Les Lois de l’attraction (Roger Avary, 2002)

de le 17/08/2009
 
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Scénariste de talent (on lui doit tout de même une grosse partie de Pulp Fiction ainsi que les scripts de la Légende de Beowulf et Silent Hill, sans compter sa participation sur True Romance et Crying Freeman) et réalisateur atypique (personnellement j’adore son Killing Zoé si souvent conspué), Roger Avary est sans doute le premier à réussir une adaptation de Bret Easton Ellis au cinéma après les essais manqués de Less than zero et American Psycho, deux films pas forcément mauvais mais qui ont oublié toutes les thématiques complexes de l’écriture d’Ellis et les effets de style littéraires qui nécessites des effets de cinéma pour prendre forme. Avec les Lois de l’attraction, sous un vernis de teen movie, c’est un grand moment de cinéma auquel on est convié! Subversif, intelligent, réaliste, pessimiste… on est loin du simple objet trash qu’ont vu certains. 3 ans après Fight Club, c’est un nouveau film portrait et symbole d’une génération.

Mais avant de s’intéresser aux messages, voyons la forme. Alors que sur Killing Zoé Avary restait sobre sauf pour illustrer les errances mentales de ses personnages, ici on est dans la démonstration de mise en scène complexe. La preuve? Une introduction démente à base de plans séquences et de retour en arrière… carrément virtuose, génial! C’est une des plus belles présentations de personnages principaux (ici un triangle amoureux) jamais vues, un modèle de mise en scène et de montage qui prouve une bonne fois pour toute qu’Avary est loin d’être simplement le grand pote à Tarantino, c’est un vrai réalisateur qui maîtrise son outil à la perfection et qui se fait bien trop rare au cinéma (normalement il signera son retour en 2010 avec l’adaptation de Wolfenstein!)

Ça commence comme un teen movie de base, de jeunes étudiants beaux et propres sur eux, c’est d’ailleurs des acteurs représentatifs de la génération de toutes ces séries TV adolescentes pleines de mièvrerie, sauf que rapidement on sent que quelque chose cloche… la voix off en plein questionnement existentiel, des propos très crus, et puis la belle jeune fille en apparence bien sage est complètement bourrée, se fait sauter par le premier venu qui finira par lui vomir dessus… dans un teen movie ça serait traité avec humour, ici le ton est beaucoup plus grave. C’est un portrait sans fard d’une jeune génération insouciante, qui profite de tous les instants de la vie à l’extrême, en tombant dans tous les excès: alcool, drogue, sexe… il ne faut pas voir la une apologie, un cri d’alarme ou une quelconque fable moralisatrice. Non on nous expose là simplement des faits, ce n’est pas une histoire vraie mais ça pourrait très bien l’être car la vie étudiante c’est ça!

Beuveries, coma, orgies… les ados américains se lâchent dès qu’ils le peuvent, Avary comme Ellis s’en souviennent très bien. Mais il ne faut pas y voir non plus un simple état des lieux d’une jeunesse insouciante et pleine de vices, car à y regarder de près les Lois de l’Attraction parle avant tout des relations entre ces jeunes. Le film parle d’amour bien sur, celui rêvé, celui bien réel, celui qui restera caché et celui qui déçoit… mais ce qu’on nous montre ce sont des personnages qui à première vue sont très heureux dans leur situation, évoluant d’une fête à l’autre sans trop se soucier du monde qui continue de tourner à l’extérieur de leur petit bulle, mais qui malgré leur apparence sont avant tout des êtres seuls…

C’est là que le film devient assez effrayant, car ils sont presque tous dans l’incapacité de communiquer… et le spectateur est en permanence pris à parti dans cette démonstration, le summum étant bien sur cette magnifique scène de suicide, à la fois éprouvante et plastiquement belle. On sera les seuls à savoir les raisons qui ont poussé cette jeune fille à décider d’en finir… c’est assez difficile à vivre comme situation. Chaque personnage est à la recherche de son petit bonheur personnel, amitié, amour, reconnaissance, simple affection… et se retrouve tellement obsédé par sa quête égoïste qu’il en oublie les autres qui l’entourent. Et lorsqu’il s’en rendent compte et qu’ils décident de s’ouvrir, c’est leur vie de débauche qui les rattrape et vient faire avorter la simple idée d’une relation basée sur des sentiments forts et non feints.

[quote]Rock n Roll!!!

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Formellement Avary accumule les tours de force pour faire passer son propos subversif. Il signe son film d’une mise en scène vraiment maîtrisée sur tous les points. On n’oubliera pas ce merveilleux split-screen qui fait se rencontrer Sean et Lauren pour la première fois. Et ce n’est pas de la virtuosité gratuite, chaque effet trouvant une raison d’être dans le propos qu’il souligne (tout comme le flocon de neige qui atterrit dans l’oeil de Sean, simulant une larme).

On peut y voir le message que l’on veut, mais ce qui est certain c’est que ce n’est pas simplement un film trash sur des ados… C’est le portrait d’une génération triste aux tendances autodestructrices, une génération qui se cherche et qui ne sait pas comment gérer ses émotions… La comparaison avec Fight Club n’est pas fortuite, il s’agit ici aussi d’une leçon de mise en scène complexe qui vient souligner de la plus belle manière un propos sociologique vraiment fort et qui met une belle claque dans la gueule!

FICHE FILM
 
Synopsis

Au Camden College, l'essentiel de la vie des étudiants ne se déroule pas pendant les cours. Dans cet univers de fêtes et de débauche, Sean Bateman n'a pas usurpé sa réputation de tombeur. Une bonne partie des jeunes filles du campus peuvent en témoigner personnellement. Paul Denton, lui, affiche au grand jour son homosexualité, mais il a du mal à se trouver des partenaires. Lauren Hynde, pour sa part, est sublime. Elle n'en abuse pas encore. Elle est trop occupée à chercher sa place dans ce monde libertaire qui obéit tout entier aux lois de l'attraction...