Walkyrie (Bryan Singer, 2008)

de le 05/10/2009
 
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Suivant un certain manichéisme et une certaine facilité à céder aux vieilles habitudes, Hollywood a rarement montré sur les écrans des soldats allemands de l’époque 39-45 autrement que comme des animaux, mélanges de prédateurs sournois et de moutons pour leur cruauté et leur dévouement infini à Hitler… Chaque film qui prend une voie différente présente donc d’emblée un intérêt certain. Il faut bien se dire une chose, une partie était bien extrêmiste, mais la majorité n’étaient que de simples militaires obéissant aux ordres, et effrayés par l’idée de trahir leur pays en trahissant leur chef. Bonne idée donc d’adapter à l’écran cette opération Walkyrie, sans doute la tentative la plus impressionnante de tuer Hitler et de faire un coup d’état qui aurait permis de diminuer la diabolisation du peuple allemand. C’est également l’occasion pour la société United Artists nouvelle génération (sous le contrôle de Tom Cruise et Paula Wagner) d’enfin faire ses preuves en tant que société de production viable… un peu de pression sur le projet donc.

Et quand il y a un projet à haut risque, rien de mieux pour choisir son réalisateur que de faire appel à un yes man au dessus de la moyenne. C’est donc le très surestimé Bryan Singer qui se retrouve aux manettes, deux ans après sa relecture pataude de SupermanSinger est juste un très bon faiseur, suffisamment malin pour avoir fait croire à un coup de génie avec Usual Suspects, et dont le seul véritable coup d’éclat en tant que metteur en scène reste depuis la séquence d’introduction virtuose de X-Men 2. Le reste… c’est toujours très moyen et sans saveur. Là il tient un sujet en or massif car même si on connaît tous plus ou moins l’issue de cette ultime tentative d’assassinat d’Hitler par des allemands, c’est quand même une histoire assez démente. Sauf que plusieurs parti-pris discutables viennent assombrir le tableau…

Tout d’abord, la langue… Pendant deux minutes on se dit que ça va être en allemand par soucis de fidélité et non, avec une petite pirouette on se retrouve en Allemagne avec tout le monde qui parle anglais, Hitler y compris. Alors oui, tourner en allemand aurait signifié l’absence d’un casting 5 étoiles et aurait empêché une forte fréquentation des salles américaines, ça se comprend, mais cette pratique je ne m’y ferai jamais! Ce petit défaut rageant mis de côté, il faut avouer que Singer s’en sort plutôt bien, en grande partie grâce à un scénario extrêmement bien écrit. Créer un véritable suspens dans une histoire de complot n’est pas simple, quand on en connaît déjà l’issue encore moins! Et pourtant ça fonctionne pas trop mal, il réussirait presque à nous mettre le doute suite à l’explosion…

Il faut dire que si on y croit, c’est en grande partie grâce à la présence de très grands acteurs qui apportent tout leur talent afin de rendre l’ensemble plutôt crédible. Tom Cruise confirme que plus les années passent, plus il devient bon, trouvant ici son rôle le plus complexe. Autour de lui c’est la valse des seconds rôles énormes: Bill Nighy, Tom Wilkinson, Kenneth Brannagh, Thomas Kretschmann, Tom Hollander, Christian Berkel et l’immense Terence Stamp. Tous sont excellents, qu’ils aient un rôle majeur ou pas. On regrettera tout de même la présence de Carice Van Houten, loin de son rôle dans Black Book car ici elle ne sert strictement à rien… Presque tous les ingrédients étaient là pour faire un grand film sauf que non, la faute bien entendu à un mauvais choix de réalisateur.

Car s’il s’applique à bien raconter son histoire, Singer nous laisse croire le temps d’une scène somptueuse en Afrique qu’il va livrer un truc à la mise en scène épique. Ensuite et bien c’est simple, c’est mou… La réalisation est pataude, l’ampleur dramatique qui aurait été ici amplement justifiée n’est jamais atteinte, si ce n’est dans un final qui joue à fond la carte du pathos. On ne sent jamais la patte d’un auteur, c’est carrément impersonnel… dommage car le matériau de base passionnant se serait bien prêté à quelque chose de grandiose. On se retrouve juste devant un spectacle moyen, qui aurait pu être tourné par n’importe qui d’autre. De plus le film se poignarde tout seul en prenant la voie de la facilité dans une scène cruciale… En effet, la façon dont Singer nous explique que l’attentat a échoué est d’une maladresse désolante et vient bien entendu tuer tout suspens avant la fin.

Reste qu’on ne peut pas trop cracher sur ce Walkyrie qui a le mérite de proposer une belle leçon d’histoire, une leçon de courage et de sacrifice également. On aurait bien sur préféré que ce soit réalisé en Allemagne, il y a suffisamment de talent dans ce pays et on ne serait pas tombé dans certaines facilités habituelles de tout bon produit hollywoodien. Saluons tout de même l’aspect pédagogique du film, sa construction qui ne souffre que d’un seul défaut majeur, sa distribution en tous points magnifique et surtout ce désir de montrer une Allemagne qui n’était pas seulement le berceau du nazisme. Un metteur en scène plus talentueux que Bryan Singer en aurait fait un grand film, là c’est juste bon.

FICHE FILM
 
Synopsis

S'il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s'inquiète de voir Hitler précipiter l'Allemagne et l'Europe dans le chaos. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l'offensive : en 1942, il tente de convaincre plusieurs officiers supérieurs de la nécessité de renverser Hitler. Un an plus tard, tandis qu'il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l'Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer. Alors qu'il n'était au départ qu'un des nombreux conspirateurs, Claus von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c'est lui qui devra assassiner Hitler...