Vicky Cristina Barcelona (Woody Allen, 2008)

de le 09/09/2009
 
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43ème film au compteur pour le New Yorkais et c’est seulement le deuxième que je vois, après l’exceptionnel Match Point… Son cinéma ne m’attire pas sauf qu’ici, plus encore que le casting (un des plus sexy qu’on ait pu voir dernièrement), c’est la ville de Barcelone qui m’intrigue car je l’aime profondément, et quel regard porte Woody Allen dessus après son escapade londonienne…

Et le résultat est un film assez étrange… il fonctionne bien, se suit avec plaisir, mais on peut se demander comment il a atterri à Cannes car il n’y a vraiment rien d’exceptionnel! Pire, au lieu d’apporter un vrai regard de réalisateur sur une ville qui possède une véritable et très forte identité, on croirait assister à la vision d’un touriste américain qui ne serait pas sorti des sentiers balisés de son séjour… En gros il ne capte rien de l’ambiance de la ville, s’appuie sur tous les clichés possibles et livre un film moyen alors qu’il le considère comme majeur… étrange.

Ca commence par les deux personnages centraux, Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johansson), de purs stéréotypes de touristes américaines… La première, fiancée, vouée à une vie tranquille avec un futur mari bien placé, vient à Barcelone pour parfaire sa thèse sur « l’identité catalane » (c’est sur, c’est à Barcelone, une des villes les plus cosmopolites du monde, qu’on s’en rend le plus compte de cette identité…). La seconde la suit car c’est son amie d’enfance et qu’elle a besoin de faire le point sur sa succession d’échecs amoureux, toujours à la recherche du prince charmant qui viendra la libérer de sa vie d’éternelle adolescente… bonjour l’originalité! La fille sérieuse et l’autre plus fofolle, il doit être difficile d’écrire des personnages plus clichés que ces deux-là! Rapidement elles rencontrent, après une exposition d’art, le beau brun ténébreux, peintre de surcroit, qui les invite à partager son lit au bout de deux minutes…

Vu la réputation du film, je ne pensais pas y trouver autant de lieux communs, de clichés éculés n’ayant plus lieux depuis longtemps… Woody filme la Sagrada Familia, le parc Güell, la Rambla… soit des lieux certes mythiques mais avant tout des lieux touristiques dans lesquels on ne ressent rien de cet esprit qui anime Barcelone!!! On est très très loin du cinéma transpirant l’Espagne d’Almodovar ou même de ce qu’avait réussi à capter Klapisch dans l’Auberge Espagnole… mais pourtant Allen va quand même réussir à nous entraîner dans ces deux histoires amoureuses qui elles non plus n’ont pas grand chose d’original mais qui peuvent passionner grâce à des interprètes magnifiques.

Ainsi comme on s’y attendait chacune va craquer, il va se former une sorte de quatuor amoureux avec l’arrivée de Pénélope Cruz, et le film va se terminer exactement là où il avait commencé, comme s’il ne s’agissait que de vacances, quelques semaines de passion avant de retourner à la réalité triste et grise de New York. C’est donc un film un peu vain, qui nous expose des personnages certes névrosés mais loin de l’extrême que véhicule Woody Allen. Le personnage le plus intéressant est celui qu’on voit le moins, Pénélope, la plus excentrique, la plus passionnée, une véritable artiste dont le binôme (Javier Bardem) ne fonctionne que sur un principe d’amour/destruction. D’ailleurs ce sont les deux acteurs espagnols qui tirent le film vers le haut, l’électrisant de leur présence magnétique.

Vicky et Cristina sont tellement stéréotypées, et donc prévisibles, que leur charme naturel ne fonctionne que rarement… Elles sont belles c’est vrai mais finalement peu intéressantes. De plus les sentiments qu’elles véhiculent c’est du déjà vu avec la passionnée qui se cherche et qui ne réfléchit pas aux conséquence de l’excitation du moment présent et l’autre qui se rend compte qu’elle ne vivra jamais heureuse avec son mari trop sérieux, une certaine dose de folie étant nécessaire pour entretenir une passion amoureuse… C’est amusant de voir le personnage de Patricia Clarkson, qui tombe aussi dans les pires clichés, mais qui n’est autre que l’image de la future Vicky, coincée dans une petite vie tranquille de bourgeoise qui ne vit de passion qu’en trompant son mari (Kevin Dunn transparent)…

Pas inintéressant mais vraiment pas abouti, Vicky Cristina Barcelona n’a rien du film majeur d’un réalisateur qui se traîne une telle légende. Tout n’y est que clichés jusque dans les comportements des personnages, il n’y a aucune subtilité dans le discours et on sent bien que ça tourne à vide. On retiendra donc avant tout les performances de Javier Bardem et Pénélope Cruz, qui se retrouvent ensemble à l’écran plus de dix ans après En chair et en os, et leurs retrouvailles sont électriques, mais au final, même si on ne s’ennuie pas vraiment et que tout ceci se suit avec plaisir, on a quand même un peu l’impression de voir Woody Allen coller une histoire simpliste au milieu de son film de vacances, et sur ce point c’est très agaçant. Dommage car il y avait là un des plus beaux casting qu’il a jamais réuni…

FICHE FILM
 
Synopsis

Vicky et Cristina sont d'excellentes amies, avec des visions diamétralement opposées de l'amour : la première est une femme de raison, fiancée à un jeune homme respectable ; la seconde, une créature d'instincts, dénuée d'inhibitions et perpétuellement à la recherche de nouvelles expériences sexuelles et passionnelles. Lorsque Judy et Mark, deux lointains parents de Vicky, offrent de les accueillir pour l'été à Barcelone, les deux amies acceptent avec joie : Vicky pour y consacrer les derniers mois de son célibat à la poursuite d'un master ; Cristina pour goûter un changement de décor et surmonter le traumatisme de sa dernière rupture. Un soir, dans une galerie d'art, Cristina "flashe" pour le peintre Juan Antonio, bel homme à la sensualité provocante. Son intérêt redouble lorsque Judy lui murmure que Juan Antonio entretient une relation si orageuse avec son ex-femme, Maria Elena, qu'ils ont failli s'entre-tuer. Plus tard, au restaurant, Juan Antonio aborde Vicky et Cristina avec une proposition des plus directes : s'envoler avec lui pour Oviedo, consacrer le week-end à explorer les beautés de la ville, à boire du bon vin et à faire l'amour. Vicky est horrifiée ; Cristina, ravie, la persuade de tenter l'aventure...