Twilight – Chapitre 3: Hésitation (David Slade, 2010)

de le 30/06/2010
 
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Twilight, le titre fait trembler des hordes de cinéphiles depuis quelques années tandis que le public très bien ciblé trépigne d’impatience depuis la fin de l’infâme second volet des aventures romantico-vampiro-débiles de Bella et Edward. Et voilà que le troisième film de la saga mormone va débarquer dans quelques semaines, catastrophe annoncée en amont pour nos yeux délicats avec une seule question qui taraude l’audience: vont-ils enfin passer à l’acte comme tout couple normalement constitué du XXIeme siècle? La fin de Tentation ne laissait pas de place au doute, la morsure (acte sexuel) n’aurait lieu qu’après un éventuel mariage! Logiquement on se dit que vu le regard criant de plus en plus braguette de Kristen Stewart dans les diverses bandes annonces, les adolescents vampires vont enfin adopter un comportement normal et la saga va enfin adopter un ton plus adulte. On avait d’excellentes raisons d’y croire, en particulier grâce au nouveau changement de réalisateur. Après la spécialiste des chroniques adolescentes Catherine Hardwicke et le tâcheron Chris Weitz, place à un spécialiste du cinéma de genre et de l’horreur, David Slade. Et là on est en droit de se dire « ça y est! Ils ont compris! ». Le bonhomme a déjà abordé le thème du vampirisme dans un 30 Jours de Nuit très intéressant et visuellement superbe, il est capable de faire des merveilles et de créer une véritable tension. Et le truc dingue c’est qu’en l’espace de cinq minutes, le temps d’une introduction de toute beauté, on y croirait presque. Sauf que les rênes de Twilight ne sont jamais vraiment tenues par les réalisateurs, et on déchante rapidement.

On retrouve donc toute la petite troupe des épisodes précédents qui vont continuer pendant près de deux heures à se tourner autour comme des chiens se reniflent le derrière. Sauf que cette fois on trouve quelque chose qui manquait cruellement aux films précédents et qui vient relativement sauver la chose, de l’action. Plusieurs séquences d’action plutôt bien torchées, bien shootées, avec une légère dose de violence presque surprenante. Il n’y a pas à dire, de ce côté là un bond en avant a été fait. Il en est de même pour les effets visuels qui semblent enfin être l’oeuvre de professionnels et non de stagiaires en animation. Il ne fait aucun doute qu’un réalisateur du calibre de Slade a pu apporter un minimum de noirceur dans une histoire qui partait comme une variation de Dracula chez les bisounours puceaux et qui deviendrait presque intéressante si elle ne se retrouvait pas plombée par les gros défauts habituels de la saga. Un romantisme à deux balles qui vient massacrer toutes les bonnes idées qui avaient été mises en place, c’est presque rageant.

Car niveau relations entre les personnages, ça vire au grand n’importe quoi. Bella ne sait plus où donner de la tête entre le vampire albinos et le loup-chippendale, à tel point qu’on s’imagine presque que tout cela va se terminer en partie à 3 un peu malsaine (2 monstres et une humaine, c’est presque de la série Z). Sauf que non bien sur! Et même si certaines lignes de dialogues semblent provenir tout droit de la pire production gonzo, tout ça reste tellement sage que ça devient navrant. On passera sur la première apparition des loups, muscles bandés et huilés, torses nus dans la forêt par -15°C (faut bien émoustiller les plus jeunes) qui ne peut rien provoquer d’autre qu’un éclat de rire. On nous sert deux séquences clés, dont David Slade est fier (et ça, ça fait peur) entre Bella et Edward qui sont juste à mourir de rire tellement on atteint des degrés de ridicule jamais vus. Mais au delà du second degré comique il y a toujours ce message aussi rétrograde que répugnant et qui va encore plus loin cette fois: non seulement le sexe avant le mariage il ne faut pas, mais en plus c’est dangereux! On applaudit la victoire de la préhistoire sur le monde moderne, c’est affligeant.

À la caméra Slade fait ce qu’il peut mais ne peut pas accomplir de miracle malgré toute la meilleure volonté du monde. En bon amateur d’horreur il parsème le film de quelques séquences de toute beauté (dont l’introduction), se fait plaisir en citant des maitres comme Romero, mais malheureusement il se vautre dans les séquences d’émotion qui prennent bien trop souvent le dessus. Niveau action, il assure bien comme il faut même si là aussi ça reste sage. Mais il a la possibilité de s’exprimer et d’imposer une certaine rage qu’on n’avait jamais pu apercevoir dans la saga, y compris dans les quelques scènes de combat lamentables des premiers films. Maladroit donc car de belles images ne peuvent pas rattraper complètement un scénario faiblard (d’autant plus qu’il nous ramène à la même conclusion que le second film, d’où un intérêt tout relatif) et même s’il manie sa caméra avec virtuosité on se demande pourquoi il s’est embarqué dans cette galère.

On ne va pas revenir en détails sur les acteurs car une fois n’est pas coutume, les prestations de l’ensemble du casting font peine à voir, à part peut-être Dakota Fanning qui a enfin l’occasion de s’exprimer. Mais les autres sont nuls, soyons francs, il n’y en a pas un pour sauver l’autre. On est dans du cliché dégueulasse, dans des purs produits marketings formatés à mort pour chauffer les adolescent(e)s alors que paradoxalement le message du film est tout à fait l’inverse. Au final, en voilà encore un difficile à défendre. La double histoire d’amour ne fonctionne jamais, le romantisme ne fonctionne pas non plus, on a droit à une bourde dans le scénario qui est presque honteuse (l’évolution du personnage de Jasper) pour une production de cette envergure, c’est très mal joué, très racoleur… on fait plus que friser le ridicule à plusieurs reprises et c’est bien dommage. Car on sent par intermittences qu’il y avait peut-être la possibilité de faire autre chose de plus adulte. Bien mis en scène, c’est bien la seule vraie qualité de ce troisième chapitre qu’on n’osera pas qualifier de meilleur opus mais de moins pire des trois.

FICHE FILM
 
Synopsis

Des morts suspectes dans les environs de Seattle laissent présager une nouvelle menace pour Bella. Victoria cherche toujours à assouvir sa vengeance contre elle et rassemble une armée. Malgré leur haine ancestrale, les Cullen et les Quileutes vont devoir faire une trêve et s'associer pour avoir une chance de la sauver. Mais Bella est obligée de choisir entre son amour pour Edward et son amitié pour Jacob tout en sachant que sa décision risque de relancer la guerre entre les deux clans. Alors que l'armée de Victoria approche, Bella est confrontée à la plus importante décision de sa vie.