Délivre-nous du mal (Scott Derrickson, 2014)

de le 02/09/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Avant de jouer les hommes de main de Kevin Feige sur l’adaptation de Doctor Strange, Scott Derrickson s’exerce une troisième fois dans ce qu’il sait faire de mieux. Contrairement à l’essentiel de la concurrence, le réalisateur va chercher plus loin que le simple film d’horreur avec Délivre-nous du mal. Travaillant plus l’ambiance que les jump scares, le mélange exorcisme et thriller policier fonctionne avec un Eric Bana convaincant.

Délivre-nous du mal En à peine deux films, Scott Derrickson est devenu un nom reconnu dans le monde du film d’horreur récent. Le cuisant échec du remake du Jour où la Terre s’arrêta aidant à se concentrer sur le reste de la carrière, le réalisateur semble plus s’amuser dans ce genre qui est, depuis quelques années, littéralement submergé de films sous-budgétés se cachant derrière une mise en scène en found footage. Suffisamment impliqué dans les siens en étant également leur scénariste, il faut déjà reconnaître à Derrickson cette volonté de résister à une mode incomprise par ceux qui la portent. Sorti au début du mois de juillet aux USA, c’est finalement à la rentrée que débarque dans les salles françaises Délivre-nous du mal, mettant en scène Eric Bana en flic usé qui va se retrouver confronté à des forces ésotériques.

Délivre-nous du mal

C’est là tout l’intérêt du quatrième long-métrage de Scott Derrickson. Délivre-nous du mal n’est pas juste un film d’horreur lambda. À l’instar de son premier, L’Exorcisme d’Emily Rose, qui abordait le genre à travers celui, plus rare et complexe, du film de procès, son nouveau film attaque depuis l’angle du thriller policier. D’une part, l’histoire qu’il relate est en grande partie tirée de récits et d’anecdotes bien glauques d’un policier à la retraite. On pourrait reprocher l’argument marketing vendant le film comme « basé sur des faits réels », mais passons. D’autre part, la caractérisation du personnage incarné par Eric Bana change le schéma habituel du film d’horreur où le héros est d’abord la victime du mal qu’il terrassera à la fin. Les confrontations seront nombreuses, certaines plus musclées que d’autres, néanmoins l’idée de suivre ce flic en chasse perpétuelle, dont la réalité faite d’affaires de mœurs qui tournent mal où aux petits crimes crapuleux va se heurter au fantastique, a quelque chose d’inexplicable.

Délivre-nous du malS’il évite de tomber dedans, Scott Derrickson sacrifie cependant la tension de son prologue à la loi du found footage. Certainement la partie la moins réussie du long-métrage, l’ouverture se fait sur une mission de soldats américains envoyés en Irak qui dérape. Déjà que les quelques plans à la tombée du jour ou de nuit ne sont pas très bien filmés, la suite tournée à partir de petites caméras portées par les militaires brouille l’intention que Derrickson construira par la suite dans son film. Plus intéressant, le premier acte dépeint donc la vie de ce flic new-yorkais, dont le travail l’empêche d’être assez présent chez lui pour tenir pleinement son rôle de père et d’époux. La nuit pluvieuse est son quotidien, écumant les rues derrière le volant de son SUV. Grâce à cette première partie, souvent sacrifiée aujourd’hui par le genre, Délivre-nous du mal se permet de construire une ambiance sombre et malsaine qui tiendra tout au long du film.

Délivre-nous du mal

C’est finalement assez tard qu’interviendra le fantastique dans le long-métrage de deux heures, avec notamment le personnage d’Edgar Ramirez. D’entrée fonctionnel en se présentant comme un prêtre qui a baroudé aussi de son côté, ce dernier est là pour faire entrer celui d’Eric Bana dans cette autre dimension qui l’aidera à comprendre et résoudre cette série de meurtres. Le film reviendra aux fondamentaux avec une scène d’exorcisme en climax dans une salle d’interrogatoire d’un commissariat. Il subsiste des idées et tentatives intéressantes, comme un flashback sur le passé du héros tourné en super 8 (rappelant le précédent film de Scott Derrickson, Sinister) ou cette proposition de réflexion sur les syndromes post traumatiques d’une guerre basée sur des mensonges. Une guerre de la honte dont les Américains devront s’exorciser, alors qu’ils abandonnent à eux-mêmes leurs militaires revenus traumatisés par leur séjour en Irak.

FICHE FILM
 
Synopsis

La violence et la noirceur, le sergent Ralph Sarchie connaît bien. Flic dans le Bronx, il est chaque jour témoin du pire de la nature humaine. Ce qu’il endure a même fini par affecter sa relation avec sa femme, Jen, et leur petite fille, Christina.
Pourtant, rien ne l’avait préparé à l’affaire que lui et son partenaire Butler vont découvrir. Dépassé, Sarchie va devoir s’allier à un prêtre renégat dont la foi a souvent vacillé, qui tente de le convaincre que les horribles événements qui se multiplient sont liés à des possessions démoniaques…
Ensemble, le policier et le prêtre accumulent les preuves que le Mal est à l’œuvre, et Sarchie est forcé de remettre en cause tout ce en quoi il a toujours cru pour combattre les puissances occultes qui menacent la ville et sa famille…