Week-end (Andrew Haigh, 2011)

de le 23/03/2012
 
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Sélectionné au festival de Sundance, récompensé aux festivals de Toronto, Berlin, Rotterdam et bien d’autres, le nouveau long métrage signé Andrew Haigh nommé Week-End mérite pleinement notre attention. Déjà remarqué pour ses quatre courts-métrages, le cinéaste qui a fait ses armes au sein de l’équipe de montage du film Gladiator a réalisé son premier film en 2009, Greek Pete hautement salué par la critique. Rapidement installé dans le paysage cinématographique anglais, Andrew Haigh revient donc avec une histoire pas si singulière, où deux jeunes hommes vont tomber amoureux pour ensuite apprendre à se dévoiler.

Tourné en seulement 17 jours, Week-end bénéficie d’une réalisation épurée et donc d’une production minimaliste due à son petit budget. Des circonstances non aggravantes puisque la narration nous absorbe immédiatement. Si l’histoire semble sommaire, elle reste tout de même parfaitement racontée. On se plonge dans le film comme dans un bouquin qui réussirait à nous happer dès la première ligne. Pour favoriser l’immersion, la caméra invite le spectateur à se retrouver épisodiquement dans une position de voyeur. A l’instar de l’objectif, on a presque le sentiment d’espionner les moments les plus intimes du couple, chaque parole devient une confession, comme un secret à garder. Mais ce que Week-End met surtout en valeur, c’est que n’importe quelle idylle ressemble à une autre, l’amour est universel et se fiche totalement du sexe. Et pour incarner cette ravissante amourette, Andrew Haigh a choisi Tom Cullen qui a été récompensé par la cérémonie des British Independant Film Awards pour ce rôle, et Chris New. Leur prestation est sans égale et n’a rien à envier aux nombreux couples hétéro du cinéma, l’alchimie répond présente et leur liaison que l’on observe timidement du coin de l’œil est attachante. Les personnages de Russell et Glen sont comme un couple d’amis qu’on a envie de voir finir ensemble.

Dans la finesse ou dans une certaine pudeur, le long-métrage milite pour la cause gay. En imposant à son audience à réfléchir sur la condition des homosexuels, lorsqu’une conversation dérape sur la sexualité au travail, ou lorsque l’oreille du personnage principal s’attarde à entendre des clichés d’antan sur l’image des gays quand il prend tranquillement les transports en commun, le cinéaste apporte un sujet souvent laissé au placard et fermé à double tour, dont personne ne se soucie. Week-End fait toute la différence ici, sa subtilité et son questionnement nous invitent à comprendre les difficultés que rencontrent les couples du même sexe.

L’autre tour de force assez puissant de Week-End repose sur ses dialogues. Monstrueusement percutants, sarcastiques avec une dose d’humour noir. Une pépite d’or pour nos oreilles, débitée par des acteurs incroyablement bien dirigés. Et comme pour aller plus loin et taper plus fort, Week-End ne se contente pas de divertir son public uniquement avec ses lignes piquantes. Le film commence en douceur, puis comme dans toute relation, lorsque le temps passe, les choses se corsent. Notre duo qui s’aime le temps d’un film passe la 4ème vitesse et s’adonne aux relations sexuelles. Deux scènes décrivent leurs ébats dont une qui est nettement plus épicée que l’autre. Une fois de plus, rien de choquant après le constat. Aucune différence entre un couple homo et hétéro à l’écran. C’est aussi le message que Week-End veut faire passer. La partie n’est pas montrée pour froisser l’opinion mais pour dire que lorsque deux hommes font l’amour l’aspect est identique et qu’il faut sortir des carcans généralisateurs. L’auteur ouvre une porte que peu osent ouvrir et espère ainsi laisser certains préjugés s’envoler. Certes, Week-End n’est pas un film à gros budget avec un scénario complexe, mais il raconte modestement une petite histoire qui peut se rapporter à chacun d’entre nous. Un geste solennel qui vaut la peine d’être observé.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un vendredi soir, après une soirée arrosée chez ses amis, Russell décide de sortir dans un club gay. Juste avant la fermeture, il rencontre Glen et finit par rentrer avec lui. Mais ce qu'il avait pensé n'être qu'une aventure d'un soir va finalement se transformer en toute autre chose. Lors de ce week-end rythmé par les excès, les confidences et le sexe, les deux hommes vont peu à peu apprendre à se connaître. Une brève rencontre qui résonnera toute leur vie...