Un Amour de jeunesse (Mia Hansen-Løve, 2011)

de le 21/07/2011
 
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Mia Hansen-Løve possède une sorte de don qui, à 30 ans à peine, la place très au-dessus de ses pairs à priori plus expérimentés mais qui n’ont toujours pas compris ce qu’était le véritable cinéma. En clôturant avec Un Amour de jeunesse une forme de trilogie sur les épreuves les plus difficiles de la vie, après Tout est pardonné et le magistral Le Père de mes enfants, elle semble également terminer son apprentissage pour entrer avec son prochain film dans la cour des très grands, qu’elle fréquente pourtant déjà en secret. Après le deuil du père elle s’attaque, comme le titre l’indique très bien, à la relation amoureuse adolescente. Attachée aux drames elle choisit l’angle de la rupture, soit le point de vue le plus délicat car vu des milliers de fois et donc des plus casse-gueules. Et si Un Amour de jeunesse ne possède pas la grâce et la puissance de son film précédent, plus sobre en quelque sorte, moins miné par des petits défauts, il n’en reste pas moins un film assez exceptionnel dans le paysage cinématographique auteuriste français. Pas la merveille attendue, car on devient forcément exigeant avec les artistes qui passionnent, mais une réussite incontestable.

Une des principales forces du cinéma de Mia Hansen-Løve est de trouver une forme de réalisme dans le propos et non dans l’image. Ainsi elle refuse toujours cette horreur de cinéma vérité, bizarrement toujours fake, pour le cinéma tout court et le choix est payant. Il se dégage de Un Amour de jeunesse un doux parfum d’authenticité. Est-ce car il contient des éléments autobiographiques? Peut-être mais ce n’est pas la raison principale Non, Mia Hansen-Løve est une redoutable scénariste capable de trouver précisément ce qui va toucher un public le plus large possible. Son film est truffé de petites images et anecdotes toutes bêtes et souvent très simples qui vont en appeler au souvenir de chacun. Cela ne veut pas dire qu’il faut que le spectateur ait un jour vécu une telle histoire d’amour, surtout pas non, mais une tonne d’éléments viennent travailler l’inconscient. Ce travail presque perfide est avant tout très habile, comme si elle avait des dizaines d’années d’écriture de scénario derrière elle. Ce qui n’est pas le cas. Ainsi on y trouve non seulement une illustration brillante de ce qu’est précisément un amour de jeunesse vécu par une personne littéralement passionnée, se laissant complètement submerger par cet amour destructeur au point d’en oublier de vivre, mais également un discours qui dépasse ce propos presque banal pour créer un dialogue intime avec le spectateur qui entendra ce qu’il voudra bien entendre jusqu’à être touché en plein coeur. Le seul soucis est qu’elle use cette fois d’artifice non présents dans son film précédent, à travers des métaphores un peu simplistes (une chute, une relation avec un père de substitution, des études d’architectures comme pour ramener une structure dans son parcours de femme, une grossesse…). On comprend bien où elle veut en venir mais il lui arrive de manquer de subtilité, parfois. On est dans l’ordre du détail tant sur le reste, elle livre une oeuvre éblouissante de sincérité et de pudeur, toujours juste dans l’émotion.

Elle se sort encore indemne des pièges grossiers qu’elle se tend comme des scènes d’amour entre adolescents, d’une grâce absolue. Elle évite encore la plupart des clichés et touche ainsi une vérité, sur son propos mais également d’un point de vue de cinéma. On retrouve le même talent inné pour la mise en scène avec une gestion admirable des espaces variés et de l’intime, mais surtout une maîtrise du découpage extrêmement rare dans notre pays, et en particulier dans le cinéma d’auteur. Il y a un réel effort de montage, les plans ne s’éternisent pas pour rien et il se crée ainsi une rythmique des plus intéressantes. Si on ajoute à cela une actrice formidable, Lola Créton, aussi crédible en jeune adolescente qu’en adulte et superbement dirigée, on tient clairement un film qui se situe bien au-dessus du tout venant de notre production hexagonale. Un dernier bémol qui empêche le film d’entrer au panthéon, l’interprète masculin Sebastian Urzendowsky n’est franchement pas au niveau et massacre à peu près tous ses dialogues qui sonnent faux dans sa bouche. Dommage, il parait qu’il n’était pas mauvais du tout dans Pingpong de Matthias Luthardt. Ces menus défauts n’entachent toutefois que de façon minime cette petit pépite fragile qu’est Un Amour de jeunesse, film d’une rare intelligence.

FICHE FILM
 
Synopsis

Camille a 15 ans, Sullivan 19. Ils s’aiment d’un amour passionnel, mais à la fin de l’été, Sullivan s'en va. Quelques mois plus tard, il cesse d'écrire à Camille. Au printemps, elle fait une tentative de suicide. Quatre ans plus tard, Camille se consacre à ses études d'architecture. Elle fait la connaissance d’un architecte reconnu, Lorenz, dont elle tombe amoureuse. Ils forment un couple solide. C’est à ce moment qu’elle recroise le chemin de Sullivan….