V pour Vendetta (James McTeigue, 2005)

de le 23/03/2009
 
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Il y a des films qu’il convient de re-évaluer une fois qu’on a toutes les cartes en main, et en particulier les adaptations de romans ou de bandes dessinées… V pour Vendetta est de ceux-là. Adapté de l’œuvre culte d’Alan Moore, produit par les frères Wachowski (Matrix, Speed Racer…) qui ont confié le boulot de réalisation à un habitué du poste d’assistant ayant bossé sur les Matrix, Speed Racer, Dark City et l’Attaque des Clônes, bref, pas forcément mauVais mais qui pour le coup s’est heurté aux frangins producteurs qui avaient à priori une vision différente de la sienne concernant l’adaptation.

Les frictions se ressentent tout le long du film tant certains thèmes sont avortés. En résulte un film malade, bâtard, qui comme tout autre film à la production chaotique en devient passionnant mais qui, comparé au matériau d’origine, est un immense ratage… On nE peut pas dire que le film en lui-même soit râté. Plutôt bien mis en scène même, avec la belle application d’un bon élève du système hollywoodien McTeigue nous sort un spectacle plus qu’honnête et évite ce qu’on pouvait redouter : des plans à la Matrix avec tout plein d’effets de caméra. Bien sur on en retrouve car les deux frangins ont shooté plusieurs scènes. Sans savoir lesquelles on se doute que le dernier combat de V est leur oeuvre tant on sent la présence des mouvements de Néo… Mais heureusement le film n’est pas pollué par tous ces tics appartenant à d’autres et possède finalement sa propre identité, ce qui est plutôt une bonne surprise.

Néanmoins on peut lui trouver de gros défauts, sans pour l’instant parler de l’adaptation. Déjà il y a de gros trous scénaristiques. On ne comprend pas bien à quoi servent ces roses par exemple… On Ne sait pas ce qu’il s’est passé pour que l’Angleterre soit devenue une dictature. Bref, des éléments qui manquent cruellement quand on essaie de tout comprendre. Mais en dehors de ça, on peut dire qu’on ne s’ennuie pas et qu’on est même parfois surpris par le ton et par certaines scènes qu’on ne pensait pas voir dans un blockbuster. De plus l’interprétation est sans faille, Nathalie Portman prouve encore qu’en plus d’être très jolie elle possède toute une palette de jeu très dense et Hugo Weaving réussit une grosse performance d’acteur an ayant en permanence un masque sans expression sur le visage.

Mais là où commencent vraiment les problèmes, c’est quand on comparE le film à l’œuvre d’Alan Moore. L’auteur des Watchmen a même refusé d’être crédité au générique. Alors, on sait qu’il a du mal avec les adaptations de ses œuvres mais là il a plutôt raison, car à part les personnages et la trame générale, ainsi que plusieurs scènes, on dirait que ce n’est pas le même sujet qui est abordé. Pire, le message si fort présent dans le roman graphique est ici anéanti au profit d’un autre. En effet, la BD prônait l’anarchie, la révolution par le peuple, la destruction d’un régime totalitaire par le chaos et la construction d’une nouvelle société sur des bases plus saines. Un propos hautement subversif et même dérangeant mais qui cachait une critique acerbe du pouvoir en place.

Dans leur film, les Wachowski et McTeigue ne poussent pas la réflexion aussi loin et leur message ressemblerait plus à une sorte d’apologie de la vengeance froide et du terrorisme… Un comble dans un pays comme les USA. On se demande d’ailleurs comment ce film a bien pu être financé et diffusé…

De plus, le scénario occulte des parties de l’histoire essentielles, fait de V un personnage beaucoup plus stable que ce qu’il est, Transforme complètement des pans entiers du récit et modifie la fin qui, sans la dévoiler ici, était surprenante. Trop de défauts donc pour dire que c’est une bonne adaptation. Ce n’est vraiment pas le cas, et c’est même une grosse trahison par rapport à l’œuvre de Moore.

Mais ça n’en fait pas un mauvais film pour autant, loin de là. D’excellents acteurs (dont un John Hurt magnifique et effrayant en descendant moderne d’Hitler), une réalisation sans trop de défauts, et un message qui, s’il n’est pas celui de lA bande dessinée, est sacrément osé pour un blockbuster hollywoodien. Un film malade mais drôlement intéressant!

FICHE FILM
 
Synopsis

Londres, au 21ème siècle... Evey Hammond ne veut rien oublier de l'homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n'aspirait qu'à l'anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans. Une nuit, alors que deux "gardiens de l'ordre" s'apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant. Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de "V". Evey ne connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d'une vie sans amour...