Everest (Baltasar Kormákur, 2015)

de le 21/09/2015
 
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Sans imposer son film comme une nouvelle référence dans son genre, Baltasar Kormákur réussit son ascension de l’Everest. Le réalisateur islandais trébuche par moments dans sa reconstruction de cette “incroyable histoire vraie”, comme nous annonce l’affiche. Mais son beau casting et ses très belles images de haute montagne prouvent l’honnêteté de ce projet qui nous emmène très loin et très haut.

EverestUn petit tour sur le toit du monde, ça vous dit ? Mais le voyage ne sera pas de tout repos. C’est le programme que nous propose Baltasar Kormákur, réalisateur islandais qui officie à l’international depuis plus de dix ans, plus récemment avec Two Guns avec Denzel Washington et Mark Walhberg. En 2015, il s’attaque à la montagne des montagnes avec un casting long comme son ascension, les noms de Jason Clarke, Josh Brolin, John Hawkes, Robin Wright, Emily Watson, Keira Knightley, Sam Worthington, et Jake Gyllenhaal prenant ostensiblement la place centrale de l’affiche officielle. Si son dernier long-métrage est basé sur une histoire vraie, Kormákur ne s’est pas contenté simplement de l’aventure d’Edmund Hillary et de Tenzin Norgay. L’exploit de toucher le sommet est derrière nous et Everest se concentre sur la marchandisation touristique du lieu, toujours exceptionnel s’il en est, ainsi que les terribles conséquences qu’implique de sous-estimer sa nature imprévisible pour que le tout un chacun puisse le gravir.

Everest 2

C’est avec des cartons introductifs usités que Baltasar Kormákur nous ramène au mois de mai 1966 où le célèbre mont est envahi par de nombreuses petites sociétés d’alpinisme. Ces dernières proposent au commun des mortels de leur organiser une expédition qui leur promet de gravir l’Everest. Compte tenu des conditions extrêmes locales, toutes tenteront une ascension le 10 mai, au mépris des risques d’encombrer les voies avec leurs touristes, même expérimentés. Bien entendu, la montagne est imprévisible. Cela dit, Kormákur ne se contente pas de faire un film catastrophe en altitude. Contrairement au célèbre Cliffhanger avec Sylvester Stallone ou le Vertical Limit de Martin Campbell, le réalisateur islandais ne cherche pas forcément à mettre en scène de l’action spectaculaire. L’environnement seul lui suffit au spectacle, et de créer les sensations et le suspense auprès du spectateur voyant ces protagonistes se dépasser, quitte à tromper la mort. Everest est autant un voyage au bout de monde que de soi-même, commençant humblement sur le plancher des vaches néozélandais, avec le départ de l’équipe d’alpinistes principale du film. Le reste est une montée constante, aussi bien en altitude qu’en tension. Plus l’histoire avance et plus les questionnements et remises en cause affluent à l’esprit des personnages face au danger inhérent qu’implique l’ascension de la montagne. Mais à plus de 8000 mètres, le moindre doute ou la plus petite hésitation s’avèrent mortels.

EverestIl faut reconnaître à Baltasar Kormákur son travail remarquable de mise en scène. Lancé en 2013 avec Christian Bale en tête d’affiche, le projet aboutit sur un long-métrage aux images impressionnantes, rivalisant avec les grosses productions hollywoodiennes, avec deux fois moins de budget (55 millions de dollars). En dehors des studios britanniques sur fonds verts de Pinewood, le réalisateur aura vraiment fait voyager son casting jusqu’au Népal et au pied de l’Everest, ne cherchant pas à tricher avec ses paysages fantastiques. Kormákur nous lance sur les traces de ce drame de 1966 avec la précision d’un rapport d’enquête policière, ouvrant chacune de ses séquences en indiquant systématiquement et avec précision l’heure et le lieu, une fois l’ascension débutée. Un choix assez risqué dans sa reconstruction de cette histoire qui ne lui évitera pas les entrées et sorties du récit de certains de ses personnages, notamment les allers-retours entre la montagne et le monde extérieur (autres alpinistes, le camp de base ou les autres endroits simultanés sur la planète). Certains des personnages secondaires apparaissent et disparaissent sans une véritable raison, notamment celui de Sam Worthington. Le problème étant que leur disparition du cours du film aura, très souvent, une grande influence sur le destin des autres en danger. Il est fort possible que ceux-là aient été sacrifiés au montage. Néanmoins, leur absence intermittente laisse des zones d’ombre non négligeables dans la reconstruction précise dans laquelle s’était lancé le film.

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L’autre grand regret vis-à-vis d’Everest concerne son image. Évidemment, les plans larges sur le relief de l’Himalaya sont incroyables et magnifiques. Ceux rétablissant l’échelle de ces êtres humains comparés ou à la montagne ou la météo à de quoi donner des frissons. Faut-il blâmer le trop faible budget de la production ? Pas nécessairement lorsque l’on constate amèrement que le long-métrage a été post-converti en 3-D et gonflé pour être projeté dans les salles IMAX. Pourtant, avec l’équipe de tournage IMAX faisant involontairement partie intégrante de l’histoire du film, Baltasar Kormákur n’a pas pu bénéficier de la technologie de prise de vue exceptionnelle de la célèbre société canadienne, sachant que cette dernière a inventé il y a peu leur première caméra stéréoscopique. Everest aurait été une vitrine parfaite pour l’usage d’une telle caméra et n’aurait pas laissé cette étrange sensation d’incomplet. Arrivant après une saison des blockbusters 2015 relativement pauvre en terme de prise de risque et d’envie de cinéma, l’honnête film de Baltasar Kormákur est une bonne rupture avec les gros long-métrages américains au succès planétaire récents et garantira à son spectateur de le dépayser le temps de ses deux heures durant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Inspiré d'une désastreuse tentative d'ascension de la plus haute montagne du monde, Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l'homme ait connues. Luttant contre l'extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l'épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut.