X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn, 2011)

de le 02/06/2011
 
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Longue histoire que celle entre les X-Men et le réalisateur Matthew Vaughn, ancien producteur de Guy Ritchie dont il est trop longtemps resté dans l’ombre, sans raison véritable. Déjà en 2005 il devait mettre en scène X-Men l’affrontement final, avant d’abandonner pour cause de « différent artistique » avec la Fox à deux semaines du tournage. La suite on la connait, le tâcheron Brett Ratner est venu saccager la franchise, suivi par le pourtant très bon Gavin Hood, jusqu’à enterrer tout espoir de revoir un film des X-Men potable sur grand écran. Et c’est là que réapparaît Matthew Vaughn, accompagné du parrain Bryan Singer, qui avec le premier X-Men et X2 avait en quelque sorte défini les codes du film de super-héros moderne, lançant la vague des comics adaptés sur grand écran pour le meilleur mais surtout pour le pire. C’est d’ailleurs ce dernier qui a signé l’histoire servant de base au scénario de X-Men : Le Commencement, inspiré, on l’imagine, essentiellement du comic-book X-Men First Class par Jeff Parker et Roger Cruz. Sans faire table rase des premiers films, X-Men : Le Commencement s’impose comme une préquelle de haut vol par un réalisateur débarrassé de ses tics de frimeurs vus dans Kick-Ass, la façon idéale de relancer une saga massacrée par un studio peu scrupuleux et un blockbuster qui a oublié d’être bête. Et accessoirement un excellent film, tout simplement.

La principale force de X-Men : Le Commencement est de s’adresser à tous les publics. Des fans des comics aux adorateurs des deux films de Singer, en passant par les profanes, tout le monde devrait être ravi car personne n’est laissé de côté. Le film donne de vraies origines tout à fait logiques aux divers personnages et se transforme en terreau pour toute une mythologie. Ainsi y sont présentes les origines de divers éléments tels Cerebro, le casque de Magneto, la paralysie de Xavier, le X-jet, le personnage de Diablo par le biais de son père Azazel, entre autres points de détails fondamentaux qui font le lien avec la première saga. Mais le plus intéressant dans tout ça n’est pas là. Il se situe plutôt du côté du symbole et de l’intégration des X-Men à l’histoire du monde moderne. Matthew Vaughn et Bryan Singer creusent un peu plus encore la métaphore globale de l’univers des mutants, symboles tellement évidents d’une société incapable d’accepter la différence. Rien de bien nouveau là-dedans mais c’est plutôt rassurant de voir que le message passe toujours aussi bien et qu’il se prête à merveille au décor si tendu des années 60 et de la guerre froide.

Une époque où la peur de l’autre était au maximum et qui trouve un écho certain dans notre monde occidental actuel, la peu du communiste s’étant transformée en peur de l’arabe. C’est dire si cette relance de la franchise X-Men arrive à point nommé pour souligner l’absurdité de la situation. Et quoi de mieux que la crise des missiles de Cuba pour appuyer bien fort là où ça fait mal? En prenant pour toile de fond ce court instant où le monde a failli imploser dans une suite d’évènements grotesques, X-Men : Le Commencement propose une relecture de l’histoire à la façon d’un Watchmen en plus sobre pour illustrer la nature des « enfants de l’atome » à travers une intrigue de film d’espionnage très malin. Et il faut avouer que le récit est assez brillant malgré la multiplicité de pistes narratives qui vont de ce background historique à la formation du premier groupe d’X-Men, en passant par le club des damnés, la relation entre Xavier et Mystique et bien sur le récit principal qui voit l’évolution du couple d’amis/ennemis Erik et Xavier, ou les futurs Professeur X et Magnéto. Malgré la profusion de personnages qui en laisse forcément quelques uns sur le côté, le film ne durant « que » 2h10, cet X-Men : Le Commencement bénéficie d’une fluidité et d’un rythme difficile à prendre en défaut. Divisée en deux parties assez distinctes, la trame narrative propose à la fois une variation intéressante autour de la crise militaire façon Docteur Folamour tout en développant des origines concrètes aux super-héros et super-vilains, laissant une place considérable à certains parmi les plus intéressants, comme Mystique, et en introduisant d’autres aux pouvoirs bluffants.

X-Men : Le Commencement bénéficie d’un travail de post-production conséquent qui permet une majorité d’effets visuels assez déments, tandis qu’une poignée paraissent un brin cheap (le deuxième coup de colère d’Erik alors que la scène global est d’une puissance visuelle à tomber). Globalement c’est un blockbuster visant le haut du panier en termes de mise en scène, même si parfois Matthew Vaughn semble s’effacer au profit d’un certain académisme grand public. Reste que comme chez Singer, si tout cela manque parfois de personnalité, et donc de style, l’efficacité d’une grammaire cinématographique sérieusement récitée permet l’adhésion quasi-immédiate. On note même quelques morceaux de bravoure qui pourraient bien placer ce retour aux sources au-dessus de tous les précédents films de la saga, y compris le tant aimé X2 (qui souffre de son introduction titanesque par rapport au reste du film, malgré d’immenses qualités). Concernant le casting, Vaughn a cumulé les bons choix et tous s’en sortent à merveille, même si l’ensemble reste dominé par le duo/duel fascinant entre James McAvoy et Michael Fassbender, tous deux prodigieux, et dans une moindre mesure Jennifer Lawrence et Kevin Bacon dans des grands rôles dramatiques et/ou de bad guy. À noter pour les nostalgiques des 80’s la participation courte mais amusante de l’immense Michael Ironside. Au rayon des déchets, on peut déplorer un manque de cohésion visuelle parfois (plusieurs directeurs de la photo se sont succédés, ça se voit) et une bande originale pompeuse à laquelle il manque un thème vraiment puissant. Mais dans l’ensemble, la franchise vient de renaître de la plus belle des manières.

Il n’est jamais simple de relancer une franchise qui a touché le fond, et encore moins quand cela s’est passé par deux fois. Avec le retour de Bryan Singer pour épauler le définitivement très doué Matthew Vaughn, c’est ce qui pouvait arriver de meilleur aux mutants. Balayés les affronts successifs de Brett Ratner et Gavin Hood, et place à un véritable film d’espionnage, à une intrigue socio-politique qui revisite habilement l’histoire, mais surtout à un récit d’origines tout simplement brillant. X-Men : Le Commencement évite à peu près tous les pièges tendus par l’exercice de la préquelle et du film de super-héros, s’affranchit de certains boulets inhérents à l’univers pour en proposer une lecture introductive des plus intelligentes, et si tout cela manque parfois de ce qui fait les très grands films, on tient un blockbuster estival qui sera difficile à dépasser cette année. Une vraie renaissance, en plus d’un retour aux sources.

FICHE FILM
 
Synopsis

Avant que les mutants n’aient révélé leur existence au monde, et avant que Charles Xavier et Erik Lehnsherr ne deviennent le Professeur X et Magneto, ils n’étaient encore que deux jeunes hommes découvrant leurs pouvoirs pour la première fois. Avant de devenir les pires ennemis, ils étaient encore amis, et travaillaient avec d’autres mutants pour empêcher la destruction du monde, l’Armageddon. Au cours de cette opération, le conflit naissant entre les deux hommes s’accentua, et la guerre éternelle entre la Confrérie de Magneto et les X-Men du Professeur X éclata… X-Men : le commencement nous entraîne aux origines de la saga X-Men, révélant une histoire secrète autour des événements majeurs du XXe siècle.