Un Jour (Lone Scherfig, 2011)

de le 18/08/2011
 
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2011 est pour l’instant l’année des comédies foireuses, mais qu’en est-il des bons gros mélodrames qui vont faire pleurer dans les chaumières avec des histoires d’amour trop belles mais trop tristes, mais trop belles quand même? Et bien ils sont peu nombreux à se frotter à l’exercice et la première cartouche en apparence sérieuse est balancée par la réalisatrice danoise Lone Scherfig. Ancienne pratiquante du dogme95, on lui doit notamment Italian for Beginners et le véritable succès qui propulsa littéralement la belle Carey Mulligan sur le devant de la scène il y a deux ans, Une Education. À priori la réalisatrice avait tous les outils en main pour transformer cette adaptation du best-seller éponyme de David Nicholls, qui se charge lui-même de le changer en scénario, avec en prime l’aide d’un couple d’acteurs franchement talentueux. Oui mais voilà, on ne le dira jamais assez, il ne suffit pas de réunir les meilleurs ingrédients du monde pour que la sauve prenne. Pris indépendamment, la plupart des éléments de Un Jour fonctionnent plutôt bien, mais l’ensemble manque cruellement de cohésion et le produit final, s’il est loin d’être honteux, est tout à fait banal alors qu’il déploie quelques petits trésors d’originalité. Si c’est ça la plus grande romance de l’année, on peut s’attendre au pire pour les prochaines qui arriveront.

L’idée générale d’Un Jour n’a rien d’original, pour ne pas dire qu’elle sent sérieusement le réchauffé. Un « couple » qui décide de n’être qu’un couple d’amis plutôt que de s’aimer et qui va se retrouver à intervalles plus ou moins réguliers sur une large plage temporelle? Oui, Rob Reiner l’a fait, plutôt très bien d’ailleurs pour le genre, il y a 20 ans et ça s’appelait Quand Harry rencontre Sally. S’il faut reconnaître une véritable qualité à Un Jour, sa seule originalité au passage, c’est dans l’artifice de son mode de narration. En effet entre 1988 et 2006, 2006 étant l’ouverture du film, le récit sera une succession de séquence plus ou moins longues, plus ou moins importantes, ne se situant qu’à la date du 15 juillet. L’idée est plutôt intéressante mais montre rapidement ses limites car il y a ce parti-pris comme quoi il se passerait forcément quelque chose un 15 juillet. Et plus que la relation entre Dexter et Emma, c’est leur évolution l’un loin de l’autre qui se trouve mise en avant. Le pari ne manquait pas d’intérêt là aussi, mais une romance qui passe au second plan dans un drame romantique pendant les trois quarts du film cela pose un léger soucis. Alors il est vrai que leur histoire est toujours présente, même si elle n’est pas nécessairement à l’image, mais bizarrement ça ne fonctionne pas. Car à la vilaine sensation de déjà vu vient se greffer celle d’une histoire un brin surréaliste, à l’émotion bien trop appuyée pour être sincère, et qui aboutit sur LE problème : une véritable prise d’otage lacrymale dans le dernier acte avec ses torrents de gentille morale et de bons sentiments. Bien sur, le public visé, forcément amateur d’histoires d’amour basiques, sera aux anges tant des petits cœurs tout roses sont en permanence sur le point d’envahir l’écran, mais en ne touchant pas un public plus vaste le film est clairement raté. Que ce soit chez Wong Kar Wai ou Ang Lee par exemple, le romantisme transpire de chaque plan mais jamais on a l’impression de quelque chose de faux ou de niais, à la différence d’Un Jour qui se voudrait bien devenir le nouveau N’oublie jamais mais n’en a clairement pas l’étoffe.

Dégoulinant encore et encore, jusqu’à l’overdose, Un Jour ne parvient pas à se démarquer. Les transitions et effets de calendrier amusent d’abord puis agacent par leur côté bien trop kitch, les lieux et personnages puent le cliché (une star has been et sous coke qui baise dans tous les sens, une fille sérieuse et coincée, toute une partie à Paris…), la mise en scène est peu inspirée et la bande son est tellement attendue qu’elle ne brille pas non plus. C’est incroyable à quel point on trouve différents éléments intéressants à première vue mais qui s’avèrent ratés, sans âme, sans vie. On croit même un instant que Lone Scherfig va nous faire avaler la couleuvre du twist scénaristique foireux. On pourrait croire que le film serait sauvé par les acteurs mais là non plus, quelque chose ne prend pas. Anne Hathaway et Jim Sturgess sont très beaux, talentueux, clairement investis dans leurs rôles, mais si on ne peine pas à croire à leur relation délicate on n’est jamais emportés pour autant. C’est bien là le problème, tout est lisse, tout est plat, tout est propre. Il manque un supplément de vie, ou de folie, à Un Jour pour que ce banal mélodrame devienne un bon film. Et il ne suffit pas pour ça d’apporter une seule bonne idée sur le déroulement narratif. En l’état, il ne s’agit que d’un film anecdotique, et il est certain que ce n’était pas le but. Avec une si belle affiche, on en attendait forcément beaucoup plus que ça.

FICHE FILM
 
Synopsis

Emma et Dexter passent la nuit ensemble après leur soirée de fin d’étude et décident…de rester amis. Lui est insouciant et frivole, elle est bourrée de complexes. Pendant 20 ans, Dexter et Emma vont s’adorer, se séparer, se détester, se manquer… finiront-ils par comprendre qu’ils ne sont jamais aussi heureux que lorsqu’ils sont ensemble ?