Watchmen – Les Gardiens (Zack Snyder, 2009)

de le 16/03/2009
 
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Réussir l’impossible, voilà le pari fou que s’est imposé Snyder sur Watchmen. Il faut en avoir une sacrée paire dans le slip pour oser s’attaquer à une adaptation réputée impossible, surtout quand on est un jeune réalisateur et que de grands noms se sont déjà cassés les dents sur le projet : Terry Gilliam, Paul Greengrass et Darren Aronofsky… Alors certes ses deux premiers essais sont des réussites et se posaient déjà comme des projets difficiles et casse-gueules : l’Armée des Morts, remake d’un film culte et 300, adaptation d’une graphic novel de moins de 90 pages sur 2h de film. Ici au contraire pas de dilatation du temps, il a été obligé de condenser en 2h40 (3h10 pour la 1ère director’s cut en vidéo) à peu près 400 pages d’un comics d’une richesse affolante. Pas de suspens supplémentaire, l’adaptation est réussie et bien qu’imparfaite elle dépasse même les espérances les plus folles. Chapeau bas!

Bien entendu il a dû couper dans l’histoire pour faire un film exploitable. Exit les passages des Tales of the Black Freighter, livre dans le livre, mais qui seront réintégrées par la suite. Exit les articles journaux, extraits de livres ou de dossiers médicaux qui n’ont pas la place dans un film mais qui étaient indispensables à la compréhension du comics… Beaucoup de modifications qu’ont dû apporter Snyder et son scénariste David Hayter à l’oeuvre d’Alan Moore… sans en avoir sa bénédiction… Il faut dire que Moore se méfie après le massacre de ses bouquins: From Hell esthétiquement superbe mais vidé de son message et la Ligue des Gentlemen Extraordinaires désastreux à tous les niveaux. Il aura même boudé V pour Vendetta qui était pourtant pas mal du tout… Et pourtant Snyder et Hayter ont réussi une adaptation très honnête sur Watchmen. Certes certains éléments absents et la fin complètement modifiée risquent de décevoir les puristes mais il faut être objectif : ces omissions et changements étaient nécessaire et en l’état, même dans son montage cinéma, Watchmen se situe dans le haut du panier des adaptations de comics au cinéma. On retrouve l’esprit, les messages et le ton résolument libre de l’œuvre. The Dark Knight nous y avait magistralement préparé, nous sommes enfin prêts à accepter sur un écran des super-héros adultes, complexes et bavards. C’est un tournant!

Mais il y a une chose encore plus importante. Watchmen ne se situe pas du côté de 300 ou Sin City, films pour lesquels le pari était de transposer directement les cases d’un comics sur de la pellicule, oubliant que les 2 médias ne fonctionnent pas pareil. Ce sont pourtant des réussites dans leur genre mais il fallait aller beaucoup plus loin, et c’est le cas ici. On a un vrai film de cinéma qui utilise à fond les outils de cet art pour faire une œuvre singulière.

Voix off, jeux de lumières, effets de mise en scène… Le comics était déjà très influencé par le cinéma, le film en est le cheminement logique. Visuellement c’est vraiment très beau, on ne compte même plus le nombre de scènes et de plans magnifiques, de la mort du Comédien au rêve du Hibou, et toutes ces images de fin du monde réellement spectaculaires. C’est du grand art et ça confirme que Snyder possède un côté esthète très prononcé, avec une vraie identité de mise en scène. Mais c’est aussi un très bon conteur. Il n’y a qu’à voir le générique d’ouverture. En quelques minutes il retrace 40 ans d’histoire américaine avec une efficacité déconcertante, plaçant l’histoire des watchmen et leur influence au cœur d’étapes importantes, qu’elles soient politiques, sociales ou artistiques. Il faut voir et revoir ce générique pour en saisir tous les détails, on y croise Kennedy, Castro, Wahrol, Capote, Bowie, Jagger… C’est bourré de références.

Watchmen se situe entre le polar et le film noir, c’est aussi un film carrément politique. A des scènes intimistes succèdent de belles grosses séquences d’action, et là Snyder reprend ses idées de mise en scène vues sur 300 et qui s’accordent à la perfection au mythe des super-héros. Il abuse encore de ralentis donc soit on aime soit on n’aime pas ce genre de style poseur, mais il faut avouer que ce ne sont pas des effets pour des effets mais qu’il y a bien un sens derrière.

Bien sur le film n’est pas parfait, l’histoire entre le Hibou et le spectre soyeux qui n’était déjà pas super passionnante dans le comics nous ennuie ici aussi. Et que dire de cette scène d’amour qui s’éternise… sur le magnifique Hallelujah version Leonard Cohen… Et c’est là qu’on touche au gros point noir du film : sa musique. Alors oui tous les morceaux présents sont superbes, du Hendrix, du Dylan, du Joplin, du Simon & Garfunkel… C’est le pied! En plus que ce soit les titres ou les paroles ça s’accorde carrément à ce qu’on voit à l’écran. Par contre le style musical ne s’accorde jamais à l’aspect visuel et au ton du film, très noirs. C’est même choquant! Y compris quand on entend 99 luftballoons… On sait bien que cette chanson est une métaphore sur la guerre froide et la peur de la fin du monde… Mais non ça colle pas du tout… Heureusement certains morceaux relèvent le niveau, comme la chevauchée des Walkyries au Vietnam mais surtout ce superbe morceau de Philip Glass lors d’un long monologue du Dr Manhattan… Là on touche au sublime.

Un petit mot sur le casting qui a été plutôt bien choisi, même si certains sont légèrement décevant, en particulier Patrick Wilson même si c’est son rôle qui veut ça… On retiendra surtout la prestation de Jeffrey Dean Morgan en Comédien, parfait salaud cynique et réaliste, et celle hallucinante de Jackie Earle Haley en Roarschach.

FICHE FILM
 
Synopsis

Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, "Watchmen - Les Gardiens" - se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l'Horloge de l'Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu'il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l'un d'entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l'humanité... Mais qui veille sur ces gardiens ?