Young Adult (Jason Reitman, 2011)

de le 28/03/2012
 
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Jason Reitman qui filme un scénario de Diablo Cody (scénariste de Juno et bientôt du remake d’Evil Dead) c’est immédiatement le signe d’un film qui ne manquera ni d’intérêt ni de cynisme. Si l’écrivaine avait quelque peu fait régresser le fiston Reitman, Juno lui avait permis d’asseoir pour de bon sa hype indie? Young Adult c’est une petite surprise qui ne manquera pas de provoquer des réactions assez extrêmes compte tenu des attentes légitimes qui le précédaient. Vendu plus ou moins comme la nouvelle « comédie » de Jason Reitman, Young Adult n’est pas vraiment drôle et ne cherche pas vraiment à l’être non plus. Dopé par l’humanisme de son auteur et la misanthropie de son réalisateur, le film évolue dans une voie dégagée et assez libre, assez passionnante, mais qui reste avant tout comme une expérience assez désagréable. Et paradoxalement c’est dans ce dégoût, essentiellement envers le personnage principal, que Young Adult s’avère aussi repoussant qu’intelligent, parfois.

Jason Reitman est un grand cynique et il aime profondément les connards, c’est ce qui ressort de l’ensemble de son œuvre à ce jour. Sauf que jusque là, que ce soit dans Thank You for Smoking ou In the Air, il leur offrait toujours une porte de sortie, au moins en apparence. Sa force venait de sa faculté à rendre les connards sympathiques. Avec Young Adult il joue autant la carte de l’honnêteté que d’une misanthropie rapidement insupportable. C’est cette intégrité qui permet au film de rester à flot mais ce soudain dégoût de l’humanité toute entière a de quoi surprendre. Rien dans le film ne laissera un souvenir délicieux, seulement une vague aigreur, mouvement tout à fait conscient d’un réalisateur qui a décidé de ne plus prendre de gants et de mettre en pleine lumière son amour infini pour les ordures. Pour l’occasion il ne fait pas les choses à moitié. Il construit Mavis comme un concentré de tout ce que la femme peut posséder de plus vil, de plus sale, de plus détestable, comme si ce personnage cristallisait toute sa haine de l’être humain. Grossière, alcoolique, hystérique, peu entretenue en dehors de ses moments de chasse à l’homme, elle présente à peu près tous les traits de caractère de la pétasse. Et comme si cela ne suffisait pas pour en faire un être assez méprisable, autant en faire une femme pathétique qui à presque quarante ans n’a pas vraiment oublié sa relation adolescente et se met en tête de briser le mariage de cet amour de jeunesse. Jason Reitman va jusqu’au bout de son raisonnement et ne laisse aucune chance au spectateur pour ressentir la moindre affection pour son personnage. Et finalement il traite avec un dédain absolu tous les personnages secondaires. En toisant tout ce qui ne vit pas dans une grande ville, il entoure son héroïne de beaufs et losers en tous genres qui repoussent chaque fois un peu plus la caricature. Young Adult manque clairement d’équilibre : il n’y a rien de bon dans ce monde, simplement des rebuts de la société. Et quand il semble apporter un contrepoint un peu plus fin que les autres, le gros geek au grand cœur capable de tenir tête à Mavis, tellement rompu aux bassesses des autres qu’il s’est forgé une armure, c’est pour mieux le pulvériser dans le dernier acte. Young Adult est un film méchant et qui s’assume en tant que tel. Pourquoi pas, c’est plutôt une bonne chose que de pousser cette réflexion sur le mal généralisé, mais quand le résultat ne ressemble qu’à une coulée de bile sans aucun recul, on ne peut qu’apprécier l’exercice qui consiste à brillamment faire en sorte que le spectateur déteste profondément un personnage.

Pourtant, au delà du développé vomitif de clichés en tous genres sur une Amérique profonde que Jason Reitman n’aime pas, il y a cette thématique fascinante. Celle de la chute des icônes. Mavis c’est la fille la plus populaire du lycée, la pom-pom girl, la bombe qui faisait fantasmer tout le bahut. Sauf que c’est elle à l’approche de la quarantaine et qu’elle est tout simplement pathétique. Young Adult se montre ainsi dans ses meilleurs moments comme un effroyable constat sur le destin tragique des prom queens qui abondent au sein des teen movies. On est très loin d’une comédie malgré les tentatives d’humour qui tombent le plus souvent à plat. C’est un film triste et assez désespéré, qui aurait pu être immense s’il ne transpirait pas tant la misère humaine et un profond dégoût de tout ce qui peuple ce monde. Il manque un sain contrepoint. De plus Jason Reitman foire complètement le dernier acte de son film qui tombe dans le mélodrame simplet, avant une ultime pirouette qui pue le cynisme de bas étage. De bonnes idées noyées dans une masse de haine palpable, heureusement que de l’ensemble surnage une Charlize Theron incroyable. Elle a beau en faire des tonnes pour paraître la plus antipathique possible, on ne voit à l’écran qu’un personnage superbement construit et d’une cohérence absolue avec le propos. Elle est grande, et elle sauve le film des profondeurs.

FICHE FILM
 
Synopsis

Originaire d’une petite ville de province où elle s’ennuyait à mourir, Mavis Gary s’est installée à Minneapolis où elle est devenue auteur de romans pour ados. Mais lorsqu’elle apprend que son ex-petit copain de lycée est devenu papa, elle décide de revenir sur les lieux de son enfance pour le reconquérir. Tandis que Mavis semble sûre d’elle et de son pouvoir de séduction, la situation ne tourne pas à son avantage. Elle noue alors une relation peu banale avec un ancien camarade de lycée, mal dans sa peau, qui, malgré les apparences, lui ressemble plus qu’il n’y paraît...