Une Journée en enfer – Die Hard 3 (John McTiernan, 1995)

de le 07/11/2011
 
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John McTiernan est un des moteurs du cinéma d’action qu’il a contribué à créer dans la forme qu’on lui connait depuis la fin des années 80. À mi-parcours de la décennie 90 il retrouve son personnage chéri, John McClane pour le troisième opus d’une trilogie qui aura marqué au fer rouge l’histoire du cinéma. Une trilogie – le terme de quadrilogie est une insulte au mythe – entamée avec Piège de cristal, continuée avec Last Action Hero et qui s’achève avec Une Journée en enfer, 58 Minutes pour vivre étant finalement assez éloigné de la thématique de McT. Hasard total ou pas, l’année de sortie d’Une Journée en enfer, 1995, est une véritable charnière pour le cinéma d’action. En effet la même année Joel Schumacher assassine froidement le film de super-héros avec Batman Forever, Robert Rodriguez s’impose comme un copycat cool avec Desperado, Michael Bay comme un idiot flambeur avec Bad Boys. En même temps un nouveau James Bond arrive, Goldeneye, et deux légendes tirent leurs dernières cartouches, John Badham avec Drop Zone et Richard Donner avec Assassins, tandis que Michael Mann pose l’action et livre un monument classique avec Heat. Une année décisive et porteuse de changement que celle baptisée « centenaire du cinéma », John McTiernan ne pouvait qu’en être. En auteur à la fois entertainer et théoricien du cinéma, il livre avec Une Journée en enfer un film monumental qui a redéfini les règles du cinéma d’action pour toujours – jusqu’à la prochaine révolution – et ce exactement au même moment qu’un autre génie à l’autre bout de la planète : Tsui Hark.

En effet, en 1995 l’avenir du cinéma d’action s’écrivait dans les bobines d’Une Journée en enfer mais également dans The Blade, deux films sans rapport apparent mais pourtant intimement liés dans leur philosophie. John McTiernan ne réalise pas un « nouveau Die Hard » ou un énième film d’action, tout comme Tsui Hark ne réalise pas un énième wu xia pian avec un sabreur manchot, les deux artistes ont une ambition qui est toute autre, celle de faire avancer le cinéma en profondeur, dans sa fabrication et dans la représentation de ses figures majeures. Les deux films répondent au même souhait de transformer un probable succès commercial en moment fondateur quasi subversif dans ce qu’il fait vivre au genre qu’il aborde. La liberté des cinéastes étant sans doute plus importante à HK qu’aux USA à l’époque, Tsui Hark va beaucoup plus loin que son cousin américain et le payera cash avec un échec cuisant, tandis que McT trouve enfin le succès immédiat et immense. Tout simplement car Une Journée en enfer est un film qui se prête volontiers à une lecture très premier degré, à savoir un pur blockbuster d’action qui va à 200 à l’heure et pète dans tous les sens, un énorme film capable de combler tous les publics, chose extrêmement rare. Mais c’est avant tout l’oeuvre d’un révolutionnaire en pleine analyse de son art. Après avoir établi une nouvelle vision du héros dans Piège de cristal puis d’avoir confronté l’image du héros à la réalité dans Last Action Hero, il poursuit son parcours de déconstruction en le confrontant à un univers de fiction qui repousse les limites mêmes du genre. Une Journée en enfer c’est un rollercoaster de deux heures qui sonne comme le réveil brutal du héros au sein de son univers en pleine désintégration. L’introduction est d’ailleurs frappante : alors qu’on entend Summer In The City par The Lovin’ Spoonful sur des plans de rues de New York, une explosion sortie de nulle part transforme une avenue en champ de ruines. Brutal, le plan est sublime – repris jusque dans le récent teaser de The Avengers – et il réveille autant le spectateur que John McClane lui-même qui va traverser le film plus anti-héros que jamais en se trimbalant la pire gueule de bois de son existence. Une Journée en enfer, c’est une recherche permanente de la surenchère que ce soit dans les péripéties qui défient les lois du possible, dans la pyrotechnie ou dans les cascades. On assiste à un véritable feu d’artifice qui ne faiblit jamais d’intensité, ça en est presque surréaliste tant ça va loin et ça fonctionne.

