Évasion (Mikael Håfström, 2013)

de le 31/01/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

La rencontre entre les deux plus grandes légendes du cinéma d’action devait se faire depuis la fin des années 80. Il aura fallu attendre plus de 20 ans pour qu’elle ait enfin lieu, mais dans des conditions désastreuses. Évasion est le pire qui puisse arriver, un fantasme inassouvi qui devient réalité et déçoit tous les partis. Cependant, avec le réalisateur de Chambre 1408 et du Rite à la barre, il ne fallait pas non plus s’attendre à un miracle.

EvasionSylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger qui se partagent une affiche, c’est une rencontre au sommet qui aura alimenté les rêves les plus fous de spectateurs depuis les années 80, quand les deux stars du cinéma d’action orchestraient une saine animosité qui participa à la légende. Une rencontre entamée furtivement dans Expendables puis plus longuement dans Expendables 2, menant à Évasion (anciennement « The Tomb ») ou l’occasion de voir les deux gros bras se foutre sur la gueule et s’envoyer de la punchline mémorable pendant deux heures dans un décor de prison de haute sécurité. Toutes les planètes semblaient alignées pour que l’expérience soit réussie, même si la présence derrière la caméra du médiocre Mikael Håfström laissait planer un doute inquiétant (sachant qu’Antoine Fuqua fut un temps envisagé pour mettre en scène la chose, ce qui aurait eu bien plus de gueule). Et à l’arrivée, cela s’appelle un beau rendez-vous manqué.

evasion 1

Comment diable Sly et Schwarzy ont-ils bien pu se dire à un moment donné que ce film était le véhicule rêvé pour partager pour la première fois de leur carrière une affiche du début à la fin ? Difficile de saisir les tenants et aboutissants d’une telle décision tant Évasion représente précisément l’inverse de ce qui était attendu. Il faut immédiatement oublier la rencontre idéale, à savoir les voir se taper dessus, car il est ici question d’une collaboration entre un Sylvester Stallone embourgeoisé champion de l’évasion et un Arnold Schwarzenegger pépère, un peu débile sur les bords mais capable de balancer une citation du Gai savoir de Nietzsche en pleine discussion. Une aberration constante pour ce film qui constitue un paradoxe total, sorte d’anomalie sidérante dans la matrice. Car l’idée géniale derrière Évasion est de rassembler les deux costauds les plus célèbres d’Hollywood non pas pour les mettre en situation dans ce qu’ils maitrisent le mieux, les gnons dans la face et les armes lourdes, mais pour les faire bavarder jusqu’à plus soif. C’est la riche idée à imputer à Miles Chapman, déjà scénariste de l’improbable Road House 2, ainsi qu’à Jason Keller dont la filmographie impressionne par sa nullité. Mikael Håfström n’étant bien sur qu’à la place qui est la sienne, celle d’un vulgaire yes-man sans grand talent, à la botte de ses producteurs et sans doute des deux stars à l’égo surdimensionné. Dès lors que le pot aux roses est découvert, à savoir qu’Évasion n’a rien d’un film d’action, il n’y a plus grand chose pour se réjouir et il faudra assister à ce qui se fait de plus médiocre en terme de thriller ringard.

EvasionSylvester Stallone, tout en retenue, livre peut-être une de ses pires prestations dans la peau de cet expert en évasion pris au piège dans un micmac scénaristique à coucher dehors. Il faut donc se tourner vers Arnold Schwarzenegger qui reste la seule véritable attraction de ce désastre, avec à la clé quelques répliques venues d’ailleurs (le « tu cognes comme un végétarien » est tellement pensé comme une réplique culte qu’il n’a aucun impact), une séquence tout en allemand et tout de même une scène où il se fait plaisir avec une sulfateuse dans les mains comme à la bonne époque. Mais ce n’est qu’une maigre consolation car Évasion est un film qui n’a rien de bien excitant. C’est un film incroyablement mou et inutilement bavard, à la mise en scène pantouflarde et aux effets de style ringards (l’affichage de l’architecture en fils de fer de façon systématique est une horreur), dans lequel les stars vieillissantes semblent disserter pendant des heures pour échafauder un plan improbable jusqu’à un retournement de situation ridicule dans la dernière scène. Mais Évasion c’est également un en bad guy transparent, un qui semble se demander en permanence pourquoi il a accepté ce chèque et un rigolo en maton sadique. Pas grand chose à sauver donc de cette rencontre au fond du trou, qui pète plus haut que son cul, réduit son peu d’action branlante au dernier quart d’heure, est filmée par un réalisateur vraisemblablement démissionnaire et se moque ouvertement de son public en oubliant en quelques minutes les raisons qui font que le projet était attirant. En espérant que les deux action héros d’antan se ressaisissent au plus vite, ce qui devrait être le cas pour Arnold Schwarzenegger via le très prometteur Sabotage.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ray Breslin est un ingénieur spécialisé dans la conception de prisons ultrasécurisées. Il teste lui-même l’efficacité de ses bâtiments en se faisant enfermer puis en s’évadant. Contacté par une société privée souhaitant tester un concept révolutionnaire de prison hi-tech, il se retrouve prisonnier. Piégé dans ce complexe ultra-moderne, harcelé par un directeur impitoyable et son gardien corrompu, Ray découvre une conspiration pour le faire disparaître à jamais. Sa seule chance de survie : une alliance avec Emil Rottmayer, un co-détenu ayant lui aussi un secret. Pour avoir une chance de s’évader, ils vont d’abord devoir se faire confiance.