Voisins du troisième type (Akiva Schaffer, 2012)

de le 06/09/2012
 
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Sur le papier, The Watch (anciennement Neighborhood Watch, et tristement rebaptisé Voisins du troisième type en français) avait tout pour l’emporter comme l’une des meilleures comédies de l’année, ne serait-ce que pour son association de talents. Malheureusement à l’arrivée on obtient un sous-produit ni très drôle ni très intelligent, à des années-lumières des comédies fantastiques des années 80 auxquelles il cherche à ressembler. Et cela en grande partie à cause d’un humour bâtard qui ne s’assume pas pour se laisser engluer dans un puritanisme de base.

Il faut bien avouer que le projet était plus qu’alléchant. La bande Apatow au scénario (Seth Rogen et Evan Goldberg) qui rencontre le Frat Pack (Ben Stiller, Vince Vaughn et Jonah Hill) sous la direction d’Akiva Schaffer, réalisateur de Hot Rod et pilier essentiel du Saturday Night Live. Et le tout produit par 21 Laps Entertainment, la société de Shawn Levy, pour proposer une comédie fantastique dans la veine typiquement 80’s de S.O.S. fantômes ou L’aventure intérieure. Cet esprit 80’s, voire de véritables réminiscences graphiques du style Amblin, se retrouvent dispersées dans Voisins du troisième type, film manquant de cohérence et qui tente maladroitement de faire cohabiter deux philosophies de comédie qui n’avaient pas vraiment de raison de se rencontrer. Parfois cela fonctionne mais l’humour en dessous de la ceinture de la team Apatow/SNL peine à prendre au sérieux toute la partie fantastique ou horrifique, jusqu’à tomber dans une certaine forme de cynisme comme avait pu le faire Robert Rodriguez avec The Faculty. Et le plus rageant est que tout le procédé ne semble au final exister que pour énoncer une morale au ras du sol qui tranche beaucoup trop avec le ton de gentille déconnade annoncé précédemment.

Passée une introduction qui mêle plutôt habilement la peinture d’un quartier résidentiel américain quelque part entre Spielberg et Dante, une vraie attaque de monstre invisible très efficace, en plus de faire suite à une séquence très drôle, et un vilain placement de produit Fox avec leurs satanés Chipmunks, on navigue à vue dans une comédie assez basique construite sur des archétypes. Le bon américain effrayé par la vie de couple et qui y préfère les différents clubs qu’il anime, le père de famille à l’humour beauf qui boit de la bière, le nerd vicelard venu d’Angleterre et le jeune républicain fans d’armes en tous genres dont le rêve est d’intégrer la police, et à partir de là Akiva Schaffer brode sur un scénario sur un scénario cousu de fil blanc à peine sauvé par un humour décapant mais qui n’apporte rien de bien nouveau. Ça boit beaucoup, ça fume des pétard, ça parle de cul et ça joue sur l’étrangeté des personnages avec des gags qui sentent bon le recyclage. Le tout dans un esprit qui joue le mélange des genres entre hip hop et rock n roll, mais qui reste bien trop sage pour s’imposer. Le recyclage geek est également de la partie avec Ben Stiller qui rejoue Avatar, un traitement de la paranoïa de l’envahisseur alien façon Invasion Los Angeles et l’utilisation illustrative de vieux tubes (« Sweet child of mine » au moment de la destruction d’un magasin). Le plus efficace reste l’humour assez terre à terre lorsque cette brigade de quartier retombe littéralement en enfance, défonce une vache et divers équipements d’agriculteur avec une arme alien, capture un petit homme vert pour une beuverie démente retranscrite par polaraoïds façon générique final de Very Bad Trip ou se la joue brigade de choc dans leur bagnole de ménagère. Malheureusement cela représente bien trop peu face aux vilaines tares qui viennent s’ajouter au délire au moment de devenir très sérieux. En bonne comédie conservatrice, il est bien souligné que le plus important dans la vie c’est la famille et que l’objectif principal de l’homme est d’avoir des enfants afin de bien se caler dans le modèle de sacro-sainte famille américaine digne d’une publicité pour des céréales. Cette morale a tout à fait droit de cité sauf qu’elle vient largement parasiter un film qui n’en avait pas besoin.

Par ailleurs on la retrouve même de façon totalement symbolique dans des gags physiques qui perdent ainsi de leur mordant. Dans le dernier acte du film sous forme d’affrontement, on y voit le père protecteur venger sa fille presque « souillée » (entendre par là qu’elle a failli avoir un rapport sexuel) en s’attaquant à son boyfriend. A travers cette séquence, qui met à profit le point faible inédit de ces envahisseurs, c’est à nouveau le puritanisme qui l’emporte, une morale vieillotte qui finit par ruiner les bonnes idées de gags. Pourtant on rit un peu, grâce à des running gags bien sentis, un certain sens du rythme une fois passée la première heure et des dialogues exploités jusqu’à l’épuisement, notamment en créant une confusion auditive, et surtout des acteurs qui s’en donnent à cœur joie. Le quatuor formé représente clairement le gros intérêt de cette comédie, et notamment le personnage de Jonah Hill, miraculeux. Par ailleurs le film a au moins le mérite d’avoir été traité avec sérieux sur le plan de la mise en scène, en jouant avec les codes du genre de façon souvent ludique, notamment dans l’illustration d’une forme d’héroïsme de pacotille, et les créatures dans la veine de Predator sont assez réussies. C’est vraiment du côté du discours un peu bête qu’il y a un vrai problème ainsi que dans l’humour qui n’est pas non plus tordant mais tout juste passable. Le décalage comique au cinéma, cela mérite tout de même plus d’attention, et avec Voisins du troisième type on obtient un film qui n’arrive même pas à la cheville de ce qu’en a fait Joe Dante par le passé. Dommage, car la sensation qui prédomine est bien celle d’un immense potentiel gâché.

FICHE FILM
 
Synopsis

À Glenview, dans l’Ohio, quatre banlieusards ordinaires décident de former un comité de surveillance de quartier. Même s’il s’agit surtout d’un prétexte pour échapper à leurs mornes existences, nos quatre héros vont tout de même faire une découverte incroyable : leur paisible petite ville a été envahie par des extraterrestres qui se font passer pour d’honnêtes citoyens. Face à la menace, le sort de leur quartier – et du monde – est désormais entre leurs mains…