Twilight – Chapitre 5 : Révélation 2ème partie (Bill Condon, 2012)

de le 13/11/2012
 
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« La conclusion épique qui vivra éternellement » arrive enfin sur les écrans. 4 ans et 5 films pour en arriver à ça. Ça c’est deux heures de film qui concentrent toutes les tares des précédents tout en abandonnant enfin le discours rétrograde sur le mariage et le sexe. Deux longues heures dont on ne retiendra que 10 minutes pendant lesquelles il se passe enfin quelque chose à l’écran. Mais deux heures qui sonnent comme une libération : le lavage de cerveau des adolescents par la pensée mormone prend fin, du moins sous cette forme.

Comment créer de nouveaux enjeux dramatiques à une saga qui a grillé sa seule cartouche (Edward va-t-il mordre/dépuceler Bella ?) comme aboutissement narratif des quatre premiers films ? Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie était en quelque sorte une conclusion aux ébats romantico-anachroniques qui tentait sans succès de faire évoluer la saga vers quelque chose de plus noir. Cette seconde partie reprend le récit là où il s’était achevé, après la naissance de la bien nommée Renesmée. Le problème majeur de cette seconde partie est tout d’abord d’ordre structurel. En effet, le scénario concocté par Melissa Rosenberg, scénariste attitrée de toute la saga, est d’une indigence rare. Sans doute à court d’idées, de la même façon que  Stephenie Meyer quand elle a écrit son roman, elle ne peut que diluer une poignée d’évènements ou d’actions dans deux heures de vide. Il n’y a globalement qu’une seule séquence dans le film, celle annoncée par les phases de promotion, elle dure dix minutes et se conclue par la plus grosse escroquerie possible pour un scénariste. Un artifice grossier synonyme d’une prise de risque nulle, une ficelle éculée qui renforce la sensation de pure arnaque.

Le peu de foi de Bill Condon en ce script se traduit par un aveu d’échec dès les premières minutes. Une fois passé un générique plutôt joli et plein de promesses (de la neige et du sang, une des plus belles combinaisons graphiques au cinéma) et la présentation des nouveaux pouvoirs de Bella à travers des effets de ralentis kitchissimes, chaque action à l’écran se voit précédé d’une ligne de dialogue qui va raconter l’action à venir. Par exemple, lorsque Edward dit à Bella « Tu dois contrôler ta soif » cette dernière est tout à coup prise d’une soif de sang incroyable, et ainsi de suite. Le procédé est d’une lourdeur sans nom et vient s’ajouter à d’autres idées tout aussi pesantes, qu’il s’agisse de l’utilisation purement illustrative de la voix off (synonyme de peu de considération des auteurs pour l’intelligence du spectateur) ou d’une bande son bien trop omniprésente. Il y a bien une raison pour un tel manque de finesse et une accumulation d’éléments répétitifs : il faut remplir le vide du script pour en tirer un film de deux heures. Deux heures passablement douloureuses tant il ne s’y passe rien. Le premier acte du film qui représente à peu près ses premières 45 minutes tient plus du huis clos que du monument épique qui a été vendu. Ou plutôt du « film de chambre » ponctué d’une poignée de séquences sortant du cadre serré de la maison. Un univers aussi restreint ajouté à une absence flagrante d’enjeux rend cette première partie assez pénible, sans que la suite ne vienne arranger grand chose. Le deuxième acte de Twilight – Chapitre 4 : Révélation 2ème partie est une variation autour du conseil d’Elrond de La Communauté de l’anneau étiré plus que de raison. Là encore, l’absence d’enjeux rend l’exercice périlleux tout en ménageant un semblant d’espoir pour la suite. Si la liste de clichés ambulants provoque l’overdose (les russes, les amazones, les irlandais…) et l’entrainement de Bella ne suit aucune logique temporelle, il faut bien avouer que l’affrontement attendu bénéficie d’un certain attrait, ne serait-ce que pour voir comment peut être traité une véritable séquence d’action avec de nombreux personnages dans une œuvre de ce type. Un affrontement qui demandera une sérieuse dose de patience tant le premier coup porté arrive bien tard. Un affrontement qui constitue le point d’orgue du film mais qui reste traité comme le reste, par dessus la jambe, avec un sens du montage absent, mais qui permet tout de même d’éviter le sommeil.

Malheureusement cette grande bataille bien propre (les vampires n’ont pas de sang donc les décapitations, aussi nombreuses soient-elles, ne tachent pas) et très courte n’est donc qu’un artifice vulgaire, un ultime pied de nez au spectateur qui aura été pris pour un imbécile jusqu’au bout. Twilight – Chapitre 4 : Révélation 2ème partie est un film mou dont le seul charme véritable se situe dans sa photographie (le contrat de Guillermo Navarro lui permet sans doute de se faire plaisir ensuite sur des bons films), qui vient apporter un brin de charme à une mise en scène pataude et sans saveur. C’est un film qui n’a rien à raconter et passe son temps à combler des trous, qui ne parvient pas à cacher la misère de ses effets numériques d’un autre temps, dans lequel les acteurs sont en pilote automatique et qui multiplie les incohérences grossières. Toutefois, si l’ensemble est bel et bien médiocre, mis en scène sans talent et mal écrit, quelques éléments plutôt réjouissants répondent à l’appel. Michael Sheen en roue libre en fait partie. Mais le plus réussi reste l’aspect très ironique de certaines scènes portées par un second degré sans doute involontaire mais très amusant. Un entraînement de jedi façon cartoon, une compilation de tous les thèmes musicaux de la saga, le summum de la laideur numérique avec un bébé en CGI, des mouvements de caméra gigantesques complètement gratuits, un appétit sexuel toujours insatiable, des vannes pas drôles, un Taylor Lautner qui vire son Tshirt au bout de 10 minutes, et bien sur les magnifiques clins d’œils aux épisodes précédents à travers le retour de la peau qui brille au soleil ou de la séquence entre Edward et Bella dans un champ de fleurs. De vrais moments d’humour tout à fait dignes de l’aspect parfois très Z du film, qu’il s’agisse de la représentation toujours aussi ridicule des vampires qui se déplacent à tout vitesse ou encore des immondes fonds verts qui anéantissent littéralement le peu de sérieux de la grosse séquence de bataille. Sans doute faut-il voir cette saga comme une immense comédie cautionnée par Stephenie Meyer, mais une comédie d’un cynisme épouvantable, et excessivement pauvre en cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

Après la naissance de sa fille Renésmée, Bella s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie de vampire avec le soutien d’Edward. Se sentant menacés par cette naissance d’un nouveau genre, les Volturi déclarent la guerre à la famille Cullen. Pour préparer leur défense, les Cullen vont parcourir le monde pour rassembler les familles de vampires alliées et tenter de repousser les Volturi lors d’un ultime affrontement.