dead 2 est un véritable OFNI au même titre que House de Nobuhiko Ôbayashi avec lequel il entretient de vraies correspondances stylistiques et narratives : mélange harmonieux horreur-comédie, héritage du muet, scène horrifique prenant place autour d’un piano, épure psychologique qui confine à la théâtralité, climax chaotique avec une tête géante… . Ainsi que de d’autres éléments, plus subtils, que l’on retrouvera tout au long de la filmographie de Sam Raimi. Sorti le 15 mars 1987 sur les écrans américains, Evil Dead 2 rapporta plus de 5,9 millions de dollars. Cependant Raimi attendit quelques années avant de lancer L’armée des ténèbres. Avec le temps Evil Dead 2 devient l’opus préféré des fans de la saga et continua d’exercer une influence majeure sur de nombreuses œuvres. Dans le film High Fidelity de Stephen Frears les personnages campés par Jack Black et John Cusack déclarent leur flamme au long métrage de 1987. Le récent Scream Girl lui rend hommage lors de certaines séquences. Des cinéastes tels que James Cameron, Frank Darabont ou Guillermo del Toro sont de très grands fans du film de Sam Raimi. Le Néo Zélandais Peter Jackson s’inspira ouvertement d’Evil Dead 2 pour concevoir l’extraordinaire Braindead. En France James Huth, Jan Kounen, Alain Chabat, Louis Leterrier ou Alexandre Aja lui vouent également un culte. Mais le plus bel héritage cinématographique nous vient du Royaume Uni et du Japon via Edgar Wright et Sono Sion. Bien que l’influence d’Evil Dead 2 soit évidente sur Shaun of the Dead, Exte : Hair extensions ou TAG, c’est avant tout la manière dont ces deux brillants cinéastes se sont réappropriés tout au long de leur carrière la grammaire stylistique de Raimi pour l’associer à leur cinéma, qui constitue probablement l’hommage le plus touchant fait à l’œuvre du cinéaste américain. Quand à Sam Raimi, il ne cessa jamais de revenir sur son chef d’œuvre comme en témoigne la naissance du Docteur Octopus dans Spider-Man 2.

Plus de 29 ans après sa sortie en salles Evil Dead 2 reste le chef d’œuvre de Sam Raimi avec Spider-Man 2. Drôle et terrifiant, un véritable OFNI qui confirme l’humble talent de son metteur en scène. Une vraie leçon de cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

Deux jeunes amoureux se rendent dans la cabane du professeur Knowby, qui a mystérieusement disparu après avoir eu en sa possession quelques pages du livre des morts, redoutable grimoire disparu au XIVe siècle.