Welcome to the Rileys (Jake Scott, 2010)

de le 23/10/2010
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

À déjà 45 ans, le fils de Ridley Scott n’a plus vraiment à prouver ses qualités de metteur en scène. Déjà réalisateur d’un long métrage relativement confidentiel en 1999, Guns 1748, et de nombreux clips musicaux pour Radiohead, U2, R.E.M. ou Cypress Hill, voilà un réalisateur qui prend son temps pour s’affirmer et se faire un nom dans le cinéma, comme son père ou son oncle. Les choses pourraient bien s’accélérer pour Jake Scott avec Welcome to the Rileys, sélectionné à Sundance puis Deauville cette année, et qui s’avère être une jolie petite surprise. On attendait Jake Scott artiste de l’image, on trouve Jake Scott grand directeur d’acteurs, entouré d’un casting qui alterne valeurs sures et véritables révélations. En effet si le minimum syndical attendu vis à vis de James Gandolfini est l’habituelle excellence, on n’attendait pas grand chose de Kristen Stewart, excellente dans Into the Wild ou les Runaways mais bien trop fadasse dans la trilogie Twilight. Et elle prouve ici avec un talent certain – même si elle a du mal à lâcher son regard d’adolescente en colère – qu’elle négociera facilement la suite de sa carrière une fois la saga vampirico-daubesque terminée et oubliée. Welcome to the Rileys ne révolutionnera pas le cinéma indépendant US mais le film propose un drame sensible, réaliste, plutôt bien vu même s’il ne marquera pas forcément les mémoires.

Welcome to the Rileys se construit sur une idée scénaristique relativement classique, à savoir un personnage extérieur au comportement difficilement contrôlable qui va permettre à un couple à la dérive totale de se retrouver, plus fort qu’avant. On comprend rapidement qu’il est question d’un deuil impossible, la perte d’un enfant, le genre d’évènement qui bouleverse une existence et peut faire vivre l’enfer à un couple. La perte du fruit d’un amour, y’a t’il quelque chose de pire? Difficile à dire mais c’est bien le thème principal développé dans Welcome to the Rileys. Il s’agit de l’histoire d’un couple au fond du trou, vraiment, et qui n’a pas vraiment de solution pour redresser la barre. Dépression, adultère, mensonges, tels sont les exutoires de la famille Riley. Des rayons de soleils illusoires, à tel point que la seule issue devient la fuite. Un ultime drame inattendu, cruel, précipite encore les choses: Doug Riley doit partir, loin de sa femme, loin du souvenir de sa fille décédée trop tôt. Et c’est une rencontre improbable qui va lui redonner goût à la vie, un schéma de rédemption vu et revu, certes efficace mais manquant cruellement d’originalité.

Si la suite on a l’impression de déjà la connaitre, il n’empêche qu’on se prend au jeu par la sobriété de l’ensemble. L’émotion n’est jamais trop poussée, elle est d’ailleurs souvent absente. Mais pourtant le temps de quelques scènes à priori communes, Jake Scott réussit, grâce à ses acteurs formidables, à la faire naître de façon totalement naturelle et donc extrêmement puissante. Un moment d’isolement dans un garage éclairé à la lueur d’un briquet et d’une cigarette, une rencontre dans un club de striptease, et surtout une séquence de retrouvailles en plein tumulte urbain tellement lourde de sens et d’espoir qu’elle nous prend aux tripes. Mais par la suite, Welcome to the Rileys replonge dans quelque chose d’assez plat, pas forcément mauvais mais sans réel relief. On n’est jamais surpris, et ce n’est pas la conclusion ultra convenue qui va changer la donne. Cela dit le film reste porté par ses interprètes, incroyables de bout en bout.

Jake Scott, assez rompu aux excentricités visuelles pour ses clips, emballe le tout de façon assez classique, pour ne pas dire impersonnelle. La sobriété est de mise et c’est finalement le bon choix. Quelques fois le réalisateur se permet quelques effets assez sympas, le temps d’un petit plan séquence pas dégueulasse ou dans quelques séquences de nuit vraiment stylisées, mais dans l’ensemble rien ne différencie Welcome to the Rileys d’une autre production calibrée pour Sundance. Ce qui le différencie des autres c’est bien son casting. Melissa Leo, déjà incroyable dans Frozen River, livre une prestation criante de réalisme. James Gandolfini est juste parfait pour ce rôle, l’ancien Tony Soprano étant capable de porter un film sur ses seules épaules et son regard, il impressionne durablement. Et la surprise c’est bien Kristen Stewart, en jeune adulte prostituée, qui casse définitivement son image de romantique niaise. Bon choix.

[box_light]Les drames indépendants de Sundance se suivent et se ressemblent. Welcome to the Rileys ne révolutionne rien et tourne autour d’un schéma vu et revu, sans grande originalité. Néanmoins Jake Scott se révèle être un extraordinaire directeur d’acteurs et permet au trio central du casting de livrer des interprétations surprenantes. En tête une Kristen Stewart qui ne rechigne pas à fracasser son image pour que Twilight ne lui colle pas à la peau, tant mieux, et un James Gandolfini tout simplement immense. Mais tout cela n’empêchera pas Welcome to the Rileys de se fondre dans la masse des sorties, sans éclat ni exception.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Au cours d’un déplacement professionnel, Doug Riley rencontre Mallory, stripteaseuse dans un club de la Nouvelle-Orléans. L’affection paternelle qu'il ressent pour elle bouleverse le mariage de Doug et Loïs, huit ans après la mort tragique de leur fille unique.