Epic – La bataille du royaume secret (Chris Wedge, 2013)

de le 12/05/2013
 
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Revenant à la réalisation 8 ans après un Robots de triste mémoire, Chris Wedge s’est lancé le pari fou de donner vie au récit préféré de William Joyce, avec sa bénédiction et sa participation. Un projet de longue haleine en décalage complet avec la politique habituelle chez Blue Sky, plein de belles promesses, mais qui s’avère au final être une énorme déception. Pas si épique, travestissant son imaginaire pour de la pose cool, plombé par un humour débile et passant à côté de toute l’ampleur et l’émotion de l’œuvre originale, Epic – La bataille du royaume secret est un nouvel échec de la Fox qui est en train d’essorer son studio d’animation si prometteur.

Le point de départ d’Epic – La bataille du royaume secret n’avait rien de bien novateur. La rencontre entre le monde des humains et un monde miniature qui les côtoie, d’Alice au pays des merveilles à Arrietty, le petit monde des chapardeurs, en passant par Les Minipouss, Les aventures de Zak et Crysta dans la forêt de FernGully ou Arthur et les minimoys, alimente l’imaginaire du public depuis bien longtemps. Le principal intérêt venait de la nature même du film qui poussa Chris Wedge à menacer la Fox d’aller taper à la porte de Pixar, où il serait accueilli à bras ouverts, pour enfin monter ce projet. Il vient également du fait que ce récit est adapté, en partie par lui-même, des écrits de William Joyce, l’auteur des Cinq légendes, et qu’il s’agit d’un récit avec une portée toute particulière : The Leaf Men and the Brave Good Bugs. Derrière la fantaisie et l’aventure, le souvenir d’une fille disparue trop tôt et qui aura donné son nom à l’héroïne. Le livre de William Joyce a été complètement remanié, à tel point que seuls quelques éléments-clés subsistent, pour construire un univers visuellement époustouflant dans lequel chaque personnage et chaque intrigue se voit sacrifié sur l’autel du cool, du fun et de l’humour bas de gamme pour gamins décérébrés.

EPIC

Le gâchis que représente Epic est immense. Car du début à la fin apparaissent les scories du grand film d’aventure, de la grande odyssée animiste, de la quête mythologique. L’ambition de livrer quelque chose dans le sillon de Princesse Mononoké ou Avatar se fait sentir, mais elle est écrasée par la volonté de pondre une aventure pour enfants extrêmement basique. On comprend bien ce désir de plaire au plus grand nombre, mais à l’heure où Pixar et Dreamworks parviennent à proposer des divertissements pour les plus jeunes, toujours lisibles pour les adultes, et franchement moins bêtes que la moyenne pour ne pas dire bien plus intelligents, il y a un vrai problème chez Blue Sky. Nul doute qu’Epic – La bataille du royaume secret est un succès potentiel et qu’il émerveillera. Le film possède quelques séquences magistrales, un univers foisonnant fabriqué de toutes pièces, et un rythme relativement soutenu, notamment dans sa première partie. On ne s’ennuie pas et c’est déjà une petite réussite, sauf qu’on passe à côté de l’essentiel. L’héroïne du film, Mary Katherine, se rend chez son père qui l’a toujours délaissée au profit de ses études. Elle s’y rend car elle ne parvient pas à faire le deuil de sa mère. Ne serait-ce que ces deux éléments constituent des bases extrêmement solides pour une quête personnelle passionnante. Pourtant, les traumas sont vite évacués et la relation père-fille est traitée vulgairement, annihilant ainsi toute l’émotion que pouvait véhiculer le film. On cherche alors du côté du monde miniature, passionnant lui aussi. Et on y trouve la reine des hommes-feuilles, symbole fort d’un peuple protégeant la foret, incarnation de l’esprit de Gaïa. Epic – La bataille du royaume secret fait alors le lien avec ces grands films sur la protection du cœur de la nature, la quête de l’héroïne dépassant son propre destin pour celui de la planète. Mais là encore, le traitement n’est pas à la hauteur. L’idée d’une reine noire est excellente, celle d’en faire une sorte d’adolescente bien plus intéressée par la drague que par sa mission l’est beaucoup moins. Éparpillées ça et là se retrouvent des images fortes, témoins de l’ampleur initiale du film, mais automatiquement ruinées par des idées crétines pour suivre une forme de hype qui nuit au caractère potentiellement universel du projet.

EPIC

L’aventure devient basique, les personnages uniformes au possible et sans réelle évolution, résultats d’un travail d’écriture schizophrène. Chris Wedge a beau pondre des séquences tout bonnement prodigieuses en terme d’action, avec des batailles qui ne font pas mentir le titre, des poursuites faites de mouvements assez hallucinants, avec une remarquable gestion des éléments de décor, le tout monté efficacement, l’ensemble ne prend pas. La faute à des choix douteux et à des fausses bonnes idées. Par exemple, celle d’exploiter la différence de vitesse entre le monde des humains et le monde miniature qui n’aboutit sur rien de concret en terme de cinéma, donnant simplement lieu à des scènes au ralenti d’un côté et des petits points bougeant en accéléré de l’autre, très cheap. On se console avec le visuel qui convoque une imagerie tirée des films de samouraïs, plutôt bien sentie pour illustrer le code d’honneur de ces personnages, mais là aussi sous-exploité. De la même façon, les motifs classiques, à l’image de l’apparition du cerf dans la forêt, n’alimentent en rien le récit et finissent par faire tâche. Le pire de tout étant bien entendu le traitement minable de la romance, inutile et bête, et de l’humour. Entre le chien à trois pattes, drôle la première fois et lourd lorsque le gag sur son handicap est répété pour la centième fois, et les sidekicks gastéropodes, il y a de quoi bondir. L’idée de coller l’escargot et la limace aux héros est sans doute la pire de tout le film, avec leurs gags jamais drôles et leur omniprésence. Ils ruinent chaque scène en la désamorçant et ramènent en permanence le film au ras des pâquerettes quand il a le potentiel de s’élever. Visiblement, la team de scénaristes a bien saisi comment ruiner l’ampleur d’un récit et Epic – La bataille du royaume secret n’a plus pour lui que son univers magnifique et inexploité, sa mise en scène énergique et sa 3D très immersive. Pour tout le reste, c’est un incroyable gâchis.

FICHE FILM
 
Synopsis

L'histoire d'une guerre insoupçonnable qui fait rage autour de nous. Lorsqu'une adolescente se retrouve plongée par magie dans cet univers caché, elle doit s'allier à un groupe improbable de personnages singuliers et pleins d'humour afin de sauver leur monde... et le nôtre.