Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée, 2013)

de le 27/01/2014
 
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Après l’insupportable Café de flore, le québécois Jean-Marc Vallée s’est retrouvé propulsé à la tête de cette machine de guerre pour remporter d’innombrables statuettes. Un sujet formidable, des acteurs en pleine performance qui le sont tout autant, et pourtant l’ensemble, malgré toutes ses bonnes intentions, passe complètement à côté du grand film qu’il aurait pu être. Avec un réalisateur sans véritable point de vue bien trop occupé à vouloir pondre le Philadelphia des années 2010, Dallas Buyers Club est un drame pantouflard et c’est bien dommage.

Dallas Buyers ClubLa drogue, le SIDA, un scandale pharmaceutique, un acteur en pleine gloire qui se prête à une vraie performance physique… Dallas Buyers Club est une machine de guerre pour tout ramasser aux Oscars. Et si le hold-up n’aura peut-être pas lieu, la faute à des concurrents d’un tout autre niveau, c’est également à cause d’un film qui peine considérablement à transcender son sujet. Il y a pourtant de très belles choses dans le nouveau film de Jean-Marc Vallée, à commencer par son sujet et son scénario plutôt béton pour approcher le destin peu commun de cet homme. La caution histoire vraie joue énormément en faveur de l’empathie du public, même si le film souffre d’un aspect bien trop respectueux vis-à-vis de l’héritage de Ron Woodroof et ce qui fut le combat de toute une vie. Sur le fond, même s’il ne s’élève jamais au-dessus de son sujet, Dallas Buyers Club est tout bonnement inattaquable car l’histoire est là et elle n’est pas travestie.

Dallas Buyers Club

Le problème vient plutôt du traitement de l’histoire en question. Alors que son précédent film souffrait d’une suresthétisation malvenue, Jean-Marc Vallée joue cette fois la carte d’une relative sobriété. Plutôt académique dans sa forme, Dallas Buyers Club est tout entier dévoué à son sujet. C’est bien beau, et tout à fait louable, sauf qu’il y a vingt ans sortait Philadelphia et le film de Jonathan Demme s’avérait autrement plus puissant. Plusieurs causes à cela. Tout d’abord, le rapport intime au personnage principal, dépeint dès les premières minutes comme un pauvre type, un toxicomane n’ayant que peu de considération pour l’espèce humaines et les femmes en particulier, un homme faible et lâche, immédiatement antipathique. Et peu importe tout l’affection qu’il est possible d’avoir pour Matthew McConaughey, son personnage est détestable. Cette absence de relation véritablement affective, tout l’inverse de ce qu’il était possible de ressentir envers le personnage campé par Tom Hanks dans Philadelphia, torpille malheureusement l’impact que peut avoir Dallas Buyers Club. Sa chute, sa maladie, puis son combat restent donc à distance et ne provoquent aucune espèce d’émotion. Et ce malgré tous les efforts des acteurs pour la provoquer, souvent par le caractère outrancier de leurs prestations. Avec un tel personnage, Jean-Marc Vallée n’a pas d’autre choix que de passer en force sur le plan émotionnel, et cela ne fonctionne pas, la valeur sure des cartons précédant le générique de fin n’ayant ici aucun impact véritable.

Dallas Buyers ClubL’autre souci tient du traitement de l’ensemble, à travers sa narration et sa mise en scène. Dans une approche idéale, Dallas Buyers Club adopterait la forme clinquante des Affranchis de Scorsese, format évidemment audacieux qui aurait brillamment contrasté avec le cœur du propos, profondément grave. La construction du récit s’y adaptait à la perfection. Au lieu de ça, Jean-Marc Vallée choisit la sobriété et la déférence totale à son sujet. Cela réduit considérablement l’impact de la chose, qui ne bénéficie finalement d’aucun véritable point de vue de cinéaste, qui préfère filmer mollement, avec deux ou trois petits effets de style, une histoire jugée suffisamment forte. Une approche impersonnelle qui se traduit également dans la rythmique de la narration, étonnamment apoplectique et se prêtant bien trop peu à un récit qui tient pourtant du combat pour la vie à tout prix. Drôle de paradoxe que cet angle d’approche qui réduit considérablement la portée de ce qui aurait pu être un très grand film.

Dallas Buyers Club

Une légère déception donc. D’autant plus que Dallas Buyers Club développe ça et là quelques très belles idées, qu’il a malheureusement tendance à ensuite laisser de côté, à l’image de cet infernal amalgame séropositifs/homosexuels qu’il aurait fallu peut-être plus creuser. Dommage également par rapport à cet incroyable duo d’acteurs formé par Matthew McConaughey et Jared Leto, tous deux impressionnants dans la transformation physique, avec une mention spéciale pour McConaughey bien sur, dont l’apparence se rapproche ici de la perte de poids de Christian Bale pour The Machinist. Mais aussi grande soit sa prestation – et elle l’est autant dans la prouesse physique que dans l’implication émotionnelle – elle ne peut pas transformer en or une matière relativement informe et inodore, qui n’a rien à apporter de neuf et à laquelle il manque l’essentiel : l’œil d’un cinéaste capable de s’accaparer un sujet pour le transcender et en tirer du cinéma. En l’état, Dallas Buyers Club ne tient que sur son récit et ses acteurs (exception faite de Jennifer Garner, toujours aussi insipide), imparables, mais n’a rien de l’essence des grands drames prêts à traverser les âges. Il n’est qu’une gentille anomalie, un peu bizarre avec ses êtres aux formes étranges, dont l’aura ne dépassera pas celle d’un petit buzz au moment des récompenses annuelles.

FICHE FILM
 
Synopsis

1986, Dallas, Texas, une histoire vraie.
Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c'est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre.
Révolté par l'impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d'autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s'engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C'est son combat pour une nouvelle cause... et pour sa propre vie.