Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (Woody Allen, 2010)

de le 02/10/2010
 
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À chaque année son nouveau film de Woody Allen. À son rythme de métronome le freluquet binoclard devenu l’invité indispensable du Festival de Cannes, remplaçant au passage le moins hype Pedro Almodovar, continue d’essayer de retrouver sa gloire passée. Après un sérieux passage à vide puis une quadrilogie européenne entamée par l’exceptionnel Match Point pour se conclure sur le banal et bourré de clichés indigents Vicky Cristina Barcelona, il est revenu aux USA le temps d’un Whatever Works que les fans semblent avoir plus qu’apprécié. Mais Woody s’est épris de l’Europe et y revient avec son nouveau film au titre à rallonge, Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu, titre aussi mystérieux que rempli de promesses non tenues. Il restera d’ailleurs sur le continent pour son film de 2011, Midnight in Paris, et dans lequel on attend beaucoup de Tour Eiffel, bérets et baguettes de pain. Car Woody aime les lieux communs et les cartes postales. Retour à Londres donc, ville qu’on ne reconnaîtra que grâce aux bus rouges et à l’accent de certains personnages, car cela pourrait très bien se passer n’importe où, on s’en fout. Le principal atout de Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu est que c’est clairement un film de Woody Allen, aucun doute là-dessus, mais c’est sa principale faiblesse également. En effet toutes ces figures, ce ton, ces personnages, on les a déjà vus chez lui puis chez les autres, à tel point qu’ils ne nous surprennent plus. Woody tourne méchamment en rond et son cinéma manque cruellement de fraîcheur, malgré ses qualités évidentes.

On l’imagine à la simple lecture des noms au casting, le nouveau Woody Allen est une sorte de film choral, une galerie de personnages forts et tous en proie à un quelconque drame personnel ou une névrose héritée du créateur. Et en effet, 1h40 durant on assiste à une succession de scénettes amusantes portées par la brochette d’acteurs la plus dingue réunie depuis longtemps sur le même écran. Dialogues voulus acérés, situations voulues cruelles et pathétiques, humour à froid, on y retrouve à peu près les ingrédients qu’on s’attendait à trouver, aucune surprise. Le petit détail amusant, et qui confirme la vacuité artistique de l’entreprise, comme si Allen se sentait obligé de pondre un nouveau film sans avoir la moindre idée à mettre en scène, apparaît dès l’ouverture du film qui cite MacBeth: « C’est une histoire, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie… rien. » Au moins on est prévenus! Et en effet s’il tente de nous démontrer à quelle point la vie est futile, son film l’est tout autant. Jamais mauvais, simplement inoffensif et oubliable.

À peu près tous les thèmes présents sont connus et rabâchés depuis des décennies, du vieil homme qui veut rajeunir par peur de la mort à la vieille suicidaire qui voit sa vie passée comme une farce, de l’artiste atteint du syndrome de la page blanche à sa femme qui porte le pantalon, de la pétasse bimbo au patron latino, ce n’est que du déjà vu. Pourtant ces chroniques de couples à la dérive séduisent indubitablement, car les grands acteurs qui les incarnent leur donnent du corps et une âme. Woody Allen s’amuse à les malmener, abuse presque de cruauté envers eux mais leur adresse tout son amour de metteur en scène. Il y a là une volonté de faire du cinéma, de s’appuyer sur des bases connues pour se relancer et il faut avouer qu’on ne s’ennuie jamais, qu’on rigole un peu et qu’on ne voit pas le temps passé. Mais le récit souffre terriblement de ce manque de surprise qui rend l’ensemble aussi prédictible que vain. On prend un certain plaisir devant tous ces handicapés émotionnels incapables de gérer le moindre petit changement dans leur vie, préférant la fuite à l’affrontement, écartant les responsabilités en se réfugiant dans les bras de la voisine d’en face ou du patron ténébreux. C’est vraiment sympathique, dire le contraire serait un mensonge, mais il manque de la passion, tout cela est trop léger pour marquer le spectateur.

Il faut avouer que la galerie de tricheurs, menteurs, faibles, cyniques et traîtres est bel et bien irrésistible. Woody Allen est un fabuleux directeur d’acteurs et tous sans exception donnent le meilleur d’eux-mêmes. Mais aussi bons soient-ils, ils ne parviennent pourtant pas à faire sortir Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu de l’ordinaire. On s’amuse des tromperies de Josh Brolin et Naomi Watts, de la lutte pour la survie d’Anthony Hopkins et Gemma Jones, des extravagances de Lucy Punch, du charme incroyable d’Antonio Banderas et Freida Pinto, mais une fois la lumière de la salle rallumée on les oublie déjà. Il faut avouer que les dialogues ont beau être savoureux, ils manquent sérieusement de piquant et donc d’impact. Par contre on adressera la mention très bien à Woody Allen derrière la caméra qui fait des petits miracles dans la mise en scène de ses plans séquences pour la plupart bluffants dans leur gestion d’espaces limités, un travail de maestro.

[box_light]En excellent réalisateur pantouflard Woody Allen assure le minimum syndical pour son film annuel. Il a beau revenir en Europe il ne fait que répéter des figures connues et reconnues. Sauf que s’il parvient toujours à nous coller le sourire grâce à sa merveilleuse direction d’acteurs et sa mise en scène juste sublime, le père Woody ne parvient jamais à nous passionner par ses portraits de gentils dépressifs en proie au doute et aux aléas de la vie. Aucune surprise, du cinéma de qualité mais qui manque sérieusement d’originalité. Pourtant il y a quelques années Match Point semblait lancer le réalisateur aux grosses lunettes sur une nouvelle voie fascinante…[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Tout commence une nuit, lorsqu’Alfie se réveille, paniqué à l'idée qu'il ne lui reste plus que quelques précieuses années à vivre. Cédant à l'appel du démon de midi, il met abruptement fin à quarante années de mariage en abandonnant sa femme Helena. Après une tentative de suicide et une analyse vite arrêtée, celle-ci trouve un réconfort inattendu auprès d'une voyante, Cristal, qui lui prédit une histoire d'amour avec un "grand inconnu tout de noir vêtu"…