Zombie Ass: Toilet of the Dead (Noboru Iguchi, 2011)

de le 09/09/2012
 
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Étrange Festival 2012 : Nuit zombies.

L’avantage avec Noboru Iguchi, c’est qu’il ne fait pas vraiment dans la publicité mensongère. Avec Zombie Ass: Toilet of the Dead, la messe est dite, il sera question de culs, de zombies et de toutes sortes de substances fécales. En grand poète du mauvais goût à la japonaise, comme une version Z et nipponne de John Waters, il orchestre un de ces délires dont il a le secret sans aller beaucoup plus loin que le minimum attendu par ses fans.

Avec le formidable Karaté Robo Zaborgar ou, dans une moindre mesure, Tomie Unlimited, Noboru Iguchi a su montrer qu’il pouvait faire autre chose que des péloches déviantes calibrées Sushi Typhoon, qu’il pouvait faire du cinéma à un autre niveau, lui l’ancien réalisateur de pornos spécialisé dans les pratiques plus ou moins dégueulasses. Sauf qu’entre Dead Sushi et Zombie Ass: Toilet of the Dead, ses deux derniers films en date, ce grand malade est revenu dans une voie bien plus attendue, celle du gros délire régressif qui tâche, littéralement. Il retrouve pour l’occasion une de ses vieilles passions, la scatologie, pour en faire le motif principal de sa comédie horrifique dont le mauvais goût est le principal argument de vente. D’une trame basique il tire une aventure flatulente qui repousse toujours un peu plus les limites du n’importe quoi, et cela dans un but unique : faire plaisir à ses fans. Noboru Iguchi n’a que faire de pouvoir exprimer ses désirs d’auteur plus « sérieux », si son public veut du débile, du gore et du cul, c’est exactement ce qu’il lui donne. Et il lui réserve même la double ration.

Pendant 1h30 Noboru Iguchi va mettre à profit sa passion pour la merde et les gaz en faisant preuve d’une inventivité de chaque instant, repoussant chaque foi un peu plus le délire jusqu’à un combat dans les airs en mode Dragon Ball mettant en scène une héroïne propulsée par ses pets jaunâtres à un ténia mutant et géant. Ça c’est pour le bouquet final, mais le menu qui précède vaut son pesant d’or. Sorte de manga live qui reprend en prises de vue réelles des séquences directement inspirées de hentais, à l’image de cette nymphette dont la tenue d’écolière déchirée laisse apparaître un sein tandis que des sortes de tentacules l’entourent et la pénètrent, Zombie Ass: Toilet of the Dead ne fait jamais dans la demi-mesure, fier de sa nationalité. Ventres qui gargouillent, pets nauséabonds et ver solitaire venu de l’espace ou presque, sont au menu de ce festin du mauvais goût pendant lequel Noboru Iguchi se régale à filmer au plus près le postérieur de ses jolies actrices, mais rompant illico tout érotisme par leurs flatulences qui accaparent l’espace sonore du film. Entre diarrhée et vomi son cœur balance, alors il garde les deux et multiplie les séquences dégueulasses jusqu’à plus soif, tout en assurant le strict minimum en terme d’attente. Non il n’y a pas tromperie sur la marchandise, mais question rythmique et humour, ce retour au stade anal peine à dépasser le simple gag scatologique qui perd de sa puissance à force de répétition. Il faudra attendre le dernier acte pour retrouver toute la folie créative de Noboru Iguchi associée à celle, non moins impressionnante de Yoshihiro Nishimura qui s’occupe des effets et du maquillage et dont le talent sans limite éclabousse toute cette dernière partie qui vire au gigantesque n’importe quoi.

On ne le répètera jamais assez, mais s’ils n’ont clairement pas cette assurance visuelle et ces idées de mise en scène qui profitaient aux premiers films de Sam Raimi et Peter Jackson, c’est bien du côté de types tels que Noboru Iguchi qu’on retrouve ce goût pour la comédie absurde et le gore décomplexé. Un cinéma handicapé par un traitement visuel cheapos et cache-misère, aux effets de style récurrents et peu inventifs, dont la patine ressemble plus à un drama qu’à un blockbuster, mais un cinéma d’une générosité sans égale. Un cinéma sans aucune limite et qui n’intègre jamais la notion de bon goût, qui filme ses icônes érotiques sous les angles les plus humiliants, qui fait sortir les zombies de la merde et les fait avances à reculons les fesses en l’air, un cinéma cradingue dans lequel la notion d’acting n’a pas vraiment lieu d’être et où le moindre effet visuel numérique provoque un bon dans le passé d’au moins 15 ans. Comme souvent avec Noboru Iguchi, il faut se farcir un gros passage à vide en plein milieu du film, quand il tente de construire un semblant de scénario qui mélange en vrac le mythe de Frankenstein, Alien et les morts-vivants façon Romero, avant qu’enfin le rythme s’accélère dans l’habituel dernier acte sous forme d’escalade grotesque. Cela va sans dire, Zombie Ass: Toilet of the Dead s’adresse à un public très particulier ou très curieux, qui saura apprécier le voyeurisme malsain de Noboru Iguchi qui mêle érotisme hentai et scatologie dans un drôle de film qui repousse les limites du mauvais goût mais s’avère très en deçà de The Machine Girl par exemple, bien plus efficace et généreux dans le gore. ici, on est précisément dans ce qui était annoncé : une comédie horrifique scato, et pas grand chose d’autre. Mais le film est tellement autre et improbable qu’on se laisse prendre au jeu, à nouveau.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un groupe d’amis se fait attaquer par des zombies sortant des toilettes. Ils doivent également faire face à une mystérieuse infection avec des vers parasites...