Une Nuit (Philippe Lefebvre, 2012)

de le 05/01/2012
 
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Absent du grand écran depuis la fin des années 80, décennie pendant laquelle il apporta sa contribution au polar à la française avec Le Juge puis Le Transfuge et les gueules de cinéma de l’époque (Boringher, Duval, Cremer, Lonsdale…) avant de se consacrer à la télévision, Philippe Lefebvre (à ne pas confondre avec son homonyme et médiocre réalisateur du Siffleur) revient avec un polar dans l’air du temps. La mode hexagonale est aux récits simples et compacts, avec une unité de temps resserrée pour maintenir un rythme soutenu. Après À Bout portant et Nuit Blanche pour ne garder que les plus intéressants, Une Nuit poursuit cette quête du polar nouveau et ne manque pas d’atouts avec de vrais choix de cinéma radicaux et rares dans les films contemporains. Le film n’est malheureusement pas dénué de défauts et aurait sans doute mérité à être plus incisif, plus conceptuel, simplement pour s’affranchir de ses modèles bien trop imposants pour qu’il puisse réellement exister.

Ni véritable film noir comme voudraient le vendre ses auteurs (il ne possède du genre, très balisé, qu’une poignée de codes), ni exercice de style hard boiled comme voudrait le montrer la bande annonce, Une Nuit est avant tout un polar d’ambiance qui s’inscrit dans une longue tradition de déambulations nocturnes d’un héros solitaire, d’After Hours à Collateral, en passant par The Longest Nite. On pense énormément au film de Michael Mann dans cette façon si singulière de filmer la nuit avec une caméra HD, avec toutefois beaucoup moins d’élégance ou d’énergie, et c’est une des faiblesses majeures d’Une Nuit. Pourtant, en transformant Paris en décor de huis clos à ciel ouvert, en gardant cette unité de lieu et de temps et en l’accommodant sur 1h40 de film, Philippe Lefebvre marque ses intentions de pondre à la fois un polar fulgurant, un portrait crépusculaire à travers un personnage principal se situant au tournant d’une époque (presque issu d’un western) et road-movie, dans le sens où le film n’est qu’une succession de trajets en bagnoles suivis de rencontres avec des personnages souvent radicalement opposés et/ou hauts en couleurs. De ce mélange des genres émerge une composition assez fascinante d’un personnage-charnière qui répond à un code d’honneur appartenant au passé tout en essayant de s’accommoder des nouveaux principes régissant la nuit parisienne. Un loup solitaire affublé d’un sidekick féminin qui reste dans son rôle de chauffeur jusque dans un final sous forme de révélation foireuse qui vient un peu comme un cheveu sur la soupe, réduisant sérieusement tout ce qui précédait en apportant une justification pas vraiment nécessaire. C’est là que Philippe Lefebvre montre qu’il n’est pas Michael Mann et qu’il a besoin d’un point d’accroche au réel, des restes d’une carrière télévisuelle et la peur d’un film purement concept. Reste qu’il est loin d’être honteux, s’accaparant de nombreuses figures du film de gangster classique qu’il accommode à la sauce du numérique caméra à l’épaule. Une Nuit se construit ainsi non seulement sur une mise en scène abrupte et travaillée mais surtout une galerie de personnages aux motivations contradictoires qui mènent vers une forme d’apocalypse pour le héros. C’est également le portrait plutôt juste d’une société vacillante, aux valeurs morales (amitié, famille) qui disparaissent au profit d’un ultra-capitalisme immédiat et d’un égoïsme destructeur. Si l’ensemble du casting était à la hauteur cela aurait donné lieu à une poignée de scènes bouleversantes dans la justesse du regard porté sur notre monde en pleine déliquescence. En l’état la réflexion ne dépasse pas le stade embryonnaire, handicapée par un second rôle essentiel à côté de ses pompes et un rythme qui ne s’impose jamais malgré tous les efforts louables déployés.

Le mouton noir, pour changer, c’est Samuel Le Bihan. Son personnage de baron de la nuit parisienne est essentiel au fonctionnement de la mécanique narrative autour du héros campé par Roschdy Zem, et il ne parvient pas à lui donner la moindre consistance ou intensité. Ainsi, une scène majeure du dernier acte qui les met face à face passe complètement à côté de ce qu’elle aurait dû être, à l’image de la plupart de ses apparitions rarement justes. C’est dommage car Roschdy Zem, lui, amène énormément à son rôle. Il fait de Simon Weiss une sorte de descendant des polars français d’antan, à la fois plein de vie et mutique et ténébreux. Un personnage qui serait une sorte de Vic Mackey en plus sage et non-violent, un symbole du passé, une espèce en voie de disparition, celle des hommes d’action et de combines qui laissent la place aux bureaucrates. Loin de tout réalisme, Une Nuit recherche la symbolique crépusculaire et l’onirisme du neo-polar, les touche parfois et bâtit une ambiance superbe avec sa longue focale qui crée l’errance et l’isolement en milieu urbain, mais pêche par des maladresses mal vues, à l’image du personnage de Sara Forestier, formidable mais qui s’écroule dans le final grotesque.

FICHE FILM
 
Synopsis

Paris. Simon Weiss, commandant à la Brigade Mondaine, entreprend, comme chaque soir, sa tournée des établissements de nuit. Son métier. Une nuit, mais pas comme les autres… Très vite Weiss comprend qu’on veut le piéger. Pris en tenaille entre la police des polices et les voyous, Weiss va se défendre, affronter flics, hommes d’affaires et malfrats...