Warrior (Gavin O’Connor, 2011)

de le 15/08/2011
 
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D’abord réalisateur typé « Sundance où Libres comme le vent avait remporté un prix, Gavin O’Connor a prouvé avec Miracle qu’il maîtrisait très bien les outils du grand drame sportif comme l’adore le public américain. Et malgré le très moyen, inodore et incolore, Le Prix de la loyauté, on attendait son Warrior de pied ferme. Et ce non seulement car il renoue avec ce genre mythique qu’est le drame sportif, et qui a donné au cinéma populaire américain quelques vrais merveilles, de Rocky de John G. Avildsen à La Castagne de George Roy Hill, en passant par Pour l’amour du jeu de Sam Raimi ou plus récemment les deux énormes claques que furent The Wrestler et Fighter. C’est d’ailleurs avec ce dernier que Warrior entretient une certaine forme de ressemblance, par son sujet qui mélange drame familial entre deux frères et sport de combat. Mais la ressemblance et donc la comparaison s’arrêtent là tant les deux films prennent des trajectoires totalement différentes. Quand Fighter la jouait chronique familiale à l’ambition gigantesque et fortement inspirée par le cinéma de Martin Scorsese, jusque dans la mise en scène, pensée pour aboutir sur un grand film, Warrior a des ambitions moins importantes. Et le résultat n’en est que plus glorieux. Warrior est un film qui revient aux basiques du drame sportif tout en remettant sur le devant de la scène, et de façon assez subtile, un genre bien connu des amateurs de série B qui cognait fort dans les années 90, le film de tournoi.

Assez inattendu, ce petit mélange des genres fonctionne sans trop de soucis à condition d’être plutôt réceptif aux deux bien entendu. Car il faut bien avouer qu’il n’y a rien de bien original dans cette histoire de deux frangins séparés par la vie pendant leur enfance et se retrouvant dans les pires conditions possibles. Nouveau non, mais clairement efficace. Warrior suit à la trace la voie ouverte il y a bien longtemps par un certain Rocky, le sport de combat, ici du MMA (Mixed Martial Arts) en lieu et place de la boxe étant autant une passion destructrice qu’un ultime échappatoire. Là où Gavin O’Connor et ses autres scénaristes, dont Cliff Dorfman bien connu des amateurs de la série TV Entourages, touchent juste, c’est en ancrant leur récit dans un contexte contemporain tout à fait probable. Sans dévoiler quoi que ce soit, le destin des deux frères et leurs décisions sont intimement liés au drame américain de ces dernières années, à savoir les conséquences de la crise financière et les diverses interventions militaires des USA. Warrior ne glorifie jamais le drapeau ou la bêtise du patriotisme exacerbé mais se consacre vraiment sur le drame familial. Mais si l’affiche semble centrée exclusivement sur ces deux personnages, il est impossible de laisser de côté la figure paternelle incarnée par un Nick Nolte qu’on n’avait plus vu aussi bon depuis des années. Dans un rôle qui lui colle tellement à la peau qu’on pourrait le croire biographique, il compose ce vieil homme génial aux démons endormis ayant trouvé un refuge illusoire dans une croyance qui ‘est pas pour lui. Son destin et son affrontement permanent avec ses deux fils construit la colonne vertébrale de Warrior, un trio infernal, des monstres au visage humain et un décor sans équivoque, un gigantesque tournoi de MMA. Le spectre de Rocky est là oui, imposant et rappelant son importance qui n’a pas fini de se faire sentir dans le cinéma américain, mais il n’est pas seul. Car il y a bien cette attirance claire vers le film de tournoi, dans la construction narrative à partir du moment où les festivités sont lancées, et il n’est pas interdit de penser plusieurs fois au cultissime Bloodsport, jusque dans le gros bad guy Koba qui renvoie clairement à l’inoubliable Chong Li. Et le soucis du genre est de privilégier certains combats à d’autres pour construire les personnages, expéditifs et brutaux d’un côté, fastidieux et techniques de l’autre, avec une sensation de manque d’équilibre parfois.

Très « américain » jusque dans son final mélodramatique qui en fait beaucoup trop pour être honnête, mais qui fonctionne tout de même, Warrior n’a rien de bien original mais possède un charme fou, bien que désuet parfois. Mais plus que dans le récit, classique, ou la mise en scène, basique également, c’est du côté des acteurs qu’il faut se tourner pour chercher la performance. Nous avons parlé de Nick Nolte, génial, mais il ne faut pas oublier l’excellent Joel Edgerton qui assure comme un chef dans une position difficile. Car l’australien donne tout ce qu’il a, comme tout le monde, mais il a face à lui un monstre. Ce n’est plus une surprise que d’être impressionné par Tom Hardy, il prouve film après film que l’actor studio et les transformations physiques extrêmes ont toujours un avenir radieux. Mais dans Warrior, il arriverait presque à nous faire baisser les yeux rien qu’en lançant un regard caméra. Affublé d’une masse musculaire surréaliste, il fait peur, tout simplement, investi à 200% dans ce personnage qui a vécu l’enfer et n’en est jamais vraiment ressorti, une sorte de machine que rien ne peut arrêter. Il n’y a pas de grand film sans grand acteur, Warrior n’est pas un chef d’œuvre, pas inoubliable, trop larmoyant dans sa dernière partie. Mais entre le récit poignant, les combats d’une brutalité folle et la performance incroyable de Tom Hardy, il a de sérieux atouts pour s’imposer à la rentrée, et aux poings bien entendu.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ancien Marine brisé, Tommy Conlon rentre au pays et demande à son père de le préparer pour un tournoi d’arts martiaux mixtes qui lui permettrait de gagner une fortune. Personne ne sait ce qu’il espère faire de cet argent. Le propre frère de Tommy, Brendan, décide lui aussi de s’engager dans la compétition pour essayer de sauver sa famille. Entre les deux frères, les années n’ont pas adouci les rancœurs. Immanquablement, les routes de Tommy et de Brendan vont bientôt se croiser. Au-delà de l’affrontement qui s’annonce, pour chacun, quelle que soit la cause qu’ils défendent, il n’est pas seulement question de remporter un prix, mais de mener le combat d’une vie…