Une Nouvelle chance (Robert Lorenz, 2012)

de le 20/11/2012
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Après avoir annoncé mettre un point final, magistral, à sa carrière d’acteur avec Gran Torino, Clint Eastwood sort exceptionnellement de sa retraite pour supporter la première réalisation de son protégé et ami Robert Lorenz. A l’arrivée cela donne Une Nouvelle chance, drame familial assez léger sur fond de baseball et film dont l’académisme ne tire pas de miracle. Mais Clint Eastwood, peu importe le film, reste cet acteur capable de transcender le plus convenu des récits par sa simple présence à l’écran.

Sur la route de Madison remonte à 20 ans déjà. C’est sur ce tournage où il occupait le poste de deuxième assistant que Robert Lorenz a rencontré Clint Eastwood. Le point de départ d’une relation qui le fera passer de premier assistant sur 8 films à producteur de tous les films d’Eastwood à partir de Créance de sang, produisant également au passage le premier film d’Alison Eastwood, Rails & Ties. C’est sans grande surprise que Robert Lorenz se décide à passer derrière la caméra, ça l’est tout autant de voir le grand Clint y revenir devant pour cautionner l’aventure jusqu’à la produire. Si la genèse du film est sans surprise, elle correspond fidèlement au récit. Extrêmement convenu, dévoilant bien trop ouvertement ses grosses ficelles, Une Nouvelle chance ne brille pas vraiment par son scénario cousu de fil blanc et dont chaque étape dans la progression narrative se résume à une stricte application d’un modèle hollywoodien éculé. Concrètement, si Une Nouvelle chance n’est pas un mauvais film dans la mesure où il est construit proprement et mis en scène avec un soin indéniable, le film souffre à la fois de son positionnement (un drame banal sur fond de baseball et qui ne s’adresse donc qu’au public américain) et de son déroulé plan-plan qui ne développe rien de nouveau.

Si Une Nouvelle chance n’héritait pas de la « team Estwood » du côté des techniciens, le film ne vaudrait pas mieux qu’une diffusion un dimanche après-midi sur TF1, entre deux autres drames sportifs lambda. Les décors de James J. Murakami, la photographie de Tom Stern, le montage de Joel Cox et Gary Roach, soit l’assurance d’obtenir un produit qui, aussi oubliable soit-il, bénéficie de l’application des artisans qui ont permis à Clint Eastwood de réaliser quelques uns de ses plus beaux films. Une enveloppe d’une noblesse que le récit ne justifie jamais, et légèrement mise à mal par une mise en scène qui confond classicisme et paresse. Car c’est tout de même au maître que se frotte Robert Lorenz, et s’il peut se targuer d’avoir été à la bonne école en l’observant de près, en lui livrant même un travail de haute tenue quand il était son réalisateur de seconde équipe, il lui manque tout simplement le talent en sus de l’application. Son absence de subtilité pose de véritables problèmes, notamment au moment où il devrait faire naître une émotion, élément essentiel d’un drame efficace qui se retrouve aux abonnés absents. Un exemple parmi d’autres à travers cette scène où Clint Eastwood parle à la tombe de sa femme. Quand un réalisateur plus doué aurait effacé l’acteur derrière le personnage pour capter un instant bouleversant, on a l’impression de revoir se jouer l’embarrassante scène face à la chaise vide d’Obama. Un autre problème vient du baseball. Quand Sam Raimi signe un drame dégoulinant autour de ce sport dans Pour l’amour du jeu, qui développe le thème similaire de la deuxième chance, cela fonctionne, car il sait aller au delà du sport en plus de le filmer formidablement. Quand Bennett Miller filme Le Stratège, il y apporte un regard original, une ambiance, et transcende le motif sportif. Dans Une Nouvelle chance, non seulement les quelques séquences de baseball sont d’une mollesse qui fait froid dans le dos, mais en plus elles se retrouvent répétées jusqu’à l’épuisement. Un triste constat auquel s’ajoute leur rôle tout à fait mineur dans le déroulement de l’intrigue, si ce n’est pour amener le très attendu dénouement et les nouvelles chances multiples. Il y avait pourtant matière à développer quelque chose de passionnant, et en particulier autour de la faculté incroyable du personnage interprété par Clint Eastwood pour jauger le talent d’un joueur. Au lieu de cela, on nous sert l’éternel canevas de la relation parent/enfant inexistante car le père fait passer son travail avant sa famille, l’ange gardien, le méchant qui veut faire tomber la légende par la modernité, la faiblesse de la maladie, le jeune protégé qui s’affirme et bien entendu, la romance téléphonée qu’on devine dès le départ.

Le fait qu’il soit possible d’anticiper la moindre des séquences avec une avance considérable sur les personnages pose un sérieux problème d’identification, en plus de ruiner littéralement la rythmique du récit. C’est dommage car Une Nouvelle chance n’a rien de honteux, sait se montrer plutôt beau, voire carrément élégant, mais se love tellement confortablement dans un archétype de cinéma dont il ne cherche jamais à faire évoluer les codes, ou à simplement lui apporter du sang neuf, qu’il devient rapidement très ennuyeux. C’est d’autant plus dommage que Robert Lorenz se révèle excellent directeur d’acteurs, et qu’il tire le meilleur d’une troupe de comédiens qui s’en donnent à cœur joie. Amy Adams y est clairement leader, accompagné d’un Justin Timberlake qui assure le minimum syndical et d’un John Goodman en pilote automatique dans la peau de l’ange gardien. Mais sans surprise, et ce malgré un rôle qui n’est pas aussi central que le laisse entendre l’affiche, c’est bien entendu Clint Eastwood qui tire son épingle du jeu. Si son personnage se rapproche sur quelques points trompeurs de celui qu’il campait dans son chant du cygne Gran Torino, l’acteur sait toujours surprendre à sa manière. Tout simplement car il est Clint Eastwood, il n’est pas un acteur lambda qui interprète un vieux briscard qui perd la vue et va apprendre à comprendre sa fille, il est une légende, un mythe, et le parallèle qui se construit entre la légende publique et le personnage de cinéma constitue quelque chose de fascinant. Il y a de quoi enrager de voir un tel talent, une telle puissance intacte après tant d’années, tout donner pour un film aussi mineur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un découvreur de talents spécialisé dans le baseball voit sa vie basculer avec la perte progressive de sa vue. Il décide pourtant de faire un dernier voyage à Atlanta, accompagné de sa fille, à la recherche d'un talent prometteur.