Unstoppable (Tony Scott, 2010)

de le 01/11/2010
 
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Tony Scott aime les trains. Cela peut paraître absurde mais pourtant ces véhicules gigantesques hantent sa filmographie. Souvenez vous de True Romance, son plus grand film, et ses scènes majeures aux abords d’un chemin de fer. Mais s’ils n’étaient qu’éléments de décor, ils sont devenus personnages à part entière dans l’Attaque du Métro 123, le film qui confirmait qu’un virage majeur avait été passé avec l’exceptionnel Domino et que le cadet des frères Scott se lançait dorénavant dans un revival du film d’action made in 90’s. Avec Unstoppable il va encore plus loin et livre ce qui s’apparente fortement à un film concept, une sorte de film d’auteur déguisé en actionner un peu con et ultra fun. Que ce soient les affiches old school qui annoncent presque un nanard ou les diverses bandes annonces promettant un croisement entre Speed et Runaway Train, rien de laissait entrevoir le produit final qui est peut-être la plus grosse surprise de l’année. Tony Scott ne livre pas un chef d’oeuvre, ni son meilleur film, mais il accouche d’une oeuvre sincère, qui ne s’encombre d’aucun détail inutile et qui recycle de vieilles figures de la plus belle des façons. Et plus qu’un film catastrophe, plus qu’un simple action movie, Unstoppable possède tous les attributs d’un film de monstre… ou comment le train devient LE personnage central d’un film.

Le scénario d’Unstoppable tient sur un timbre poste: après une erreur d’une stupidité absolue, un train chargé de matière explosive échappe à tout contrôle et menace de détruire une ville entière. Sur la même voie mais en sens inverse il y a deux types dans un autre train qui vont tenter de l’éviter, voire de l’arrêter. Mais finalement, tant mieux! Car cet exercice de style ne pouvait pas être paralysé par quoi que ce soit, au risque de tomber dans une figure classique hollywoodienne, ce qu’il n' »est définitivement pas. Avec son style incisif et inimitable, Tony Scott remplit les 1h30 qui lui sont allouées pour livrer sa vision toute personnelle du film de monstre. Toutes les figures inhérentes au genre sont présentes: la grosse menace cataclysmique et inarrêtable, le déploiement d’une logistique gouvernementale monumentale, la présence perverse des médias et le duo improbable de loosers presque caricaturaux qui se retrouve chargé d’éliminer la menace en question.

Rien d’exceptionnel à première vue mais c’est précisément là où on s’attendait tous à lui tomber dessus que Tony Scott se révèle une fois de plus comme un véritable « auteur » et non un simple faiseur d’image. Unstoppable voit son intrigue épurée au possible afin d’aller droit à l’essentiel. Ainsi les figures annexes telles que les familles des anti-héros ou le happy end obligatoires se voient également perverties afin de ne jamais embarrasser la trame principale. Unstoppable tend vers une seule direction: le train fou va-t-il détruire la ville de Stanton dans un torrent de flammes ou pas? Le propos est mince, les enjeux également, mais le but n’est pas de philosopher, simplement de divertir à l’extrême. Et niveau divertissement le spectateur en a pour son argent, voire plus. Le suspens crée par Tony Scott frôle parfois l’insoutenable, on se prend à vibrer au rythme de ce monstre rugissant qui rappelle à bien des égards le camion de Duel de Spielberg et son traitement animal. En sus, Scott s’amuse en pervertissant brillamment l’image des médias, utilisant leur vision des évènements comme élément narratif essentiel, accentuant au maximum la notion de voyeurisme et dramaturgie artificielle journalistique. C’est peu profond mais que c’est jouissif!

Bien entendu, comme tout film de Tony Scott post-90’s, le traitement visuel y est pour beaucoup dans la réussite de l’ensemble. Avec son sens du cadre aiguisé et ses effets de style dignes d’un clipeur fou, il sait imposer sa signature graphique. Chez d’autres on trouverait ça facile, chez lui c’est un outil magique qui transforme ce clin d’oeil à un certain cinéma catastrophe aujourd’hui tombé dans l’oubli en expérience de cinéma d’une intensité rare. Il shoote à l’énergie, construit ses séquences avec une logique qui les rend d’une efficacité imparable et qui, comble du style, flattent en permanence la rétine, comme peu savent le faire. Tony Scott est un conteur visuel, et il retrouve dans Unstoppable, sur quasiment toute la longueur du film, ce qui faisait la puissance d’une poignée de séquences de Déjà Vu (notamment la poursuite en bagnole, démente) sans tomber dans les excès géniaux mais épuisants de Domino. Chris Pine et Denzel Washington, excellents dans des partitions classiques du jeune loup et du vieux briscard, assurent leur rôle de pantins dans les mains du maestro qui s’éclate comme un gosse, joue avec les angles, les filtres, les objectifs fous, et broie sa narration en utilisant comme jamais les images de reporters dans leur attente d’une catastrophe. En apparence c’est très con, en creusant un peu c’est construit plus intelligemment que 80% de la production hollywoodienne.

[box_light]On attendait tous une sombre bouse recyclant la figure old school du Speed de Jan de Bont, Tony Scott réussit à nous surprendre comme jamais. Unstoppable c’est l’expérience ultime du film catastrophe, un film de monstre pur jus dans lequel la grosse bébête se voit remplacée par un monstre d’acier lancée à toute vitesse. Le résultat est un concentré d’adrénaline et de suspens, un petit chef d’oeuvre d’efficacité narrative et une expérience visuelle peu commune. On en ressort un peu comme d’un tour de grand huit, décoiffé, secoué, et avec la sensation que le cadet des frères Scott vient de signer un de ses plus grands films.[/box_light]

FICHE FILM
 
Synopsis

Un ingénieur et un chauffeur vivent une véritable course contre la montre. Les deux hommes tentent de stopper un train qui transporte des produits toxiques avant que celui-ci ne déraille et répande une flaque toxique qui décimera la ville complète.