Une Vie meilleure (Cédric Kahn, 2011)

de le 04/01/2012
 
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Cédric Kahn est un type doué, très doué. Roberto Succo et surtout Feux Rouges, adaptation assez brillante de Georges Simenon, sont les preuves irréfutables de son talent de scénariste et réalisateur. Avec L’avion puis Les Regrets, il s’est frotté à un cinéma moins tendu, plus populaire aussi. Avec Une Vie meilleure il part d’une fable sociale totalement en phase avec son temps pour raconter autre chose, le portrait d’un homme-enfant obligé de faire face à ses responsabilités. Cela aurait très bien pu être le portrait de toute une génération. Malheureusement, malgré toutes ses bonnes intentions, Une Vie meilleure est un film qui alterne le bon et le beaucoup moins bon sans véritable équilibre. Un film qui se perd en cours de route sur un coup de poker qui ne fonctionne pas.

Drame contemporain, Une Vie meilleure l’est dans sa première partie en brassant quelques idées très dans l’air du temps. Une mère célibataire qui élève son enfant du mieux qu’elle peut, une jeune adulte ambitieux, une histoire d’amour qui naît de façon aussi fulgurante que probable. Rapidement se met en place un tissu narratif utopique qui embrasse la fable moderne avant que la réalité dans ce qu’elle a de plus dur rattrape les personnages. Une Vie meilleure devient alors le reflet d’une société en crise dans laquelle les rêveurs n’ont pas leur place. Criblé de dettes, à la merci de n’importe quel charognard mais accroché à son rêve de gosse le personnage de Yann incarne à merveille le genre d’homme qui ne peut plus vivre à notre époque. Un type qui refuse d’affronter la réalité et se confine dans sa belle utopie, inconscient des mécanismes redoutables de la finance, trop naïf pour se rendre compte que la montagne devant lui est infranchissable, et donc socialement inadapté. Le couple qu’il forme avec Nadia est à ce point remarquable que le spectateur ne peine pas à y croire et s’y attache immédiatement. C’est là que Cédric Kahn prend une décision radicale, un pari délicat, il sort Nadia du cadre pendant près de 45 minutes, soit quasiment la moitié du film. On ne retrouve ce personnage si attachant qu’à la toute fin et le vide qu’elle laisse dans le récit n’est malheureusement jamais comblé. Alors certes, Leïla Bekhti est une actrice suffisamment douée pour que sa présence se fasse ressentir même si elle n’apparait pas à l’image, avec tout ce qu’elle donne de contenance à son personnage dans la première partie. Mais la balance qu’elle apportait à Guillaume Canet se brise et le film ne fonctionne plus dans le bon sens. Il ne manque pourtant pas d’intérêt car il se transforme tout d’un coup en un autre film, à savoir le parcours d’un homme qui va se construire en tant qu’adulte et père de substitution au fil des galères. Sauf que non seulement il n’y a rien de nouveau là-dedans, mais Canet n’est sans doute pas le meilleur choix pour ce type de rôle, coincé derrière son masque de galérien sur lequel le sort s’acharne chaque jour un peu plus. Son parcours a beau ne pas manquer d’intérêt, ou de beauté, il est plutôt difficile de ressentir quelque chose de fort, la faute également au jeune Slimane Khettabi trop peu expressif malgré le naturel évident qui se dégage de son jeu amateur. Autre gros problème, même s’il dure près de deux heures, Une Vie meilleure souffre d’un sérieux manque de souffle narratif avec une overdose d’ellipses dans tous les sens qui flinguent impunément la définition du mot « rythmique ». Des enjeux qui s’évaporent, un virage abrupt mal négocié, des personnages qui s’effritent, Une Vie meilleure n’est jamais cet instantané universel de notre société auquel il aspire.

Le plus agaçant dans tout ça est que Cédric Kahn livre un film à l’esthétique quasi irréprochable. De son plan séquence introductif aux échappées en motoneige canadiennes, Une Vie meilleure est un film qui a de la gueule, souvent porté par un visuel hérité du thriller, très noir. Une utilisation intelligente du format scope, des cadres travaillés, une photographie agressive signée Pascal Marti (déjà à l’œuvre sur Roberto Succo) et un grain cinéma très prononcé, Une Vie meilleure possède l’écrin d’un grand film, à l’exception du recours aux fondus au noir pas des plus élégants, mais il lui manque le corps plus consistant d’un récit intelligent. Dommage que le film souffre de ce manque et de ses choix audacieux mais malheureux. Reste la présence magnétique de Leïla Bekhti qui s’affirme film après film comme une grande actrice en quête du rôle qui la fera enfin exploser.

FICHE FILM
 
Synopsis

Yann et Nadia, amoureux, se lancent dans un projet de restaurant au bord d'un lac. Leur rêve d'entrepreneur se brise rapidement. Nadia, contrainte d'accepter un travail à l'étranger, confie provisoirement son fils à Yann. Elle disparaît...