Vanishing Waves (Kristina Buozyte, 2012)

de le 16/09/2012
 
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Étrange Festival 2012 : Compétition internationale.

Film de Science-Fiction faiblard comparé à ses ambitions démesurées, Vanishing Waves se fait écraser sous le poids de ses modèles. La faute à une narration soporifique et jamais romanesque.

On ne va pas se voiler la face, le cinéma lituanien nous était jusque-là inconnu. Il faut dire que le pays est encore jeune. Alors, quand Vanishing Waves fut annoncé, la curiosité était au rendez-vous. Qui plus est, le projet, largement soutenu par des français, renoue avec un genre trop rare en Europe : la SF. Le dessein est assez beau : vouloir explorer le cerveau d’une femme dans le coma lors d’une expérimentation scientifique. Le spectre créatif était grand ouvert. Seulement, le film se plante d’abord par son académisme esthétique. Paradoxe étonnant, Vanishing Waves ne se dépêtre pas de ses illustres modèles. Des murs avec de la mousse comme pour les salles de prises de sons décorent ce qui ressemble à un laboratoire futuriste. On y ajoute quelques aspérités angulaires et le tour est joué. L’espèce de baignoire noire évoque indirectement le monolithe de 2001 l’Odyssée de l’espace. Ça n’est pas foncièrement raté mais face au rythme lent de l’entame du film, l’enrobage n’aide pas à éveiller l’intérêt. Un problème rédhibitoire accentué par sa photographie approximative. Le réel est d’une fadeur sans nom – chose compréhensible si l’on se dit que le contraste avec l’univers mental donnera plus envie. Plus globalement, la création de ces rêves n’a rien de follement originale. Le manque de moyens ne saurait excuser la pauvreté visuelle de décors oniriques constamment écrasés par les fonds verts et le dépouillement chromatique. Le contraste entre cet effet et la romance (que l’on caractérise en général par un foisonnement visuel et une aération des espaces) forme une sorte d’antinomie dans le message.

Contrairement à un film comme Inception qui se débarrassait au maximum de l’influence de la psychanalyse, ici, les tourments intérieurs sont plus palpables. Le héros se veut un réparateur de traumatisme. Il y a une vraie volonté d’explorer le cerveau de cette femme, tout à tour illustré comme sensuel ou angoissant. Le sexe y tient une place importante. Sauf que la sensualité se résume à se rouler nu par terre en pouffant bêtement de rire. On a connu plus excitant. L’angoisse voudrait naitre à partir d’un pseudo mateur dans la pénombre. Un personnage qui n’en est pas un puisqu’il reste ce fantôme malveillant mais pas effrayant. Le problème de Vanishing Waves, c’est qu’il se confronte très directement à ses maitres. L’histoire d’un homme qui aime une projection mentale d’une femme, c’est plus ou moins les sujets de La Jetée de Chris Marker et de Sueurs froides d’Alfred Hitchcock. Des modèles qui écrasent constamment un film qui ne survit pas à ses approximations. La complexité scénaristique rappelle aussi Charlie Kaufman (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Dans la peau de John Malkovitch). Une nouvelle fois, la pauvreté des rebondissements du film lituanien fait peine à voir. Des détails accrochent l’attention, comme ces capteurs sur la tête donnant un côté animal aquatique au héros. La musique de Peter Von Poehl offre des partitions tour à tour pops et dysharmoniques. Le graphisme de ce qui a attrait aux représentations numériques des activités neuronales fait en revanche bien cheap. C’est ce décalage constant entre volonté de stylisation et pauvreté (voulue ou subie) de l’esthétique qui pose problème.

On fait ici rarement le comparatif entre la plastique d’un film et d’une publicité mais force est de constater que dans le cas présent, il y a un souci. Dès qu’il s’agit d’amorcer une fuite en avant, Vanishing Waves nous inflige des images sorties de publicités pour parfum à la lumière travaillée mais ultra tape-à-l’œil. Les acteurs prennent la pose, comme corsetés par un cadre qui ne les laisse pas vivre. Le dernier segment –interminable- laisse fuir ses deux protagonistes sur une plage dans la nuit. La séquence devrait diffuser une forme d’abandon. Or, la caméra les enferme dans son mouvement linéaire. Jamais les âmes ne s’expriment au-delà des grimaces et des dialogues. C’est assez frustrant de voir tous ces acteurs qui n’ont pas l’air mauvais (aucune fausse note majeure) ne pas avoir la place de s’exprimer alors que l’histoire était faite pour ça. D’ailleurs, le film n’arrive pas à conclure, se muant en pensum sur la vie et sa fulgurance. Vanishing Waves, c’est le voyage mental qui ne débute jamais, c’est la léthargie partagée avec cette femme. Un vrai film de comateux.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lukas, un scientifique, participe à une expérience qui lui permet d’entrer dans l’esprit d’un patient comateux inconnu. Au début, il ne distingue qu’une explosion de sons et d’images, puis aperçoit une femme inconnue. À chaque nouvelle connexion, il en apprend davantage sur cette femme et finit par en tomber éperdument amoureux.