Mais derrière tout ça il y a donc la fameuse réflexion sur la position du héros au sein du cinéma, et du cinéma d’action en particulier. Last Action Hero a finalement emmené John McClane à New York qui se retrouve transformée en terrain de jeu géant pour un taré drôlement malin qui a décidé de jouer avec les nerfs du héros. Un héros qui passe de l’état de serpillière humaine à celui de héros malgré lui, engagé dans un combat à distance avec un mastermind allemand bien décidé à lui faire payer une action passée. McTiernan crée d’évidentes connexions avec ses anciens films tout en s’en moquant aussi, preuve de son regard porté sur son travail avec un vrai recul. Il va créer l’action hero humain, capable de prouesses surhumaines mais qui s’en prend tout de même plein la gueule à longueur de scènes. C’est en grande partie ce qui permet une telle identification au personnage de John McClane qui n’a rien d’un bodybuilder ou même d’un super flic. C’est juste un type qui fait son boulot – plutôt bien – mais qui ne prend pas nécessairement de plaisir à sauver la ville du méchant terroriste. Ce que fait McTiernan c’est en fait gonfler tout ce qui faisait déjà le coeur de Piège de cristal en brisant les lignes et l’espace de la tour Nakatomi pour libérer une immense surface au sol et s’affranchir de frontières. Et sa démonstration de ce qu’est un héros « réaliste », elle passe non seulement par l’écriture de Jonathan Hensleigh mais surtout par sa mise en scène, littéralement révolutionnaire pour un blockbuster de cette ampleur.

John McTiernan possède une grammaire cinématographique bien à lui, et s’il affectionne les grands mouvements de grue verticaux, qu’on retrouve ici pour ouvrir des perspectives sur les immenses rues de New York, c’est un autre aspect de son art, plus européen, qu’il va pousser assez loin, annonçant les pures expérimentations visuelles du 13ème Guerrier. Presque 10 ans avant que Paul Greengrass ne pervertisse l’idée en la poussant trop loin, ouvrant la porte à des dérives tragiques pour la perception de l’action au cinéma, John McTiernan impose la caméra à l’épaule comme le langage de l’action. Une caméra qui reste à l’épaule jusque pour les travellings, quelque chose à la fois bourré d’énergie par le mouvement et une vie derrière l’objectif, mais d’une élégance particulière. Rien ne parait brouillon dans Une Journée en enfer, et c’est là la différence entre un metteur en scène qui maîtrise sa technique pour l’adapter à son récit et un autre qui n’en aurait rien à faire. Mais il y a encore autre chose, de plus subtil, le petit truc qui fait qu’on reste le souffle coupé devant chaque scène d’action du film – et elles sont nombreuses – et qui ne vient que de la technique. C’est là que le tournage de Die Hard 3 rejoint celui de The Blade. McTiernan brouille les repères des comédiens, bouscule les cadreurs, leur fait perdre le fil de l’action qu’ils doivent rattraper en permanence, à l’instinct. Une sorte de tournage guerilla parfaitement pensé, la mise en place d’une mise en scène du chaos qui se trouve dompté, à l’image du personnage de John McClane en roue libre mais cadré par Zeus, autre figure de héros parfaitement intégré. Car le résultat, il brille à l’écran, une immersion totale dans l’action, et un héros parfaitement intégré à la réalité dans ce qu’elle a de plus spectaculaire. C’est du génie pur, et aujourd’hui encore personne n’a réussi à approcher cette perfection.

FICHE FILM
 
Synopsis

John McClane est cette fois-ci aux prises avec un maître chanteur, facétieux et dangereux, qui dépose des bombes dans New York.