Visitor Q (Takashi Miike, 2001)

de le 17/03/2001
 
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Regarder un film de Miike, pour reprendre une citation d’un autiste célèbre, c’est comme une boîte de chocolats, on sait jamais sur quoi on va tomber. Le réalisateur Stakhanoviste (pas loin de 80 films et téléfilms depuis 1991) qui possède à peu près autant de fans que de détracteurs a au moins le mérite de souvent surprendre le spectateur à chaque fois, en bien ou en mal. Mais Visitor Q se situe à part, dans une filmographie à part, ça promet!!

Tourné dans le cadre d’un projet de plusieurs films autour du thème de l’amour (projet Love Cinema, 6 films au total), Visitor Q apporte la vision d’un auteur pas commun sur la notion d’amour, un auteur pas forcément fin et qui utilise sa meilleure arme pour faire passer son message : le trash. Et là niveau trash, on peut dire qu’il se lâche comme jamais!! La famille qu’on va suivre a déjà depuis longtemps dépassé le point de rupture, le père couche avec sa fille qui se prostitue, la mère est héroïnomane et se fait battre par le fils qui est lui-même le souffre-douleur de ses camarades de classe, de plus le père pour qui la famille ne représente plus rien est à la recherche du reportage de sa vie, il filme donc sa fille pendant leurs ébats, son fils pendant qu’il se fait humilier ou son collègue qui se fait violer avec un étrange objet par une bande de voyous… C’est clair qu’on ne fait pas dans la finesse et que le but est de choquer à tout prix.

D’ailleurs Miike utilise, un peu comme l’a fait Pasolini pour Théorème mais en moins classe, ce visiteur mystérieux (le visitor Q du titre) comme un détonateur pour que tout ce petit monde se réveille. Et à chaque coup de pierre sur un crâne, c’est comme si Miike nous demandait d’ouvrir les yeux. On a connu plus subtil comme métaphore mais bon… on s’en contentera!

Et ce visiteur va en effet changer beaucoup de choses, il va réveiller de vieux instincts enfouis très profond, et surtout des instincts sexuels. Après tout c’est plutôt logique vu que c’est sensé parler d’amour. On passe à peu près par toutes les déviances une fois que le visiteur change la donne… inceste, scatophilie, nécrophilie, bondage, meurtres… C’est clair que pour se réveiller, et bien elle se réveille la famille! Et finalement même si les scènes chocs s’accumulent c’est bien l’amour qui triomphe et qui finira apr rassembler la famille, l’amour pour son épouse et l’amour pour la mère. C’est de cette dernière que tout viendra, comme une bouée de sauvetage quand tout semble perdu…

Et en prenant le film au second degré on passe au delà de ce qui nous est montré et on rigole beaucoup. On apprend même ce qu’est le mystère de la vie! Mais c’est bien ce message sur une société en mode d’auto-destruction qu’il faut voir, même s’il n’est pas montré de la façon la plus poétique… Et tout ce spectacle plutôt hallucinant se termine sur une des images les plus belles qu’on ait pu voir, comme quoi même dans la recherche du propos le plus choquant possible on peut trouver un peu de poésie.

Si on a le cœur bien accroché il faut laisser sa chance à cette œuvre définitivement à part, comme une expérience. Mais les détracteurs de Miike retrouveront les mêmes défauts que d’habitude, à savoir un rythme encore une fois très mal géré, et les fans seront désorientés par une mise en scène plutôt indigne car le film est tourné dans une DV plutôt dégueulasse… mais l’intérêt n’est pas là!

FICHE FILM
 
Synopsis

Portrait d'une famille japonaise : le père est un journaliste raté dont les employeurs ne veulent plus et qui couche avec sa fille prostituée. La mère, elle, vend de temps en temps son corps afin de payer l'héroïne qui lui permet d'oublier que son fils la frappe. Quant à celui-ci, il se fait régulièrement humilier et tabasser par ses camarades de classe. Le père décide de réaliser un documentaire sur son fils. Arrive alors un inconnu qui va bouleverser cette vie de famille.