Du Sang et des larmes (Peter Berg, 2013)

de le 31/12/2013
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Peter Berg est un patriote. Cela transpire de toute sa filmographie, et ce même quand il évolue dans l’ironie et le cynisme comme dans son précédent fil Battleship. Avec Du Sang et des larmes, il signe un pur film de guerre, dans la plus noble tradition du genre, en hommage aux Navy Seals. Malgré les quelques débordements larmoyants et symphoniques de son final, le film s’impose comme une expérience viscérale et presque biblique au cœur d’une fraternité militaire.

Avec l’excellent Battleship, exercice de style assez drôle et franchement bien torché se moquant ouvertement, mais avec tendresse, d’un certain cinéma hollywoodien (le style bourrin de Michael Bay en tête), Peter Berg s’est mis à dos la planète entière. Un problème de perception essentiellement, le « patriotisme » du film, sur lequel il ironisait pourtant, lui étant reproché violemment. Il vire de bord et revient dans la lignée du Royaume avec Du Sang et des larmes, formidable adaptation  du roman, tiré d’une histoire vraie, Lone Suvivor de Marcus Luttrell. Aucun second degré cette fois, il s’agit d’un pur film de guerre dans la grande tradition du genre, articulé autour d’un casting haut de gamme. Dans l’esprit du projet global, on se situe dans la veine abandonnée depuis de La Chute du faucon noir. Dans le traitement, les deux films ne pouvaient pas être plus différents. L’esprit est celui du film de guerre all stars, comme Hollywood en a tant produit pendant des décennies, le traitement est celui de l’immersion violente, de l’empathie totale et d’un regard plein de compassion sur une profession. De quoi s’attirer les foudres de la critique européenne.

Lone Survivor

Le récit est simple, carré, incisif, et d’une efficacité redoutable. Le canevas est extrêmement classique, dans la mesure où le premier acte, très ramassé, consiste à une présentation succincte de chaque personnage au sein de l’équipe, de l’esprit de compétition qui s’y développe mais surtout de l’état de fraternité. Du Sang et des larmes capte parfaitement le statut de seconde famille que peut constituer la vie militaire. Une pointe d’humour, une grosse dose de testostérone et de stratégie militaire, soit les ingrédients essentiels et savamment dosés pour livrer un vrai film de guerre, possédant tout pour devenir un petit classique. Débarrassé de toute digression inutile, Du Sang et des larmes capte tout d’abord l’état d’esprit de ces soldats dans l’attente, quelque part dans une variation écourtée de Démineurs, avant de les propulser dans une mission qui va bouleverser leur existence. Assez basique dans sa construction, le film de Peter Berg évite soigneusement de refaire Outrages de Brian De Palma et se concentre sur la relation qui lie quatre frères de sang dans une situation qui leur échappe. Il se frotte pourtant au film de De Palma le temps d’une séquence-pivot qui définit précisément le discours du film. Il ne s’agit pas de rechercher des atermoiements moraux, d’ausculter les dommages collatéraux d’un choix moral délicat ou d’un acte de guerre irréparable, il ne s’agit pas non plus d’analyser la psychologie de ce qu’est un soldat. Il s’agit bien plus simplement de dresser le portrait d’une groupe dont chaque décision répond à une logique, fruit d’une préparation minutieuse, dans laquelle le facteur humain n’est pourtant pas mis de côté.

du sang et des larmes 2

Si les personnages sont travaillés, leurs relations détaillées, c’est bien quand il les lâche les chevaux et s’enfonce dans l’action pure que Du Sang et des larmes prend toute son ampleur. Une fois passée la séquence de sniper, extrêmement bien découpée pour créer une tension palpable et une suspension du temps, les premiers coups de feu ouvrent le bal interminable fuite vers l’enfer. Du Sang et des larmes n’est pas un film heureux, comme le sous-entend plus frontalement son titre original « Lone Survivor », c’est une sorte de grande tragédie masculine et militaire, une douloureuse plongée sanglante vers un destin tragique de ces héros modernes. Peter Berg y développe des trésors de mise en scène, explorant intelligemment les espaces de l’Afghanistan et la façon dont leur topographie doit être abordée, avec à la clef une poignée de séquences terribles. Au rayon des tours de force de pure mise en scène, une double scène de chute des seals qui désarticule les corps, broie les os et déchire les chairs sans donner le moindre répit au spectateur. Dans son dernier acte, il vient toucher à l’essence de l’existence du militaire, entre sacrifice et entraide, jusqu’à un final tout bonnement bouleversant. Peter Berg n’émet aucun jugement et ne prend pas vraiment de distance, il cherche l’immersion au sein de la fraternité et y trouve quelque chose de fort, sans pour autant faire de son film un tract pour que les jeunes s’engagent. Extension parfaite de son Royaume, Du Sang et des larmes est un film de guerre redoutable et d’une intensité rare, qui parvient à travers un spectacle d’une cruauté sans nom, faisant de ces soldats des sortes de martyrs dont l’apparence se dégrade chaque minute un peu plus, à capter une extension du réel. Une fois de plus, Peter Berg se montre excellent directeur d’acteurs, transformant son génial et étonnant quatuor (Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch et Ben Foster, soit une association plutôt audacieuse) en machines de guerre faillibles mais précises. L’Amérique n’en sort pas vraiment grandie, le scénario étant suffisamment bien écrit pour ne pas suivre la voir toute tracée de la vision clichée habituelle.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le 28 juin 2005, un commando de quatre Navy Seals prend part à l’opération "Red Wing", qui a pour but de localiser et éliminer le leader taliban Ahmad Shah. Mais rapidement repérés et encerclés, les quatre soldats vont se retrouver pris au piège.