Don Jon (Joseph Gordon-Levitt, 2013)

de le 23/12/2013
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

La liste des acteurs cherchant à passer derrière la caméra est toujours plus longue et toujours remplie d’échecs cuisants entre deux belles surprises. Joseph Gordon-Levitt a beau être un acteur formidable, il prouve avec ce Don Jon précédé d’une aura de film culte en puissance qu’il est non seulement un piètre scénariste mais également un metteur en scène plutôt médiocre, n’osant pas aller au bout de son sujet pour accoucher d’un tout petit film plat, inoffensif et sans grand intérêt.

L’obsession masculine pour la pornographie méritait-elle un film ? Peut-être, mais sans doute pas celui-là. En effet, Joseph Gordon-Levitt n’a visiblement pas de vision concrète sur le sujet et rame 1h30 durant afin d’essayer d’étayer quelque chose de concret pour n’aboutir que sur des banalités un brin gênantes. Don Jon démarre à la manière d’un énième petit film indépendant, avec son montage énergique, sa caméra à l’épaule, sa photographie plutôt lumineuse et sa voix off, soit de façon loin d’être désagréable. Mais cette absence d’originalité vire peu à peu à l’absence de matière, et le film devient toujours plus embarrassant. Joseph Gordon-Levitt joue sur l’effet de répétition mais n’y puise aucune énergie. Pire, son dispositif n’aboutit que sur une sensation de lassitude profonde. D’autant plus que sa mécanique maladroite ne peut pas s’appuyer sur de présupposées idées de mise en scène ou des personnages complexes, car ils sont également aux abonnés absents. Dès lors, malgré toute la sympathie qu’il est possible d’éprouver pour Joseph Gordon-Levitt, qui reste un des acteurs les plus doués et attachants de sa génération, il est tout bonnement impossible de soutenir un film si pauvre.

Don Jon 1

Don Jon manque cruellement de matière et de style, de rythme et d’identité. Le film manque tout simplement de corps, pour évoluer au delà de sa simple idée de portrait d’un jeune adulte accro aux vidéos pornographiques. Évidemment, il va chercher à analyser son personnage, pointant du doigt son addiction en en faisant des tonnes, comme s’il était héroïnomane ou s’il violait des jeunes filles. Il y a un vrai problème de mesure dans le traitement du personnage de Don Jon. Et il y a un vrai problème de finesse dans l’ensemble du film. D’autant plus que tout ce petit monde a beau vendre le film sur son prétendu sujet, le cœur du film n’est pas vraiment dans l’addiction au porno. Don Jon se rêve plutôt en réinterprétation vaguement trash des codes de la comédie romantique, codes qu’il voudrait bien exploser mais auxquels il se plie sans broncher, devenant un représentant lambda d’un genre qui peine toujours à se réinventer. Étrange sensation donc devant cet exercice terriblement décevant, sans la moindre identité filmique, parfois même assez laid ( fidèle à lui-même au niveau de la lumière) et dont la seule véritable idée consiste à utiliser un véhicule de camouflage pour une comédie romantique extrêmement simpliste à la morale grossière. Il faut voir ce plan dans lequel Joseph Gordon-Levitt décide d’aller jouer au basketball avec d’autres personnes plutôt que de retourner lever des poids tout seul pour saisir l’absence de finesse de l’ensemble.

Don Jon 2

D’autant plus que cette grossièreté du trait n’est pas accompagnée de la note de trash attendue. Don Jon est un film très sage et très pudique, sans aucune prise de risque. Même son discours sur cette génération, accro au porno mais pas seulement, car également au culte du corps et de l’image, au minimalisme, aux grosses voitures et ainsi de suite, est traité par dessus la jambe. Don Jon ressemble à un pot-pourri dont le parfum n’a rien d’harmonieux et s’avère même un poil désagréable, car trop de nuances s’y mélangent et rien ne s’en dégage. Même sa tentative d’intégrer la religion dans l’équation, à travers de multiples séances de confession dont l’humour tombe toujours à plat, s’avère ratée. Il y a bien Joseph Gordon-Levitt qui se dirige très bien, tout dans l’excès, il y a Tony Danza, toujours aussi charismatique dans la peau de la figure paternelle caricaturale au possible, et c’est à peu près tout. Le plus beau gâchis se nomme Scarlett Johansson, non seulement inexploitée dans cette incarnation de la vulgarité extrême, mais surtout ne dégageant aucune présence. L’autre se nomme Julianne Moore, la grande actrice étant visiblement dans une très mauvaise passe et cumulant les rôles faiblards, et ce même si son personnage est peut-être le plus intéressant de tout le film. Le plus gênant dans tout ça tient dans le dernier acte pensé comme une succession de révélations presque divines, alors que tout ne pouvait mener qu’à cette conclusion sans surprise, y compris à travers le personnage de la sœur, autre idée sous-exploitée au possible. Décidément, ce Don Jon n’a pas grand chose pour lui et digère difficilement tout son capital sympathie. En espérant que Joseph Gordon-Levitt prenne conscience qu’il est bien meilleur dans ce qu’il sait vraiment faire : l’acteur. Car dans ce domaine qu’il maîtrise, il est capable de nuances et de finesse, soit tout ce qui fait défaut à Don Jon.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jon Martello est un beau mec que ses amis ont surnommé Don Jon en raison de son talent à séduire une nouvelle fille chaque week-end. Mais pour lui, même les rencontres les plus excitantes ne valent pas les moments solitaires qu’il passe devant son ordinateur à regarder des films pornographiques. Barbara Sugarman est une jeune femme lumineuse, nourrie aux comédies romantiques hollywoodiennes, bien décidée à trouver son Prince Charmant. Leur rencontre est un choc, une explosion dans la vie de chacun. Bourrés d’illusions et d’idées reçues sur le sexe opposé, Jon et Barbara vont devoir laisser tomber leurs fantasmes s’ils veulent avoir une chance de vivre enfin une vraie relation…