Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie (Bill Condon, 2011)

de le 14/11/2011
 
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Attention ! Si vous ne faites pas partie des 100 millions de personnes ayant participé au financement de l’église mormone en achetant et en lisant les romans de Stephenie Meyer, ce qui suit risque de contenir des spoilers et votre existence serait alors gâchée à tout jamais.

Révélation. En voilà un titre qui sonne comme une profession de foi. L’imposture Twilight va-t-elle enfin être révélée ? Rien n’est moins sur. S’il faut bien avouer une constante à la saga vampirico-mormone, outre l’effarante médiocrité des trois films jusque là, c’est cette incroyable démonstration selon laquelle l’optique d’un gros chèque récolté grâce au pognon de millions de pisseuses peut faire perdre toute idée d’intégrité à des réalisateurs. Tous sont allés jusqu’à renier leurs principes. Cette fois c’est un peu différent car Bill Condon n’a pas vraiment d’univers proprement défini (ni de principes diront les mauvaises langues), lui qui après un excellent Gods and Monsters et un intéressant Kinsey s’était légèrement fourvoyé avec un Dreamgirls franchement mou du genou et dégoulinant au possible. Toujours est-il que bizarrement, c’est l’homme de la situation pour conclure la saga la plus méprisante vis-à-vis du mythe du vampire de toute l’histoire du cinéma. Et pour ce dernier tour de piste, afin de faire durer le plaisir, ce n’est pas un mais deux films. Une pratique généralement justifiée par la densité des œuvres dont sont adaptés des films mais qui ressemble à une anomalie marketing massive, ainsi qu’à une grosse arnaque. On ne va pas y aller par quatre chemins, Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie est nul, une nullité abyssale, le plus mauvais des quatre films. C’est dire le niveau.

Le ton de cette horreur est donné dès les premières secondes, ce sera une comédie. En effet les premiers plans nous montrent Jacob, inénarrable Taylor Lautner, qui reçoit une lettre, vraisemblablement un faire-part de mariage. Énervé comme jamais, il fait ce que tout homme sensé (ou loup-garou sensé) fait dans ces cas-là : il déchire son T-shirt et va courir dans les bois. On a beau avoir vu des centaines d’introductions pourries, Bill Condon parvient à nous calmer en un éclair, c’est brillant. La suite on l’attend pourtant, car ce satané mariage, conclusion de trois films aux enjeux narratifs nuls, et la nuit de noces qu va avec, sont annoncés par les hordes de fans comme quelque chose d’énorme. On parle d’une scène tellement gore qu’elle devrait faire ravaler leur venin à tous ces salauds qui bavent sur la saga phénomène en tapant toujours sur le ton très con et niais. C’est dire si on était excités comme des puces à l’idée de découvrir enfin quelque chose de puissant dans ces films. Et Bill Condon joue avec nos nerfs, ce vicieux. Pendant 3 films on a observé des adolescents attardés se tourner autour, se renifler les fesses. 3 films que Bella n’attend qu’une seule chose :  se faire prendre mordre par Edward, le vampire qui roule en Volvo. 3 films qu’on nous dit qu’il est interdit de se faire mordre avant le mariage. Et dans cette première partie de la conclusion à la saga il est donc question dans un premier temps de ce fameux mariage, et ce pendant près d’une heure sur deux heures de film au total. Autant dire que ce qui s’y passe est à peu près aussi palpitant que l’observation d’un aquarium vide pendant une heure. C’est à la limite du supportable que ce foutage de gueule absolu qui ne consiste qu’en une succession de scènes toutes plus laides et débordant de guimauve les unes que les autres, à tel point que n’importe quelle télénovela décérébrée et shootée en une demi-journée semble plus sincère. Une heure entière constituée de clips de pop-music qui s’enchaînent sans logique narrative et sans le moindre enjeu dramatique. On ne sauvera de cette première salve qu’une séquence de cauchemar un brin intéressante, sans rien d’extraordinaire mais qui choque presque face à la nullité du reste. Puis vient la seconde moité, avec l’accouchement tant attendu. Cette scène choc, qui se limite à une dizaine de plans montés bien cut avec une pauvre trace de sang sur un drap, est une arnaque. Non il n’y a pas de scène choc dans Twilight, et c’est presque bête d’y avoir cru à un moment donné. En fait on est devant un simple mélodrame, quelque chose de foncièrement bête qui ne va pas plus loin que le lacrymal de bas étage pour fans en détresse. Il ne se passe rien, ou si peu, Twilight c’est l’immobilisme érigé en principe narratif, et c’est ennuyeux à mourir.

Mais heureusement c’est une comédie, comme dit plus haut. Car comment peut-on pondre en 2011 un film avec une telle représentation sacrée du sexe et du mariage si ce n’est pour en rire ? Pourquoi résumer les échanges amoureux à de bêtes champs-contrechamps pendant deux heures et filmer la scène d’amour la moins sensuelle de ces dix dernières années digne d’un épisode d’Hollywood Night ? C’est forcément pour rire. Le discours sur le mélange des races et sur l’avortement est sans doute également une bonne blague, sinon il est impensable que des millions de jeunes gens aillent voir un film où le sexe multiracial n’engendre que des monstres et une mort certaine, où une grossesse à problèmes doit être menée à terme quelles qu’en soient les conséquences. Non, tout ceci ne peut pas être sérieux, tout comme les regards que lance Jacob à ce bébé… d’ailleurs il y a dans Twilight – Chapitre 4 : Révélation 1ère partie d’innombrables gags burlesques : un lit qui finit en ruines car un vampire qui jouit ça fait de sérieux dégâts, un gobelet de Coca rempli de sang ou le choix d’un prénom tellement surréaliste qu’il serait dommage de le dévoiler ici. C’est à mourir de rire, vraiment. Tout comme le découpage lamentable de l’ensemble des scènes, la photographie cheap d’un Guillermo Navarro démissionnaire, des numéros d’acteurs tout en nuances avec une prestation mémorable de Kristen « regardez comment je creuse bien les joues, comment je souffre » Stewart et une bande son catastrophique. À moins que tout ceci ne soit très sérieux. Et dans ce cas, ça serait vraiment dégueulasse d’autant prendre le public pour des cons.

FICHE FILM
 
Synopsis

Bella a fait son choix : elle s’apprête à épouser Edward. Mais le jeune homme honorera-t-il sa part du marché ? Acceptera-t-il de la transformer en vampire et de la voir renoncer à sa vie humaine ?