World Invasion: Battle Los Angeles (Jonathan Liebesman, 2011)

de le 18/03/2011
 
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S’il y a bien un film sorti en ce premier trimestre qui donnait vraiment envie de se déplacer en salles, c’était lui. Une promotion savamment emmenée, une bande annonce démentielle, un casting à priori bien senti, et le réalisateur de l’imparfait mais pas inintéressant Massacre à la tronçonneuse – Le commencement à la barre, assez d’éléments pour promettre un spectacle brutal et immersif. On en attendait sans doute trop, car Battle Los Angeles est une énorme déception, au moins à la hauteur de l’attente. On pourrait même parler de publicité mensongère. En effet, sans trop pousser la réflexion il semblait bien qu’on pouvait s’attendre à un film d’invasion extra-terrestre, une sort d’Independance Day sérieux (et bien). Sauf que pas du tout! Les méchants envahisseurs ne sont ici qu’un prétexte pour un tout autre film, à savoir un film de guerre. Ou plutôt un film de guerre en apparence, car sous le vernis qui cite très bien La Chute du faucon noir se cache une oeuvre atrocement propagandiste, à un niveau qu’on avait presque perdu l’habitude de voir. Pour tenter un parallèle à priori improbable, Battle Los Angeles fait avec le corps des marines ce que Never Say Never faisait avec Justin Bieber, un portrait sans zone d’ombre et très orienté, très agaçant sur le fond (mais aussi sur la forme, souvent).

Sans pouvoir expliquer exactement pourquoi, il faut avouer qu’on attendait forcément quelque chose de follement original, car le genre a déjà été abordé des centaines de fois, en bien comme en mal. Là, Battle Los Angeles annonce la couleur assez vite, passée une introduction des plus inintéressante (le vieux marine décoré mais torturé qui veut s’arrêter, quelle originalité!), il ne sera question que d’une mission de sauvetage. Deux heures pour cette seule mission, et à peu près rien d’autre. Et deux heures avec un script aussi maigre c’est long. Pas qu’on s’ennuie vraiment, malgré une fâcheuse tendance à la répétition, mais le film est construit de façon tellement mécanique, tellement systématique, sans la moindre surprise, qu’il ne nous emporte jamais. Pourtant, Jonathan Liebesman redouble d’efforts pour créer l’immersion, et il y arrive épisodiquement, mais la sauce ne prend pas la faute à ce récit inepte. Dans la narration ne bénéficiant d’aucun morceau de bravoure, ou presque, dans la caractérisation des personnages qui frôle l’insulte, dans sa construction digne du moins scénarisé des FPS, Battle Los Angeles est un échec.

La sensation générale qui en émane est celle d’assister à un long, très long, et très lourd, spot publicitaire pour le corps des marines. Un peu comme les publicités qui apparaissent sur nos écrans TV le temps d’une campagne de pub pour l’armée de terre, mais avec une autre budget et pendant deux heures. On le sait, les américains sont de grands patriotes très fiers de leur armée. On en a là une nouvelle preuve dans ce Battle Los Angeles qui brandit haut et fort son parti pris du patriotisme exacerbé jusqu’à l’extrême, comme à la pire époque de Roland Emmerich. Et cela va jusqu’à afficher le salut militaire d’un enfant! Puis peu à peu, même cette thématique plutôt raccord avec le sujet est abandonnée au profit d’une illustration bas du front de la connerie militaire. Les personnages ne sont plus vraiment des patriotes mais des guerriers avant tout qui vont buter de l’alien. Car oui il y a des aliens, et ils sont plutôt réussis, sauf qu’ils ne sont là que comme prétexte foireux pour un étalage de bêtise crasse qui n’apporte absolument rien au genre. Pire, totalement soumis au bon vouloir de son producteur Neal H. Moritz, grand adepte du cinéma décérébré (les franchises XxX et Fast & Furious c’est lui, la finesse c’est pas son truc), Jonathan Liebesman n’assume aucune de ses idées et ne livre qu’une vulgaire grosse production sans âme qui pète de partout mais n’invente jamais rien.

On ne fera pas l’affront à de vrais bons films en comparant Battle Los Angeles à District 9 ou Il Faut sauver le soldat Ryan car il ne leur arrive pas à la cheville, que ce soit sur le fond (car il n’y a là aucun fond à proprement parler) ou sur la forme, car c’est encore foiré à ce niveau là. Des séquences impressionnantes il y’en a a une poignée, essentiellement quand l »équipe de soldats n’est plus en mouvement. Dans ces moments d’accalmie, le réalisateur parvient à développer un espace d’action et c’est efficace. Car le reste du temps, c’est tellement mal foutu que ça pourrait filer la migraine au plus excité des reporters de guerre. Les cadreurs a l’oeuvre sur Battle Los Angeles parviennent à réaliser l’exploit de saccager les 3/4 des plans du film soit en secouant leur caméra dans tous les sens jusqu’à l’overdose, soit en jouant sur des effets de mise au point et de flous aussi moches que trop voyants, manquant cruellement de naturel et nous sortant du pseudo-réalisme recherché. Même pas de quoi se rattraper avec les habituellement très bons Aaron Eckhart et Michelle Rodriguez, engoncés dans des rôles monolithiques déprimants. Et ce plan final glorifiant les preux chevaliers du monde moderne finit de clouer le cercueil d’un blockbuster qui se prend bien trop au sérieux.

[box_light]Battle Los Angeles ça aurait pu être génial, ça aurait du l’être. Mais en fait pas du tout. Sans le moindre recul, ce monument propagandiste et décérébré à l’image de ses héros fonce tête baissé dans le mur de la connerie. Passant du patriotisme exacerbé à l’héroïsme déplacé et d’un autre temps, n’utilisant jamais l’invasion extra-terrestre pour délivrer une quelconque réflexion, le film de Jonathan Liebesman croule sous sa surenchère et son premier degré affligeant. Jamais n’est dépassé le statut de gigantesque publicité pour l’armée américaine, jusqu’à l’excès. Voila un film copieusement raté et ça fait mal de constater un tel échec.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Au camp Pendleton, base militaire située à proximité de Los Angeles, un groupe de Marines, dirigé par le sergent Michael Nantz, est appelé à riposter immédiatement à l'une des nombreuses attaques qui touchent les littoraux à travers le monde. Le sergent Nantz et ses hommes vont mener une bataille acharnée contre un ennemi mystérieux qui est déterminé à s'emparer de l'approvisionnement en eau et à détruire tout sur son passage.